À la recherche des métiers du futur

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Depuis toujours, le progrès et les nouvelles technologies entraînent la disparition de certains métiers, mais aussi et surtout la création de nouveaux créneaux porteurs d'emploi. 

Pour sa carrière professionnelle, rien de tel que de miser sur un métier ou un secteur en pleine expansion. Mieux : pourquoi ne pas viser plus loin et parier sur un job du futur ? Car si certains métiers sont condamnés à  disparaître, d'autres sont au contraire voués à  apparaître et à  se développer. Une équipe de futurologues du bureau d'études londonien Fast Futures'est sérieusement penchée sur la question.

Son rapport The shape of jobs to come présente une liste d'une centaine de possibles métiers à  venir d'ici 2030, des plus réalistes aux plus fantasques. De « gestionnaire du bien-être des seniors » à  « manipulateur de climat », en passant par « psychologues des réseaux sociaux », « courtier en connaissance » ou « conseiller en enrichissement personnel », les possibilités semblent pour certaines très réalistes…

Pour aboutir à  leurs conclusions, les futurologues londoniens ont travaillé avec une rigueur parfaitement scientifique. Leur mode opératoire voulait qu'ils définissent en priorité les changements majeurs qui devraient concerner notre planète d'ici 2030, d'un point de vue à  la fois économique, démographique, politique ou encore environnemental.

Après avoir envisagé les conséquences probables de ces bouleversements, ils ont finalement dressé une liste de métiers correspondants aux (nouveaux) besoins de la population de 2030. Le tout, bien sûr, en adéquation avec les probables avancées scientifiques et technologiques.

Document avant-gardiste, l'étude entend offrir une vision (hypothétique) d'un futur marché de l'emploi, mais aussi des perspectives et des pistes de recherches pour les jeunes, qu'ils soient déjà  diplômés ou non. Zoom sur professions du futur, soumises à  l’analyse de professionnels qui ont les pieds bien sur terre.

Développeur d'aliments à  base d'insectes

La plupart des démographes s'accordent à  penser que la population mondiale devrait atteindre les 8 milliards d'ici une quinzaine ou une vingtaine d'années. Outre le souci de loger, d'éduquer et de faire travailler tous ces habitants, se pose aussi la problématique de les alimenter sans avoir recours à  des cultures et élevages trop intensifs ou polluants.

Les futurologues londoniens envisagent que l'être humain pourrait se nourrir à  l'aide des insectes, qui contiennent peu de graisses et dont la teneur en protéines est, à  poids égal, deux à  cinq fois plus élevée que celle de la viande. Sans parler de l'impact écologique : les élevages bovins émettent des gaz nocifs et du CO2, et les déjections des ruminants peuvent entraîner la pollution des nappes phréatiques.

Au niveau du rendement, l'écart s'avère énorme : 10 kilos de végétation permettraient de produire 8 à  9 kilos d'insectes, contre à  peine 1 kilo de viande bovine. On pourrait donc voir apparaître un marché de l'alimentation à  base d'insectes, des développeurs aux grossistes en passant par les éleveurs, les magasins spécialisés et, pourquoi pas, les restaurants.

Crumble aux larves, canapés aux grillons, criquets grillés et autres mets ragoûtants pourraient ainsi rejoindre un jour nos assiettes, car les insectes se consomment aussi bien sucrés que salés. Seul petit bémol, souligné par Didier Drugmand, entomologiste à  l'insectarium Jean Leclerq à  Waremme : « Il faut une certaine quantité de petites bêtes pour rassasier un humain. Or, il est laborieux de ramasser des insectes en quantité. »

L'entomophagie (comprenez la consommation d'insectes) serait donc, selon les futurologues de Fast Future, une solution d'avenir. L'usage alimentaire des vers et consorts ne représente toutefois aucune innovation : de nombreux peuples pratiquent l'entomophagie et des textes antiques révèlent que les habitants de l'actuelle Europe cuisinaient des larves de coléoptères.

« Il existe quelque trois mille espèces d'insectes comestibles de par le monde mais, pour le moment, seules trois sortes (les criquets, grillons et vers de farine) sont élevées dans nos contrées, uniquement dans le but de nourrir de nouveaux animaux de compagnies tels que les reptiles », explique Didier Drugmand. Le scientifique rejoint toutefois l'avis des futurologues : « L'intérêt porté aux insectes est plus qu'anecdotique : des scientifiques du monde entier réalisent des études sur leur valeur nutritionnelle, tandis que la Nasa envisage la possibilité de nourrir les astronautes à  l'aide d'insectes. »

Un secteur plein d'avenir ? Oui, mais la route n'est pas sans obstacle, car les Européens ont totalement perdu la culture de l'entomophagie et de nombreux producteurs de viande risquent de vouloir tuer cette pratique dans l'œuf pour sauver leurs propres intérêts. Réaliste, l'entomologiste  envisage d'abord un développement de la consommation d'insectes dans les pays en voie de développement. « Et qui sait, peut-être la sauce prendra-t-elle ensuite dans nos régions... »

Hacker génétique

Aujourd'hui, la pratique du hacking (piratage de données) est cantonée au secteur de l'informatique, mais les futurologues envisagent qu'elle pourrait s’étendre au domaine de la génétique. Ils imaginent l'apparition de véritables pirates capables de trafiquer l'ADN des plantes ou des humains à  des fins pseudo-thérapeutiques ou carrément néfastes... De telles manipulations existent déjà , mais leurs applications pratiques n'en sont qu'à  leurs balbutiements. « Des équipes de chercheurs sont capables aujourd'hui de reproduire des mécanismes du vivant ou encore de vider une cellule de son patrimoine génétique pour y introduire de l'ADN synthétisé en laboratoire », explique Philippe Herman, chef du service de biosécurité et de biotechnologie à  l'Institut scientifique de santé publique (ISP).

« Des pistes de recherche existent désormais afin d'utiliser ce savoir pour lutter contre le cancer, développer de nouvelles sources de production d'énergie ou encore traiter des zones polluées. À Denver, des scientifiques ont par exemple introduit dans une plante des gènes qui lui permettent de détecter la présence de traces d'explosifs dans l'air. Grâce à  des récepteurs mille fois plus sensibles que ceux d'un chien, le végétal est capable de signaler le danger visuellement en faisant passer ses feuilles du vert au blanc. »

Si la biologie synthétique n'est pas encore accessible à  tout le monde, il semblerait néanmoins que sa pratique se démocratise. D'une part, des données telles que le décodage de l'ADN humain sont disponibles en toute liberté sur le Net et, d'autre part, de plus en plus d'amateurs non scientifiques s'adonnent aux manipulations génétiques. Si bien que les biologistes côtoient désormais un grand nombre d'ingénieurs lors des concours internationaux de biologie synthétique. « Ces ingénieurs ont la capacité de comprendre facilement le fonctionnement des êtres vivants, car ils l'assimilent à  un système comme ils en rencontrent dans leur secteur », explique Philippe Herman.

Ce dernier compare ce phénomène à  celui des pionniers de l'informatique : « Dans les années 60, on n'aurait jamais cru qu'un jour chacun posséderait son propre ordinateur. Mais grâce à  certains amateurs qui bricolaient dans leur garage, la technologie a évolué à  une vitesse frénétique. Je pense qu'on est sur le point de vivre la même chose dans le domaine de la biologie syntétique. »

Verra-t-on apparaître aussi des bioterroristes animés de mauvaises intentions ? Vu la complexité de créer un virus synthétique – alors qu'il existe tant de virus naturels –, ces hackers maléfiques devraient rester rares. Comme le souligne Philippe Herman : « Certains laboratoires utilisent davantage leurs ressources pour contrer les attaques bioterroristes, plutôt que pour en élaborer. » Et de conclure : « Si certains pirates informatiques sont parfois engagés par des entreprises pour en assurer la sécurité ou développer des logiciels antivirus, on peut imaginer que de tels cas de figure puissent se produire aussi avec les futurs hackers génétiques. »

Policier virtuel

Internet est un réseau qui, en raison de son étendue, s'avère difficilement contrôlable et assez peu policé. Le développement exponentiel de l'utilisation du web pourrait entraîner, selon les futurologues, l'apparition de policiers virtuels. Ceux-ci seraient chargés de maintenir l'ordre sur le web et de traquer les diverses infractions. S'il n'existe pas encore de « patrouilles » de surveillance policière sur la Toile (du moins en Belgique), la police a bel et bien investi internet depuis quelques années. Apparue sous sa forme actuelle en 2001, la Federal Computer Crime Unit (FCCU) se charge principalement de déceler les fraudes, les hackings, les sabotages et les cas de pédopornographie en ligne. Elle intervient aussi lors de différentes enquêtes en analysant des ordinateurs, téléphones portables ou tablettes électroniques perquisitionnés afin d'en extraire des preuves parfois cachées.

« Les ordinateurs sont de plus en plus employés pour l'organisation de méfaits, qu'ils soient virtuels ou non », témoigne le commissaire Laurent Bounameau, Intelligence Manager au FCCU. « Pour ne citer qu'un exemple, nous traquons souvent des activités de blanchiment d'argent, de vente d'armes ou d'appels à  la violence dans l'univers virtuel du jeu Second Life. »

Pour l'instant, la Computer Crime Unit emploie 170 collaborateurs – dont une bonne partie d'informaticiens –, ce qui ne lui permet pas d'assurer un service de surveillance permanente sur la Toile. Pour Laurent Bounameau, « le secteur de la traque policière en ligne a de l'avenir, mais il faut espérer que le gouvernement accorde assez de moyens à  la police pour développer les activités de la Computer Crime Unit. »

Spécialiste des villes englouties

Que ce soit en Australie ou en Belgique, les récentes inondations n'ont pas manqué de rappeler à  chacun notre fragilité face à  la nature. Selon le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat ), la température moyenne de la Terre pourrait augmenter de 1,4 °C à  4 °C d'ici la fin du XXIe siècle et le niveau de la mer pourrait s'élever de 18 à  59 centimètres selon les endroits.

Vu les incertitudes liées aux politiques des nations, à  l'évolution de la population, etc., ces chiffres restent hypothétiques, mais le scénario d'inondations de régions, voire de pays entiers, semble inévitable. C'est pourquoi les futurologues londoniens ont imaginé l'apparition de spécialistes des villes englouties qui seraient chargés de prévenir les inondations, de limiter les dégâts ou d'en minimiser les conséquences, de déplacer des maisons vers des terrains élevés…

Thierry Fichefet, responsable du Centre de recherche sur la Terre et le climat George Lemaître (UCL), ne conteste pas l'éventualité que de telles spécialités se développent, bien au contraire : comme il le signale, « la problématique des inondations occupe déjà  des personnes aux Pays-Bas – ils envisagent de rehausser les digues –, mais aussi en Belgique. Un plan flamand étudie les possibilités de réduire l'effet de la montée des eaux en utilisant des moyens naturels, tels que les bancs de sable. Mais pour l'instant, le projet n'en est qu'au stade de la réflexion. »

Fabricant de membres humains

Vu les nombreuses avancées récentes en médecine et en robotique, les futurologues de Fast Future envisagent qu'un jour on soit à  même de fabriquer de véritables membres humains pour remplacer des parties du corps paralysées ou amputées ou, pourquoi pas, à  des fins plus esthétiques que médicales. On verrait alors s'étendre un réseau de fabricants de ces produits, ainsi que des magasins et des réparateurs.

S'il ne rejette pas cette éventualité, Guy Chéron, professeur en neurophysiologie à  l'ULB et l'UMH, la pense utopiste. « Il me semble presque impossible qu'on parvienne à  recréer des membres humains vivants, avec toutes les caractéristiques qui leur sont propres : tissus humains, sensibilité…», commente-t-il. « Je crois plutôt que l'on va évoluer vers des modèles de prothèses et d'objets biométriques et intelligents, qui seraient capables d'être directement commandés par la pensée. »

Dans ce domaine, de nombreux progrès et études sont en marche. Les scientifiques ont déjà  découvert que le cerveau possède une capacité de réorganisation corticale qui lui permet d'étendre ses capacités et de contrôler, par exemple, de nouveaux membres. « La difficulté reste de capter et d'isoler les signaux électriques du cerveau qui correspondent à  chacun des ordres moteurs (se lever, marcher...) », nuance le professeur Chéron. « Il faut aussi trouver une source d'énergie pour ces prothèses qui seraient commandées par le cerveau. » Le neurophysiologiste envisage l'aboutissement de ces techniques d'ici environ dix ans et, il le souligne : « Le secteur est déjà  générateur d'emploi pour des ingénieurs en neurosciences. »

D’autres métiers du futur

  • Fournisseur de longévité
  • Planificateur de fin de vie
  • Exploitant/cultivateur de vent (d'énergie éolienne)
  • Trader en eau
  • Analyste des réseaux sociaux
  • Consultant en protection de vie privée
  • Courtier du savoir
  • Avocat virtuel
  • Spécialiste en téléportation
  • Spécialiste des vols solaires
  • Designer de monorail
  • Guide touristique dans l'espace
  • Créateur de vêtements intelligents
  • Entrepreneur spécialisé en planètes étrangères
  • Conseiller pour robots
  • Créateur d'hologrammes

Et d’autres encore dans le rapport de l’institut britannique Fast Future :  http://fastfuture.com/wp-content/uploads/2010/01/FastFuture_Shapeofjobstocome_FullReport1.pdf

Marie-Ève Rebts

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