« Je rencontre personnellement chaque nouveau collaborateur »

 

Techspace Aero, sur les hauteurs de Liège, s'est érigé en leader mondial des compresseurs basse pression, un des composants essentiels des moteurs d'avion. Un « statut » qui justifie largement l'attractivité de cette entreprise qui emploie quelque 1 350 ingénieurs, techniciens et ouvriers qualifiés.

Yves Prete dirige Techspace Aero depuis janvier 2011. Rencontre exclusive avec cet ingénieur civil électromécanicien qui, hors cadre professionnel, est un véritable passionné de rugby.

Vous avez récemment signé un contrat qui sécurise 15 % de votre activité... jusqu'en 2050. Une telle visibilité sur l'avenir est pour le moins exceptionnelle à  l'heure actuelle...

Nous allons concevoir et produire le compresseur basse pression du nouveau moteur qui équipera le nouveau Boeing 777X. Si celui-ci effectue son premier vol en 2020 et s'il est produit pendant vingt-cinq à  trente ans, nous pouvons effectivement porter notre regard bien au-delà  de 2040. Un tel partenariat, conclu en l'espèce avec le motoriste américain General Electric, n'est pas exceptionnel. Nous sommes aussi partie prenante du Leap, le moteur qui équipera les versions modernisées des Airbus A320 et des Boeing 737, entre autres. Au final, nous avons dans notre spécialité 70 % du marché dans la gamme des avions moyen-courrier et 50 % du marché des avions long-courriers. Bref, Techspace Aero est un vrai leader à  l'échelle mondiale...

Est-ce pour cela que les candidats s'intéressent à  vous ?

Nos collaborateurs nous rejoignent pour quatre raisons. D'abord, l'aviation : c'est un domaine qui fait toujours rêver. Ensuite, une image de sécurité, qui constitue bien évidemment un atout dans le contexte actuel. Troisièmement, le fait que nous faisons partie du groupe Safran (plus de 65 000 salariés) qui leur ouvre des opportunités à  l'international. Enfin, les gens savent, par le bouche-à -oreille, que l'ambiance de travail est très bonne chez nous.

Quels les sont les profils que vous recrutez ?

Essentiellement des profils techniques : des ouvriers (usineurs sur machines à  commandes numériques, monteurs, magasiniers...), des techniciens (dessinateurs, agents de méthode ou de gestion de la chaîne logistique...) et des ingénieurs civils, notamment pour notre bureau d'études.

Techspace Aero serait-elle donc une entreprise essentiellement masculine ?

À plus de 85 %, effectivement, mais je n'ai pas le choix : c'est le reflet de la proportion de femmes qui choisissent les filières d'études dans lesquelles nous recrutons, soit 15 % des effectifs environ. Si cela devait changer, nous serions les premiers à  nous en réjouir !

Compte tenu de la pénurie de profils techniques, éprouvez-vous des difficultés à  les recruter ?

La Belgique forme trop peu d'ingénieurs, mais cela ne nous affecte pas trop : nous les recrutons facilement, car nous sommes attractifs et veillons à  conforter cette image en étant très présents sur les campus. C'est plus compliqué pour les techniciens et franchement très compliqué pour les ouvriers qualifiés que nous devons former pour les amener au niveau recherché. Cet investissement, heureusement, n'est pas vain car nos collaborateurs sont fidèles : il est très rare qu'ils nous quittent après avoir été formés.

Si vous ne trouvez pas, allez-vous débaucher dans d'autres entreprises ?

C'est un terme que je déteste et une pratique qui ne correspond pas du tout à  notre éthique ! Nous ne faisons donc pas la fortune des chasseurs de têtes. Et si, d'aventure, un candidat décide de quitter une entreprise, un fournisseur par exemple, pour nous rejoindre, nous veillons à  ce que l'activité de ce fournisseur n'en soit pas affectée.

Quelles sont les qualités indispensables pour travailler chez Techspace Aero ?

La base, ce sont évidemment les compétences techniques, mais elles ne suffisent pas. Nous recherchons des collaborateurs honnêtes, rigoureux, soucieux de respecter les procédures et de ne pas masquer leurs éventuelles erreurs, car nous travaillons dans l'aéronautique où l'exigence de qualité est extrême. Nous souhaitons aussi attirer des gens qui sont ouverts à  l'innovation, car c'est la condition de notre succès. Enfin, il faut qu'ils soient enthousiastes et fassent preuve d'empathie : aimer travailler en équipe et partager avec leurs collègues.

Il se dit que vous rencontrez chaque nouveau collaborateur. Pourquoi ?

Parce qu'un patron doit s'occuper de ce qui est stratégique. Ce qui est stratégique, chez Techspace Aero, se résume simplement. D'abord, le produit, qui doit être le meilleur du monde et justifier le fait que des clients d'envergure mondiale s'adressent à  nous : ils ne le font pas parce que nous sommes sympathiques. Ensuite, ce sont nos résultats : eux seuls nous permettent de continuer à  investir chaque année 20 % de notre chiffre d'affaires en recherche et développement. Enfin, c'est l'amélioration continue (des produits, des processus, de la productivité...) que seuls des collaborateurs motivés sont capables d'initier. Bref, nos collaborateurs sont absolument stratégiques. Et je me rendrais coupable d'une grave erreur si je ne m'impliquais pas moi aussi personnellement dans leur recrutement.

Vos exigences sont élevées. En sus des arguments évoqués précédemment, que proposez concrètement ?

Notre package salarial est correct et nos avantages extralégaux meilleurs que la moyenne. Vu la visibilité sur notre avenir, nous sommes aussi en mesure de proposer un vrai plan de carrière doublé d'un investissement très fort dans la formation (le double de la moyenne des entreprises belges). Enfin, nous veillons à  l'ambiance de travail et à  la satisfaction de notre personnel, qui est confirmée par des enquêtes internes et externes.

Vous évoquiez les opportunités de carrière internationale au sein du groupe Safran. Beaucoup de collaborateurs en font-ils la demande ?

Il y a des ouvertures... pour celles et ceux que cela intéresse en fonction de leurs objectifs professionnels ou de ce que leur permet leur environnement familial. Certains de nos cadres sont partis travailler en France ou aux États-Unis. J'en ai d'ailleurs personnellement profité, en étant responsable d'une joint-venture de Safran à  Chengdu, en Chine, puis en tant que responsable des activités mondiales de maintenance de Safran, en étant basé à  Paris. Donc oui, il y a de vraies opportunités.

À l'inverse, le fait d'être basé en région liégeoise, à  Milmort, constitue-t-il un handicap ou un atout ?

Nous recrutons des ingénieurs de toutes provenances, y compris de l'UCL ou de l'ULB notamment. Se rendre au travail chez nous leur prend souvent moins de temps que celui perdu dans les bouchons autour de Bruxelles, et nous n'avons aucun problème de parking. Du reste, nombre d'entre eux finissent par s'installer en région liégeoise : l'environnement y est très sympathique et y acquérir un logement est souvent bien moins onéreux qu'à  Bruxelles ou dans le Brabant wallon. Et c'est un Bruxellois qui vous le dit !

Benoît July

 

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