Parler le chinois, un atout formidable ?

Ces filières qui mènent à  l'emploi (5). Étudier la langue la plus parlée dans le monde, c'est mettre un atout phénoménal, et original, sur son CV. Attention toutefois aux désillusions. En Belgique, le marché est encore limité.

" Ceux qui apprennent le chinois aujourd'hui ont une longueur d'avance, comme ceux qui ont appris le russe il y a dix ans ou l'espagnol il y a trente ans. " Jacques Hermans, porte-parole de Randstad, est convaincu qu'un étudiant sinophone ne restera pas sur la touche. "

Parler le chinois, c'est un atout formidable

L'expert en ressources humaines tempère néanmoins son enthousiasme : " Dire qu'il y a aujourd'hui une demande importante sur le marché belge, c'est un peu exagéré. Le français reste la langue de la diplomatie, l'anglais celle des affaires. Le russe et l'espagnol sont toujours très importants, mais le chinois est encore exceptionnel. Pour des profils peu qualifiés, nous n'avons pratiquement aucune demande. Et pour des profils plus pointus, des ingénieurs industriels ou des financiers, par exemple, les demandes sont encore rares. "

À l'Institut Confucius de Bruxelles, qui enseigne le mandarin en cours du soir, on voit pourtant arriver de plus en plus d'hommes d'affaires belges et d'étudiants en économie, gestion ou sciences politiques.

Guoxian Zhang, directeur de l'institut : " L'enseignement du chinois commence seulement à  prendre de l'ampleur en Belgique. Mais on peut mieux faire ! Dans des pays comme la France, les enfants peuvent apprendre le chinois dès l'école primaire. Ici, ce n'est pas du tout soutenu par les programmes scolaires. "

Erreur de vision ? " Cela prend du temps d'apprendre le chinois ", rappelle Guoxian Zhang. " À raison d'un cours par semaine, il vous faut déjà  cinq à  six ans pour maîtriser 2 000 à  2 500 caractères. Et pour se sentir à  l'aise, un séjour sur place est indispensable. "

Même l'école de commerce Solvay Brussels School n'organise pas encore formellement de cours de chinois pour ses étudiants, malgré les partenariats avec des universités asiatiques et un séminaire Doing business in China organisé chaque année à  Hong-Kong pour les étudiants en master.

L'apprentissage en cours du soir, pour ceux qui veulent travailler dans le commerce ou les relations internationales, sera donc plus que probablement payant.

Un master en anglais-chinois

Car, on le sait, l'arrivée de la Chine sur les marchés mondiaux est une réalité qui va forcément prendre de l'ampleur dans les années à  venir. Des entreprises chinoises (Sany, ZTE, Zoomlion, Bank of China, ICBC...) ont déjà  créé leur filiale dans la capitale européenne, tout comme l'agence de presse Xinhua, qui a installé un important bureau non loin du rond-point Schuman.

Aux abords du Manneken Pis, les touristes chinois ont même délogé leurs confrères japonais et les agences de voyages et compagnies aériennes chinoises s'implantent les unes après les autres en Europe.

Mais les grandes entreprises belges ne sont pas en reste : Bekaert, Total Petrochemicals, IBM... ont toutes investi le marché chinois. Depuis 2005, trois hautes écoles de Bruxelles (Isti, Marie Haps, Francisco Ferrer) se sont associées pour proposer un master en anglais-chinois (traduction et interprétariat), une formation évidemment beaucoup plus pratique que les traditionnels masters en sinologie organisés par certaines universités.Depuis deux ans, il y a déjà  près de cent inscrits en première année !

Grâce au Fonds d'aide à  la mobilité de la Communauté Wallonie-Bruxelles, les étudiants séjournent quelques mois en Chine ou à  Taiwan au cours de leurs études. Une étape indispensable pour maîtriser réellement cette langue complexe !

À Marie Haps, on se félicite de " l'excellente employabilité des étudiants ". Rachel a été diplômée en 2010. Deux mois plus tard, elle travaillait déjà  en Belgique dans une entreprise chinoise qui exporte des matériaux recyclés. Malheureusement pas en tant que traductrice. D'après cette étudiante, on fait miroiter aux étudiants en chinois des emplois qui n'existent pas chez nous !

" J'avais vu un reportage sur la Chine à  la fin de ma rhéto et j'ai eu envie d'essayer d'apprendre le chinois. On parlait du boom économique de la Chine et de nombreuses perspectives d'emploi. Ça m'a motivée. Tout le monde me disait que le chinois était difficile, mais j'aime relever les défis ! "

Rachel se met alors à  recopier des lignes de " zhong " et de " hui ", se familiarise avec les tons, passe un an à  Nankin, fait un stage à  Singapour en traduction anglais-chinois. " J'étais vraiment pleine d'espoir en sortant de l'école, mais j'ai très vite déchanté... Si j'avais un conseil à  donner, c'est : apprenez le néerlandais ou alors, expatriez-vous en France ou au Canada. Il y a là  beaucoup plus d'offres correspondant à  notre profil. "

Rachel, elle, pense déjà  à  l'Afrique, où la présence chinoise est très importante aussi. Ces étudiants seraient-ils un peu trop en avance sur leur temps ?

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