« Amine a créé son propre emploi »

Rédigé par: Christophe Lo Giudice
Date de publication: 17 déc. 2022
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Présentant un handicap lourd, Amine Yousfi a envoyé 1.200 candidatures spontanées en 5 ans. La RTBF a saisi la balle au bond en lui offrant un CAP assorti d’un plan de formation qui lui a ouvert un rôle de Social Editor dans l’équipe Social Media. Il réalise ainsi son rêve de s’épanouir dans les médias, tout en apportant une valeur ajoutée à son employeur. 

Ses principales missions ? « Réaliser une veille sur les réseaux sociaux afin de garder un œil sur ce que fait la concurrence, modérer les pages Facebook de la RTBF, mais aussi nourrir la stratégie visant à promouvoir l’insertion de personnes en situation de handicap », explique Amine Yousfi. Après avoir persévéré pour décrocher ce contrat de stage, il met en exergue le soutien apporté par l’asbl DiversiCom et le service bruxellois PHARE, mais aussi l’ouverture d’esprit de Morgane Borms, recruteuse à la RTBF, et de Sarah Delorme, sa manager.

Morgane Borms et Amine YousfiAmine Yousfi et Morgane Borms, recruteuse à la RTBF.

« Quand j’ai reçu la lettre d’Amine, je l’ai appelé pour en savoir plus, raconte Morgane Borms. Il a décroché et répondait basiquement par oui et non. Je me suis dit que je le dérangeais, qu’il n’était pas réveillé et qu’il n’avait peut-être pas envie d’aller plus loin. Son papa m’a rappelée pour m’expliquer sa situation. J’ai alors organisé un entretien avec Sarah et on s’est dit qu’il pouvait être un vrai atout dans l’équipe. Son profil ne correspondait pas à un poste ouvert, mais bien à un besoin. La RTBF n’avait jamais recouru au contrat d'adaptation professionnelle (CAP) qui favorise la mise au travail des personnes handicapées et, en m’y intéressant, je me suis rendu compte que la démarche n’était pas bien compliquée. » 

Depuis près de quatre mois, Amine Yousfi travaille à la RTBF à raison d’un mi-temps, un jour en présentiel et les quatre autres en télétravail. « Lors de mon premier jour, j’étais anxieux du fait qu'il n’est pas évident pour moi de gérer les interactions à l’oral, raconte-t-il. La venue d’une personne de DiversiCom m’a beaucoup aidé. Elle a préparé en amont mes collègues de travail à ma situation. Tout s’est alors fait naturellement, avec beaucoup de bienveillance. Mes collègues ont compris que l’interaction était possible avec de la patience pour me permette d’utiliser des outils adaptés compensant mon déficit d’élocution, et qu’elle était bénéfique pour moi. Aujourd’hui, je suis vraiment épanoui dans mon travail et la variété des missions qui me sont confiées me plaît beaucoup. »             

Morgane Borms retire de l’expérience la conviction que le recrutement d’un collaborateur en situation de handicap est plus facile qu’on ne l’imagine. « Nous avons tout au plus dû mettre à la disposition d’Amine une chaise ergonomique. Administrativement, c’est tout à fait gérable. Pour sa manager, il y a assurément un investissement en temps lié à une communication plus lente, mais ce type d’investissement est en partie commun à l’accueil de tout stagiaire ou de nouvel engagé. C’est à nous de faire l’effort pour nous montrer inclusifs et apprendre quoi faire pour nous adapter au mieux. »

Le reste, c’est du win-win. « J’ai l’intime conviction qu’une personne en situation de handicap au sein d'une entreprise peut être une chance, une opportunité et une richesse, y compris à des postes à responsabilité, conclut Amine Yousfi. Nous sommes des combattants du quotidien de par les difficultés que nous rencontrons et pouvons inspirer nos collègues de travail pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Ma devise ? Ma différence peut faire la différence car ma plus grande motivation est de réussir dans le monde professionnel. »