« Certains postes restent vacants durant des mois, voire des années »

Date de publication: 14 juin 2021

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La pénurie de main-d’œuvre est criante pour les acteurs de terrain du secteur de la construction. Les profils les plus expérimentés manquent et certaines entreprises s’érigent en véritables écoles de formation pour les jeunes.

Cela fait plusieurs années que la Confédération Construction wallonne tire la sonnette d’alarme face aux difficultés de recrutement. Et pour cause, la pénurie de main-d’œuvre est une réalité frappante pour la quasi-totalité des acteurs du secteur. « Cela fait quatre ou cinq mois qu’un poste de dessinateur est ouvert chez nous, et je ne reçois pour ainsi dire aucune candidature », confie Delphine Hallaux, administratrice déléguée de la société Genetec, active notamment dans l’éclairage public, la signalisation lumineuse et les réseaux de distribution. Pire encore, un poste d’électricien expérimenté est ouvert en permanence au sein de la société namuroise. Il ne trouve toujours pas preneur. « C’est là que le bât blesse. Ce qui nous pose de réels soucis en termes de recrutement, ce sont les profils expérimentés. C’est difficile aujourd’hui de dénicher des talents qui ont une expérience probante dans un secteur similaire au nôtre. Et puis, la nécessité de certaines compétences spécifiques nous met également des bâtons dans les roues. Car le plus souvent, nos postes vacants demandent un dédoublement de compétences. Nos terrassiers doivent à la fois être capables d’effectuer des travaux de terrassement, mais aussi de pouvoir manier des camions, des mini-pelles ou encore des grues à grappin, parfois même en plein centre-ville. Et je peux vous assurer que les détenteurs d’un permis CE courent de moins en moins les rues aujourd’hui/», explique Delphine Hallaux.

Miser sur le potentiel des jeunes

Devant l’impossibilité de recruter ces talents expérimentés, la société Genetec n’a donc d’autre choix que de miser sur des profils juniors chez qui on décèle un potentiel mais qui seront formés en interne. Une nécessité d’autant plus marquée, pour Delphine Hallaux, que son activité requiert des métiers presque de niche : « Une partie des métiers que nous employons n’est actuellement pas référencée au niveau de l’enseignement. Nous faisons de l’éclairage public, mais aussi du soufflage de fibre optique, des technicités qui ne sont actuellement pas encore dispensées sur les bancs de l’école. Résultat : nous formons nous-mêmes des jeunes qui disposent déjà des bases en électricité. C’est la raison pour laquelle je nous considère toujours comme une école de formation. » Ces formations représentent bien entendu un travail de longue haleine, d’autant plus qu’un autre défi vient s’y ajouter : celui de parvenir à conserver cette main-d’œuvre nouvellement formée. « Former ces jeunes implique de mobiliser aussi nos collaborateurs plus expérimentés au quotidien, cela représente un réel investissement pour nous. En ce sens, il est crucial de pouvoir garder ces talents par la suite sur le long terme. Or, on remarque tout de même qu’il y a un sérieux changement de mentalité chez les jeunes aujourd’hui. Certains estiment avoir fait le tour d’une fonction au bout de quatre à cinq ans et quittent ensuite l’entreprise pour explorer d’autres horizons. C’est une réalité dont il faut avoir conscience aujourd’hui et elle est visible sur les CV. De nombreux jeunes collectionnent déjà un bon nombre de fonctions différentes, cela prouve qu’ils ne se voient plus aujourd’hui effectuer l’intégralité de leur carrière auprès d’un même employeur », détaille Delphine Hallaux.

Un secteur en cours de féminisation ?

La cheffe d’entreprise se réjouit, en revanche, de voir apparaître de plus en plus de profils féminins dans les CV qui lui sont adressés, même si cette évolution concerne surtout les employés. « Il y a une dizaine d’années, même les postes administratifs du secteur de la construction étaient presque exclusivement occupés par des hommes. Aujourd’hui, il est fréquent de compter des femmes parmi cet effectif. Je reçois d’ailleurs de plus en en plus de candidatures féminines lorsque des postes sont à pourvoir. Pour les postes de terrain, ce changement reste malheureusement encore trop marginal, voire inexistant. Après, notre entreprise est principalement centrée sur les métiers de l’électricité et de terrassement, encore très étiquetés µmasculinsµ. Je suis certaine que dans des fonctions de parachèvement ou de peinture, par exemple, les femmes sont déjà plus présentes », remarque Delphine Hallaux. Les femmes sont également de plus en plus nombreuses à occuper des postes à responsabilités ou de direction. Preuve que les lignes continuent de bouger dans la construction.