«Les entreprises passent à côté de grands talents!»

Rédigé par: Lucie Hermant
Date de publication: 25 oct. 2019
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Edeltraud Hanappi-Egger WEB

C’est un événement qui a marqué la semaine dans le monde académique de Belgique: la School of Management de l’UCLouvain recevait ce jeudi la professeure Edeltraud Hanappi-Egger, première femme à enseigner l’étude de la diversité et des genres en entreprises à l’Université d’économie de Vienne.

Edeltraud Hanappi-Egger venait recevoir le titre de docteure honoris causa pour sa carrière éblouissante et (presque) tout-terrain. Une occasion unique de discuter des problématiques de genres encore persistantes dans nos organisations. Rencontre avec l’une des figures de proue du combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde du travail.

Le titre de docteure honoris causa, c’est une fameuse reconnaissance dans une carrière académique. Qu’est-ce qui, dans votre parcours, a fait la différence, selon vous?

C’est évidemment un grand honneur! C’est le symbole d’une carrière appréciée, c’est une reconnaissance très agréable. Et je pense que ma carrière se distingue parce que je n’ai pas une biographie traditionnelle. Je suis d’abord une chercheuse dans le domaine scientifique. J’ai travaillé pendant des années dans le secteur des technologies, c’est là que j’ai beaucoup appris et que j’ai réalisé beaucoup de recherches à propos des organisations et du monde des entreprises. En fait, ma carrière n’a jamais cessé d’évoluer de manière plutôt normale en termes d’échelons, mais aussi de façon peu commune en ce qui concerne mes différents domaines de recherches.

A l’heure actuelle, quels sont les problèmes de diversité et de genre qui sont le plus fréquemment observés dans le monde du travail?

Quand on regarde les entreprises de près, on se rend compte que plus on monte dans les échelles hiérarchiques et de management, moins on trouve de femmes. Il reste évidemment la question du plafond de verre, mais on voit aussi, à un niveau établi, certains postes qui sont littéralement inaccessibles aux femmes. C’est le filtre de verre! Pourtant, si on leur permet d’arriver tout en haut, elles n’ont pas un leadership ou un management différent de celui des hommes: elles ont les mêmes compétences, la même formation, la même éducation, la même manière de travailler. Mais elles restent exposées à un phénomène de double contrainte où elles sont perdantes, quoi qu’elles fassent. Si elles travaillent comme les hommes, elles sont considérées comme des «non-femmes», et si elles gardent leur propre style, elles sont considérées comme «non professionnelles». C’est une problématique qui rend l’évolution à un haut niveau très difficile pour les femmes.

Comment s’explique ce type de constats en 2019?

C’est un problème qui naît de la société en général, de notre culture, qui a établi des attentes et des rôles des personnes selon leur genre: que font les femmes et que font les hommes? C’est purement une construction culturelle. Jusqu’à l’âge de 3ans, les enfants ne font pas de différence de genres. Ce sont les habitudes culturelles qui leur seront imposées par leur entourage qui vont influencer leur perception. Et c’est un système complexe qui se transpose presque naturellement dans les entreprises. C’est une discrimination, un mécanisme caché derrière des attitudes ancrées dans nos sociétés et nos cultures.

Quelles pistes de solution défendez-vous?

Je pense qu’il faut surtout apprendre à traiter les gens comme des êtres humains et cesser de les catégoriser selon leur sexe. Se focaliser sur les femmes, décider de les traiter d’une certaine manière pour les réparer, pour réparer la société, ça ne fait que souligner plus encore une distinction entre les sexes. Il faut surtout apprendre à les considérer comme égales aux hommes. On doit aujourd’hui travailler sur l’intégration de tous les genres, faire comprendre aux responsables d’entreprises et d’organisations qu’ils sont en train de passer à côté de grands talents qui pourraient leur apporter énormément de choses. Il faut être plus inclusifs. Ce sont les cultures d’entreprise qu’il faut revoir. Heureusement, on peut doucement espérer que quelque chose va se passer grâce à la nouvelle génération qui s’installe dans le monde du travail. Les millénials, les générations Y et Z, sont moins obsédés par la carrière et accordent plus d’importance aux valeurs et à l’égalité au travail. C’est un bel espoir pour l’avenir.

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