« Il est urgent de redorer le blason des études techniques ! »

 

 

Présent auprès des trois quarts des ménages wallons, Ores investit massivement dans les réseaux de distribution de gaz et d'électricité de demain. De quoi susciter des vocations chez les jeunes soucieux d’œuvrer à  la transition énergétique... en particulier s’ils choisissent une filière technique.

Nous ne sommes pas assez sexy ! C'est par ces mots que Fernand Grifnée, l'administrateur délégué d'Ores, résume l'ampleur de la tâche qui se présente à  son entreprise, mais aussi à  tous les recruteurs de profils techniques. Rencontre avec un juriste dont la carrière est durablement marquée du sceau du gaz et de l'électricité.

Ores, une jeune entreprise ?

Notre création remonte en effet à  2009, dans le cadre du processus de libéralisation des marchés de l'énergie. Nous gérons la distribution du gaz et de l'électricité dans environ trois quarts des communes wallonnes. Nous ne vendons pas l'énergie, mais assurons le dernier maillon de sa distribution jusqu'au compteur de la maison. Par analogie avec le réseau routier, disons que la gestion des « autoroutes de l’électricité » relève d'un autre acteur, Elia, et celle des routes régionales, communales, voire des allées de jardins, relève de la responsabilité d'Ores.

Un des éléments-clés que vous mettez en exergue est le montant de vos investissements : 250 millions chaque année. Pourquoi ?

Parce que cela prouve à  quel point Ores investit pour anticiper la transition énergétique : nous préparons les réseaux de distribution de demain ! Mais nous assurons aussi la maintenance du réseau existant qui, bien qu'hérité du passé, est d'une qualité tellement remarquable qu'une panne y est vraiment perçue comme extraordinaire. La fiabilité et la sécurité du réseau électrique en Belgique sont exceptionnelles à  l'échelle de l'Europe...

Vous préparez les réseaux de demain. C'est-à -dire ?

Pour reprendre l'analogie entre réseau électrique et routier, nous allons passer d'une époque où il y avait peu de voitures, qui toutes roulaient dans le même sens selon un horaire prévisible, à  un avenir où il y aura beaucoup plus de voitures qui circuleront quand elles le veulent, et dans les deux sens. Autrement dit, notre réseau va devoir absorber et gérer, de manière efficace et à  un coût raisonnable, l'électricité produite de manière « imprévisible » par les éoliennes, les panneaux photovoltaïques, les petites centrales à  biomasse, entre autres, ainsi que les nouveaux modes de consommation. La « décarbonisation » de notre société est en marche et cela nous oblige à  imaginer des formules de pilotage et de contrôle beaucoup plus flexibles : on parle de smart grids, de réseaux intelligents, et c'est terriblement passionnant !

Les candidats doivent se bousculer, non ?

Nous sommes attractifs, ayant réussi à  recruter une personne par jour ouvrable jusqu'à  il y a peu pour compenser le départ des anciens, ce qui nous a permis de rééquilibrer notre pyramide des âges. Nous fonctionnons davantage aujourd'hui au rythme de 120 à  130 recrutements par an. Nous sommes attractifs, donc, mais sommes-nous sexy ? Pas assez à  mon goût ! Ores, ce n'est pas que creuser des tranchées et poser des câbles : c'est une société résolument tournée vers l'avenir, au sein de laquelle un jeune va s'épanouir pour autant qu'il ait le goût de relever nos défis.

Cultiver cette image sexy est d'autant plus important que vous n'êtes pas les seuls à  rechercher des électromécaniciens...

De fait. Il s'agit là  d'un des profils parmi les plus recherchés, et les plus en pénurie, qui plus est ! Que leur disons-nous ? Qu'ils vont bénéficier chez nous d'un package inédit, au sein duquel la formation joue un rôle fondamental. Tous les techniciens que nous recrutons sont formés pendant 5 mois, dès leur entrée dans la société, et vont continuer leur apprentissage sous la forme du compagnonnage, sur le terrain. Tout au long de leur carrière, nous continuerons à  investir dans leur formation : 40 heures en moyenne chaque année, ce qui correspond globalement à  6 % de la masse salariale (soit plus de trois fois le minimum légal).

À quoi attribuez-vous cette pénurie ?

Nous ne trouverons jamais de diplômés A2 en électricité, en électromécanique, qui seront directement opérationnels chez nous : les techniques liées à  la distribution du gaz et de l'électricité ne s'apprennent pas à  l'école et c'est la raison pour laquelle nous les formons d'emblée. Mais la pénurie est beaucoup plus fondamentale : notre enseignement ne forme pas assez de profils techniques. Nous le savons, tous les recruteurs s'en plaignent et pourtant cela ne change pas. Ces filières sont mal considérées par les parents, elles sont vécues par beaucoup de jeunes comme des voies de garage, de relégation. Il est vraiment urgent de changer le regard que l'on porte sur ces études. Il faut que des jeunes posent à  nouveau ce choix de manière positive, car il est susceptible de leur ouvrir une belle carrière.

Comment changer l'attractivité de ces filières ?

Il faut agir sur les mentalités, ce qui n'est pas évident compte tenu du poids de plusieurs décennies consacrées à  dénigrer les filières techniques – rendant au passage très malheureux des jeunes qui auraient manifestement pu s'y épanouir. Mais il faut aussi réformer la manière dont cela fonctionne : un dialogue doit s'instaurer de manière structurée entre l'école et l'entreprise, car tout le monde va y gagner. J'en veux pour preuve l'efficacité et le succès des formations en alternance : nous accueillons une vingtaine de stagiaires dans ce cadre et cela fonctionne très bien. Mais la bonne volonté des uns et des autres ne suffit plus : nous travaillons déjà  avec le Forem, l’IFAPME et Skills Belgium qui entend réhabiliter les métiers techniques, nous allons soutenir la future Cité des métiers à  Charleroi, mais il faut agir de manière beaucoup plus profonde et structurée.

Vous évoquez une « belle carrière ». Un emploi à  vie ?

La question ne se pose pas en ces termes. Quand nous investissons dans la formation d'un jeune, c'est évidemment pour qu'il reste chez nous. À nous, dès lors, de lui proposer un job, un cadre de travail, des perspectives de carrière suffisamment intéressants pour l'inciter à  rester chez nous. Les jeunes d'aujourd'hui ne cherchent pas un « emploi à  vie » : ils veulent prendre du plaisir au travail, maîtriser les nouvelles technologies, participer aux évolutions de la société. Sinon, ils s'ennuient et partent...

Quelles sont les conditions d'entrée chez Ores ?

Les salaires de départ sont conformes aux barèmes du secteur. Un technicien raccordeur, sans expérience valorisée, commencera sa carrière chez nous avec un salaire de 1 900 € brut, auxquels il faut ajouter les avantages extralégaux du type chèques-repas, assurance soins ambulatoires, assurance hospitalisation pour lui et sa famille. Nous avons aussi lancé toute une réflexion sur la manière dont nous fonctionnons, notre adéquation au « nouveau monde du travail » : la culture d'entreprise, la communication, la flexibilité, la mobilité, la collaboration, l'implication, entre autres, qui ne concernent bien évidemment pas que les techniciens sur le terrain, mais aussi tous nos collaborateurs qui travaillent en nos bureaux. Nous disposerons par ailleurs d’ici trois ans d'un nouveau siège social implanté dans la région de Charleroi qui sera une superbe vitrine, je pense, de ce que nous sommes déjà  et voulons devenir davantage. Les jeunes auront bientôt d'emblée le réflexe de penser à  nous !

Benoît July

 

 

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