À chacun son « chrono »

Comme la majorité des travailleurs, vous vous levez tôt pour aller au bureau. Mais ce n’est pas pour autant que l’avenir vous appartient. Les récentes études sur le chronotype montrent que nous ne sommes décidément pas tous faits pour avoir les mêmes horaires.

C’est tous les jours la même affaire... Olivier, 35 ans, n’a pas dormi plus de quatre heures et il doit déjà  se lever pour prendre la route. Incapable d’aller se coucher avant 3 h du matin, il vit les horaires de bureau comme un véritable calvaire. « J’ai toujours travaillé dans l’événementiel, ce qui m’a longtemps permis d’avoir des horaires un peu décalés. Je vivais beaucoup la nuit et je commençais tard. Aujourd’hui, je m’occupe davantage des aspects administratifs et j’ai donc des horaires "normaux". Le résultat, c’est que je suis devenu complètement accro aux somnifères. Et encore, ça ne marche pas toujours très bien », déplore-t-il.

Olivier appartient en fait aux chronotypes "tardifs" qui représentent environ 15 % à  25 % de la population. « Souvent, on associe les "couche-tard" à  des paresseux, à  des "long sleepers", alors qu’en réalité, la quantité de sommeil dont ils ont besoin est exactement la même que chez les "lève-tôt" », commente Jean-Christophe Leloup, chercheur à  l’Unité de chronobiologie théorique de l’ULB. Simplement, tout le monde n’est pas programmé pour aller dormir à  la même heure. À l’opposé des chronotypes tardifs, les chronotypes "matinaux" – environ 10 % à  15 % de la population – peuvent aisément se lever sans réveil, généralement vers 6 h du matin, voire avant. Toujours premiers arrivés au bureau et protégés par l’adage selon lequel « l’avenir appartient à  ceux qui se lèvent tôt », ils sont souvent biens vus par leur entourage, contrairement aux "couche-tard". Ce qui ne signifie pas qu’ils ne rencontrent pas, eux aussi, des problèmes de productivité : les chronotypes matinaux éprouvent ainsi beaucoup de difficultés à  se concentrer l’après-midi. Surtout, ne leur demandez pas de passer la nuit sur un dossier : ils n’iront sans doute pas plus loin que la deuxième page...

« Nous avons chacun notre propre chronotype. Mais celui-ci évolue aussi avec l’âge : il a tendance à  être de plus en plus tardif jusqu’à  environ 20 ans et il redevient ensuite de plus en plus matinal », précise Jean-Christophe Leloup. Ainsi, de nombreux adolescents et jeunes adultes sont particulièrement improductifs le matin. Les études montrent d’ailleurs que les résultats obtenus à  un examen par une population d’étudiants seront toujours meilleurs si l’épreuve a eu lieu l’après-midi plutôt que tôt le matin. Logique lorsqu’on sait que, même pour un chronotype « normal », le cerveau ne fonctionne à  plein régime que quatre heures après le réveil...

Des horaires adaptés pour une productivité accrue

De même, on peut se demander dans quelle mesure les travailleurs ne seraient pas nettement plus performants s’ils étaient libres d’adapter leurs horaires. Pour Jean-Christophe Leloup, le gain de productivité observé chez les télétravailleurs serait en fait essentiellement lié à  ce facteur : Ce n’est pas vraiment parce qu’on est chez soi qu’on est plus productif. C’est parce que, en étant chez soi, on adapte son horaire à  son rythme biologique. Dans certains pays nordiques, le système scolaire a déjà  intégré cette notion. Au Danemark, on voit déjà  des classes qui s’organisent en groupes de travail selon le chronotype. Les exercices plus intellectuels sont privilégiés le matin pour ceux qui sont du chronotype matinal et inversement.

Le chercheur allemand Till Roenneberg, qui mène en ce moment une large étude sur les chronotypes (1), préconise pour sa part d’agir sur l’éclairage afin d’aider les chronotypes tardifs à  se synchroniser avec l’environnement externe grâce à  une lumière plus ou moins forte. Mais selon certaines associations qui travaillent sur cette question (2), le changement doit d’abord venir du monde du travail : des horaires plus souples permettraient en effet d’accroître la productivité de tous, mais aussi de préserver la santé des employés. Pour se plier aux horaires normaux, les chronotypes tardifs ont en effet tendance à  consommer davantage de nicotine, de caféine et de sucre afin de stimuler leur vigilance dans les premières heures de la journée. Le soir, ce sont aussi de plus gros consommateurs d’alcool et de somnifères.

« Aujourd’hui, on connaît de mieux en mieux le phénomène du jetlag social, qui définit notre tendance à  avoir des horaires de sommeil différents la semaine et le week-end », commente encore Jean-Christophe Leloup. Ce phénomène témoigne d’une désynchronisation majeure entre nos horaires de travail et notre rythme biologique. Et plus la désynchronisation est importante, plus il y a de soucis de santé, des petits problèmes digestifs à  des maladies beaucoup plus graves. À titre individuel, il est aussi très intéressant d’identifier les moments de la journée qui, en fonction de notre chronotype, conviennent le mieux à  nos différentes activités : tâches administratives, recherche de nouvelles idées, mémorisation, échanges sociaux... En gardant à  l’esprit que les études récentes (3) suggèrent que le temps maximal de concentration pour une profession intellectuelle serait de six heures (contre huit heures pour une profession manuelle). La semaine de 30 heures, à  organiser comme bon vous semble ? Une idée à  méditer dès le saut du lit.

(1) www.bioinfo.mpg.de/mctq/core_work_life/core/introduction.jsp?language=fr
(2) www.b-society.org
(3) Why the 9-to-5 Day Is So Tough on Creative Workers, The Atlantic, 13 décembre 2013

Chronotype « matinal»

Vous mettez votre réveil, mais c’est vraiment pour le principe. Vers 6 h du matin, les yeux grands ouverts dans le noir, vous êtes prêt à  démarrer la journée. Dès 21 h, en revanche, votre piquez du nez dans le canapé.

Chronotype « tardif »

Chaque jour, la sonnerie du réveil est un déchirement. Vous vous levez comme un zombie et fonctionnez en mode automatique jusqu’à  environ midi. Le soir, vous êtes le roi du monde. Tellement en forme qu’aller dormir est souvent un calvaire. Vous êtes d’ailleurs souvent un gros consommateur de somnifères.

Chronotype « normal »

Les journées de bureau de 9 h à  18 h ? Vous trouvez ça très bien ! Il ne faudrait pas vous demander de venir plus tôt ni de rester plus tard. Vous avez d’ailleurs tendance à  avoir les mêmes horaires de sommeil le week-end et la semaine.

 

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