« Depuis le statut unique, il y a moins de CDI »

Six mois après son introduction, le nouveau statut unique continue de diviser. Pour mesurer son impact, Tempo-Team a réalisé un sondage auprès de 616 travailleurs et 200 managers en ressources humaines. Et c'est la douche froide.

On s'en souvient : le statut unique devait revaloriser les conditions d'embauche pour les ouvriers. Et flexibiliser le marché du travail. Entre les syndicats et les patrons, le bras de fer était alors interminable. Mais six mois après son entrée en vigueur, ce nouveau statut ne fait plus l'unanimité. Alors qu'en 2012, 65 % des salariés et 57 % des employeurs estimaient que le statut unique était une mesure correcte et nécessaire, ils ne sont plus que respectivement 39 % et 38 % à  le penser encore, explique Philippe Melis, Social & Public Affairs Manager chez Tempo-Team. Et pour cause. Les maladies de jeunesse du nouveau statut sont désormais visibles. Ses rares atouts et ses effets pervers, aussi. Côté pile : la fin des licenciements sans motif. Côté face : des tests préalables à  l'embauche, l'allongement des procédures de recrutement, une succession de CDD... au détriment des CDI.

Six mois après son entrée en vigueur, le statut unique ne fait plus l'unanimité chez les travailleurs... Pourquoi ?

Le statut unique est le résultat d'un compromis. Par essence, il ne peut donc satisfaire tout le monde. Si en 2012, 60 % des travailleurs pensaient qu'il n'aurait pas d'impact négatif, ils ne sont plus que 40 % à  le penser aujourd'hui. À l'époque par contre, les employeurs, eux, étaient déjà  beaucoup plus circonspects... 60 % appréhendaient un impact négatif, et 43 % seulement estimaient qu'il s'agissait d'une mesure correcte et judicieuse. Pour les employeurs, le problème reste le coût : 38 % d'entre eux le trouvent plus coûteux pour l'entreprise. Par contre, tout le monde est aujourd'hui d'accord pour estimer que le nouveau statut profite surtout aux ouvriers. Mais au final, seuls 20 % des travailleurs pensent que le statut unique est avantageux pour les employés.

Suppression de la période d'essai, nouveau régime de licenciement... Que révèlent les premières analyses sur les conséquences du statut unique ?

Au niveau des travailleurs, ce sont surtout les cadres qui voient leur période de préavis diminuer. Alors qu'auparavant, la grille Claes - c'est-à -dire un mois de salaire par année d'ancienneté - leur était favorable. Mais depuis l'introduction du statut unique, on constate surtout que les entreprises sont plus méfiantes et octroient moins de contrats à  durée indéterminée. Ainsi, 41 % des patrons et 36 % des travailleurs constatent que les entreprises optent plus vite pour des contrats à  durée déterminée. Ce qui ne signifie pas davantage de travail intérimaire. La diminution des contrats fixes a surtout été perçue dans le secteur des services (43 %), où il y a plus d'employés, que dans l'industrie (32 %), où il y a plus d'ouvriers. Certaines mesures demandent beaucoup plus de suivi. Ce sont donc surtout les PME (48 %) qui hésitent à  embaucher à  durée indéterminée. Les grandes entreprises semblent nettement moins concernées (27 %).

Ce nouveau statut devait aussi faciliter, voire accélérer les recrutements, et, en parallèle, abolir les licenciements injustifiés... Qu'en est-il six mois après ?

En ce qui concerne le régime de licenciement, les travailleurs et les employeurs se rejoignent : seul un sondé sur trois est satisfait du nouveau régime. Cette nouvelle disposition signe un changement radical dans notre droit du travail. Jusqu'à  présent, l'employeur pouvait licencier un employé sans se justifier, avec la contrepartie importante que les préavis en faveur des employés étaient relativement conséquents. Avec le statut unique, c'est désormais à  l'employeur de prouver qu'il a raison, et non plus à  l'employé. Et alors même qu'il avait pour objectif de réduire le contentieux, il semble, encore une fois, devenir plus coûteux. Cela dit, certains effets sont positifs : 44 % des patrons reconnaissent recruter des employés plus vite et plus facilement qu'autrefois, en raison des délais de préavis plus courts.

On aurait pu penser que les travailleurs licenciés préféreraient une formule d'outplacement au lieu d'indemnités de préavis généreuses. Mais, apparemment, c'est l'inverse qui se produit ?

Oui. En fin de compte, les mentalités n'ont pas changé. Un peu plus de la moitié des salariés (51 %) préfèrent toujours l'indemnité de préavis plutôt que d'investir dans un parcours d'encadrement et de formation vers une nouvelle carrière. C'est confirmé par 46 % des employeurs. Alors que le but du nouveau statut, c'était de retrouver plus vite et plus facilement un autre emploi.

On remarque également que la suppression du jour de carence ne laisse personne indifférent...

Depuis l'introduction du statut unique, l'absentéisme abusif se trouve en effet dans la ligne de mire du patronat. À ce niveau, 39 % des travailleurs ont noté un renforcement des contrôles en cas d'absentéisme pour cause de maladie, ce qui est confirmé par 35 % des patrons. Les changements surtout visibles dans les grandes entreprises, où seuls 24 % des sondés affirment ne pas constater de conséquences, contre 50 % dans les PME. Pour compenser la suppression du jour de carence des ouvriers, la loi sur le statut unique prévoit que l'employeur peut inscrire, dans le règlement de travail, qu'un travailleur malade est tenu de rester à  la maison pour une durée maximale de quatre heures par jour, pour faciliter les contrôles. Et cela porte déjà  ses fruits. Beaucoup de sociétés commencent à  changer leur règlement de travail. Mais pour aller plus loin, il faut absolument prendre en considération les causes de l'absentéisme.

 

 

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