« Trouvez une façon d'offrir quelque chose d'unique »

Dans son dernier best-seller, Seth Godin revisite le mythe d’Icare. Sa déduction ? Si voler trop haut, en dépit de l'autorité du père, présente le risque de se brûler les ailes, il est tout aussi néfaste de voler trop bas.

Tout comme Faith Popcorn, Don Peppers ou Martha Rogers, Seth Godin est l'un des gourous du marketing les plus écoutés aux États-Unis. Il a fondé et dirigé Yoyodine, la première entreprise spécialisée dans les campagnes de promotion et le marketing direct en ligne. Avant de rejoindre Yahoo! en 1998, en tant que vice-président. Blogueur prolifique, auteur de dix-sept best-sellers, Seth Godin est aussi le père du permission marketing, du marketing viral et de la théorie des « tribus ». On le sait : bien utilisé, le web peut se transformer en véritable bouche-à -oreille, vecteur à  l'échelle mondiale d'une marque ou d'un produit. Mais peut-il, par un coup de génie, libérer et démultiplier vos talents ? Dans La supercherie d'Icare, son dernier ouvrage, le grand sorcier de la vente connectée, explore la mythologie de la réussite et de l'échec. « Avant, vous aviez un emploi, votre patron vous disait quoi faire, vous ne preniez pas de risques et vous pouviez ensuite partir à  la retraite. C'est ce qu'a voulu vous faire croire le système. Mais tout ça, c'est fini », confie cet agitateur d'idées. Comme dans ses ouvrages précédents, Godin développe les thèmes par vagues successives : il pousse un flot d'idées à  la façon d'une marée montante, pour mieux les décortiquer et les amener à  l'essentiel. Avant de les réinjecter aussitôt dans la vague suivante. À quelques semaines de sa prochaine conférence européenne, le grand Seth a accepté de répondre à  nos questions.

Vous dites que nous sommes tous des « artistes »...

Je définis l'art comme étant le travail d'un être humain. Quelque chose qui pourrait ne pas fonctionner, quelque chose qui nous relie et, surtout, quelque chose qui ne répond pas seulement à  un besoin urgent ou à  un cahier des charges. Cette nuance est importante, car une fois que nous pouvons définir une tâche à  réaliser, quelqu'un d'autre, quelque part, peut faire votre travail pour beaucoup moins cher... Or, c'est en détonnant, en vous dénotant et en détenant des compétences singulières, que vous vous rendez indispensable.

Selon vous, faire de l'art n'est plus une question de choix, mais une nécessité... Pourquoi ?

Parce que le temps où vous pouviez exercer un travail moyen et gagner un bon salaire appartient au passé. Le modèle industriel se meurt à  nos pieds. Et si vous continuez à  vous accrocher à  un parcours balisé, vous risquez de mener une carrière sans surprise. Voire de couler. Le défi dans le monde postindustriel, c'est que la valeur est créée grâce à  la connexion, pas au travers de trucs périssables. Mais tous ne sont pas préparés à  ce nouveau paradigme.

Comment embrasser notre côté artistique et l'utiliser pour offrir quelque chose d'unique ?

La raison pour laquelle nous hésitons à  faire de l'art, c'est que nous avons peur... Peur que cela ne fonctionne pas, peur d’être considérés comme une fraude, peur que cela ne rapporte rien. Le problème, c'est que nous avons été endoctrinés. Nos écoles, nos emplois, notre système de retraite... Tout est bâti autour du mantra : Contente-toi de faire ce qu'on te dit et l'État ou l'entreprise prendra soin de toi. On nous a appris à  nous intégrer et à  ne surtout pas nous démarquer. Or, si nous voulons réaliser quelque chose d'unique, et de durable, nous devons surmonter cette peur. Rompre avec les conservatismes. Ou mieux, danser sur leurs cadavres !

Que signifie l'économie de la connexion pour nos carrières ?

Le seul fait que nous soyons entrés en interaction, à  des milliers de kilomètres de distance, est dû au fait que mon travail vous est parvenu, qu'il a résonné au travers de votre réseau. La connexion est une question de confiance et d'attentes, c'est une question de générosité et d'impact. C'est justement là , dans ces connexions, que la valeur vit maintenant. L'objectif de l'art est de créer des connexions et pas seulement de rechercher une gloire éphémère. Cela requiert certaines qualités : inspirer confiance, savoir surprendre, avoir la volonté de guider les autres, être capable de créer des histoires qui font preuve d'humanité, c'est-à -dire ne pas craindre d'afficher sa vulnérabilité.

Pour beaucoup, ce nouveau monde reste intimidant : il a peu de règles et apporte des récompenses incertaines... Comment saisir ces nouvelles opportunités, même si vous êtes un employé ?

Votre job à  vous, c'est de participer à  la « course vers le haut ». Au lieu d'attendre que quelqu'un vous embauche ou vous dise quoi faire, vous devez prendre votre carrière en main.Trouvez une façon d'offrir quelque chose d'unique. Si vous le faites, le succès vous attend. Les gens vont vous trouver grâce, entre autres, aux nouvelles technologies. Et ils vont vous payer cher. Il n'y a pas de miracles, il faut se lancer. Lancer des idées de la manière la plus simple au départ. Et puis, très lentement, les amplifier. Vous êtes salarié ? Peu importe votre employeur, assurez-vous que votre boulot vous permette de vous développer. Au lieu de vous rendre inemployable ailleurs.

En conférence à  Paris

Les 1er et 2 juillet prochains, Seth Godin sera à  Paris pour la première conférence internationale sur l'innovation numérique et le luxe, Hackers on the Runway. Des entrepreneurs du numérique seront aussi présents, comme l'un des fondateurs de Kickstarter, Charles Adler, ainsi que des professionnels de l'industrie du luxe. Infos et inscriptions : www.hackersontherunway.com

À LIRE

La supercherie d'Icare, Seth Godin, éd. Diateino, 2013, 145 p., 16 €.

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