« Le photovoltaïque est aussi un outil de communication »

Publié : samedi 28 novembre 2015

 

Spécialisée dans l'intégration du photovoltaïque dans des projets architecturaux d'envergure, Issol se définit avant tout comme une entreprise de construction. « Nos clients apprécient l'image positive qui se dégage de nos solutions. »

Sa technologie a intégré la toiture du Conseil européen, à  Bruxelles, ou du ministère de la Défense à  Paris, entre autres. Rencontre avec Laurent Quittre, président, fondateur et principal actionnaire de cette PME qui aligne les succès « en s'appuyant tout autant sur la qualité de ses collaborateurs que de ses produits. »

Issol, l'un des rares rescapées du tsunami qui a frappé le photovoltaïque wallon ?

Pas du tout. Pour une raison simple : nous ne nous sommes jamais positionnés comme une entreprise du secteur photovoltaïque mais comme une entreprise du secteur de la construction. Notre business n'a jamais consisté à  installer un maximum de panneaux sur les toits des maisons – nous serions sinon vraisemblablement morts aujourd'hui. Il s'agit depuis le départ de concevoir et de mettre en œuvre des solutions architecturales innovantes qui permettent de rendre les enveloppes des bâtiments plus « actives », en produisant de l'électricité. La technologie photovoltaïque n'est donc qu'un outil dans une solution plus globale.

À quels besoins répondez-vous ?

La tendance lourde, c'est le besoin de rendre les bâtiments plus respectueux de l'environnement, avec un niveau d'efficacité énergétique très élevé : nous y répondons en proposant des façades en verre, des toitures, des bardages, des enveloppes qui transforment l'énergie solaire en électricité. Mais soyons réalistes : le vrai moteur, c'est le souci de nombreuses entreprises de prouver qu'elles sont sensibles au développement durable et qu'elles investissent en la matière. Une belle façade « photovoltaïque » représente un très beau vecteur d'image, un excellent outil de communication !

Quels sont vos concurrents ?

Le secteur de la construction est traditionnel et il n'est pas évident d'y effectuer une percée par l'innovation. Nos concurrents, ce sont des façadiers classiques vis-à -vis desquels nous devons prouver notre valeur ajoutée. Nous avons certes été aidés par la forte chute du prix des cellules photovoltaïques, qui a rendu notre solution d'autant plus compétitive par rapport à  des matériaux qui ne produisent pas d'électricité, mais nous avons tout de même dû faire preuve d'imagination pour nous imposer : nous avons par exemple financé nous-mêmes certaines installations, en nous rémunérant sur l'électricité qu'elles produisent. Mais ce n'est pas notre but : nous n'avons pas vocation à  devenir banquier ou producteur d'électricité. Notre cœur de métier, c'est la conception de projets innovants, souvent en partenariat avec des architectes renommés.

Quelles sont vos plus belles réalisations ?

J'évoque souvent l'Euro Space Center de Redu, car c'est notre premier projet d'envergure, en 2008. Nous avons aussi réalisé la couverture, courbe, du nouveau bâtiment de l'IBGE sur le site de Tour & Taxis à  Bruxelles, celle du nouveau siège du Conseil européen à  Bruxelles ou de la Tour des Finances, à  Liège. Nous avons aussi à  notre actif la gare de Perpignan, le ministère de la Défense ou la Cité de la musique à  Paris, par exemple. De grandes sociétés immobilières comme Befimmo ou Axa Real Estate font désormais appel à  nous car elles ont intégré l'importance de cette double dimension « développement durable » et « communication ».

Comment voyez-vous le marché évoluer à  moyen terme ?

Il va très fortement se développer, c'est une certitude, et la concurrence va s'intensifier. C'est à  mes yeux une évolution souhaitable : nous allons profiter de ce dynamisme accru qui va renforcer l'intérêt pour notre formule et générer de nouveaux contrats. Que des gens fassent la même chose que nous en France ou en Espagne ne me dérange pas : étant basés en région liégeoise, nous avons plutôt vocation à  capter de nouveaux projets autour de nous plutôt qu'à  la grande exportation. La construction est un secteur dans lequel la proximité avec le client est très importante, dans lequel il faut être très présent sur les chantiers.

Quels sont vos effectifs actuels ?

Nous sommes actuellement une cinquantaine de personnes, qui sont essentiellement réparties en deux activités qui travaillent de concert : un trentaine de techniciens et ouvriers qualifiés qui intègrent les circuits photovoltaïques dans les feuilles de verre et réalisent donc le produit fini qui sera installé sur les bâtiments, et une grosse dizaine d'ingénieurs, de techniciens, de commerciaux qui travaillent dans la R&D, dans la vente de nouveaux projets et le suivi des chantiers existants. Les interactions entre les bureaux d'études et les ateliers sont évidemment très étroites.

Quelle est l'évolution prévisible ?

Nous allons continuer à  croître et nos effectifs vont épouser une tendance comparable. Cela étant, compte tenu des difficultés sur le marché du recrutement, en particulier pour les profils qui nous intéressent, il n'est pas impossible que ce soit le phénomène inverse qui se dessine : ce sera probablement notre capacité à  attirer de nouveaux collaborateurs qui déterminera notre capacité à  poursuivre notre croissance...

Quels sont, précisément, ces profils que vous recherchez ?

Les compétences que nous recherchons sont essentiellement techniques : c'est évident sur le plan de la production mais aussi dans nos bureaux de R&D ou dans la gestion de projet. Curieusement au premier abord, ce n'est pas tellement une spécialisation dans le photovoltaïque que nous recherchons mais plutôt des gens comme des ingénieurs en construction ou des ingénieurs architectes par exemple, qui sont capables d'intégrer cette technologie dans une solution globale, en phase avec la demande du client. Ce n'est pas un hasard si notre dernier recruté provient du secteur du bâtiment : ce sont à  la fois ses compétences et son réseau qui nous intéressaient.

Les jeunes diplômés vous intéressent-ils ?

Comme dans toute entreprise, nous cherchons à  promouvoir la diversité des compétences, des approches. L'apport des jeunes est intéressant car ils ont une autre vision, une autre manière de travailler, qui nous obligent à  nous remettre en question et à  évoluer. Mais nous avons aussi besoin de collaborateurs expérimentés qui savent comprendre les besoins d'un client, gérer un chantier, animer une équipe. Notre avenir réside donc la pluridisciplinarité.

Mettez-vous en exergue, pour séduire les candidats, les atouts de la PME ?

Assurément. Un ingénieur qui décide de nous rejoindre est en recherche d'un défi dans un domaine utile et porteur, certes, mais aussi en quête d'un métier qui ne le vissera pas à  sa table à  dessin : il va régulièrement voir ce qui se passe dans l'atelier, se déplace sur les chantiers, est en relation constante avec les clients, et travaille aussi à  l'élaboration des produits que nous proposerons dans deux ou trois ans. Le salaire est important, certes, et nous sommes dans la norme à  cet égard, mais il ne s'agit pas de l'élément le plus déterminant. Les gens que nous séduisons savent ce qu'ils recherchent et ce que nous pouvons leur apporter.

Le fait d'être basé à  Dison constitue-t-il aussi un atout ?

Travailler à  deux pas des Hautes Fagnes et sans subir chaque matin les inconvénients des bouchons est précieux. Certains de nos collaborateurs n'ont pas hésité à  déménager pour se rapprocher de leur lieu de travail. Plusieurs d'entre eux rentrent même à  midi à  la maison : la qualité de vie au travail est aussi, désormais, un facteur-clé de l'attractivité.

Benoît July

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