« Nous œuvrons à l’Internet de demain »

 

Tessares est au cœur de la prochaine révolution de l’Internet: plus rapide, plus robuste et plus sécurisé par le biais d’un nouveau protocole permettant d’agréger les réseaux fixes et sans fil. Le développement de cette spin-off passe par le recrutement de collaborateurs IT. Sa solution a été récemment primée lors d’un salon international à  Londres. Tessares, qui a notamment attiré les capitaux de Proximus, veut doper les connexions Internet existantes en en faisant converger les réseaux d’accès. Le point avec son CEO, Denis Périquet, qui a bifurqué de l’univers des grandes enseignes télécoms afin de co-fonder cette 70e spin-off de l’UCL.

Quelle est l’activité de Tessares?

Notre mission est d’aider les opérateurs à  proposer des connexions à  l’Internet plus rapides, plus robustes, plus mobiles et plus sécurisées en combinant les réseaux fixes et sans fil. Nous avons développé un logiciel qui peut être très facilement greffé à  un routeur et qui permet de faire transiter une partie du flux de la liaison fixe (câble, ADSL) vers le réseau mobile (4G, etc.). Notre logiciel permet de distribuer le trafic sur différents réseaux et de le reconstituer ensuite, dans les deux sens évidemment.

A qui s’adresse votre solution?

Les bénéfices sont nombreux, notamment pour les opérateurs dont les clients ont un faible débit avec une ligne fixe, parce qu’ils sont trop éloignés du central local, par exemple. En sus de cette augmentation de débit, la connexion est plus robuste car éclatée sur plusieurs réseaux, et plus sécurisée aussi, pour la même raison. Tout cela s’inscrit dans un contexte porteur puisqu’on évoque un triplement du nombre d’objets connectés dans les cinq ans, puisque l’Union européenne veut doper les débits accessibles aux citoyens européens, et puisque les utilisateurs eux-mêmes sont désormais terriblement dépendants de cette fameuse connectivité.

Le marché n’est donc pas uniquement belge?

Même si des progrès peuvent encore être enregistrés dans certaines régions, la Belgique est un pays globalement bien nanti en matière de débit. Nous avons donc pour vocation d’aller rapidement à  l’international, non seulement en Europe (en France notamment…) mais aussi en Asie, en Australie, sur le continent américain.

Quelles sont vos ambitions en termes de ventes?

Le marché est potentiellement énorme: on parle de 300 millions de lignes fixes dans le monde, dont un tiers en Europe. Toutes les lignes ne sont pas concernées et nous ne prendrons qu’un pourcentage du marché car il existe des solutions concurrentes. Nous ne sommes encore qu’au tout début de notre aventure, la R&D se poursuit mais nous pensons raisonnablement générer un chiffre d’affaires de l’ordre de 5 millions d’euros dans les 5 ans, et avoir dépassé le seuil de rentabilité d’ici là .

Tessares est la 70e spin-off issue des labos de l’UCL. En quoi est-elle le fruit des recherches universitaires?

L’UCL a fortement contribué aux travaux de recherche qui ont débouché sur la définition d’un nouveau protocole: Multipath TCP (MPTCP), qui est une évolution du protocole TCP, inventé il y a une quarantaine d’années, qui est utilisé pour plus de 90% du trafic Internet. Ce protocole a reçu un accueil très favorable des opérateurs télécoms car il leur permet d’offrir une expérience Internet nettement améliorée en tirant profit des infrastructures existantes. En plus d’avoir contribué à  la définition de ce nouveau protocole, les chercheurs de l’UCL furent les premiers à  développer un prototype de solution logicielle embarquant cette nouvelle norme, et c’est précisément l’objectif de Tessares de commercialiser cette solution.

Vous avez d’emblée bénéficié de solides parrainages: l’incubateur WSL et, surtout, Proximus. Un gage de crédibilité?

Nous avons en effet bénéficié de l’accompagnement de l’incubateur WSL qui nous a notamment aidés à  valider notre approche du marché et avons dans la foulée clôturé une importante levée d’argent auprès du fonds d’investissement Vives II et de Proximus. Ce dernier soutien n’est pas seulement financier mais aussi technologique puisque c’est avec Proximus que nous allons finaliser la solution afin qu’elle convienne parfaitement aux besoins des opérateurs, puisse être rapidement et facilement déployée sur leurs infrastructures.

La société a été créée en mars 2015 et emploie 12collaborateurs. Quelle est la suite?

Les premiers recrutements que nous avons effectués ont été en réalité… les fondateurs: le professeur Bonaventure, responsable du labo de l’UCL au sein duquel les recherches ont été effectuées, Sébastien Barré et Grégory Detal, les chercheurs qui ont le plus contribué aux développements du prototype, ainsi que moi-même qui apporte mon expérience dans le monde des télécoms. Nous employons désormais 12 personnes, mais nous devons continuer à  recruter pour atteindre une vingtaine de collaborateurs à  la fin de l’an prochain.

Est-ce évident, pour une petite structure comme la vôtre, d’attirer les talents?

Ce n’est pas facile, notamment parce que les profils que nous souhaitons attirer sont très recherchés sur le marché. Or, nous ne bénéficions pas encore d’une très forte notoriété. Tout ce qui peut nous aider à  la renforcer, comme une interview dans Références, par exemple, est donc particulièrement bienvenu. Nous avons aussi participé il y a quelques semaines à  un salon international, le Broadband World Forum à  Londres, où nous avons été distingués parmi des géants tels que Deutsche Telekom, Alcatel-Lucent, ZTE ou encore Korea Telecom. Au sein de la communauté software/IT, cela compte!

Quels sont les profils qui sont attirés par une spin-off?

Des gens qui sont avant tout séduits par le projet, à  haute teneur technologique. Ils sont aussi attirés par l’idée de prendre part à  cette aventure depuis le début et d’exercer un impact réel sur la réussite de celle-ci. Pareille motivation est partagée tout autant par les plus jeunes que par les plus expérimentés. J’ai recruté dernièrement une personne dans la cinquantaine, avec qui j’avais travaillé précédemment: ses enfants sont grands, il a effectué une belle carrière et, davantage que la rémunération ou la sécurité, c’est vraiment l’idée de prendre une part active dans ce projet qui l’intéresse. C’est d’ailleurs exactement la même motivation qui m’a animé, alors que j’ai effectué toute ma carrière dans des grands groupes. Les valeurs sur lesquelles nous avons travaillé, comme l’excellence, la liberté, la fluidité et le plaisir, devraient nous permettre de séduire des profils qui ont la fibre entrepreneuriale et veulent, comme nous, œuvrer à  l’Internet de demain.

Quels sont les profils qui vous intéressent?

Essentiellement des ingénieurs qui font du développement et qui disposent pour ce faire d’une expertise dans les protocoles Internet: nous avons recruté des gens qui ont effectué leur mémoire sur le sujet, des informaticiens spécialisés en open source ou en réseaux, entre autres. Nous aurons aussi besoin de profils qui vont nous aider à  valider les solutions sur le plan technologique, à  les présenter au marché, entre autres: des ingénieurs donc, mais aussi des bacheliers, des doctorants. Pour certaines fonctions, plus commerciales, c’est moins le diplôme que la personnalité et le réseau du candidat qui feront la différence.

Benoît July

 

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