«Les jeunes veulent aller trop vite et négligent l’apprentissage»

Rédigé par: Lucie Hermant
Date de publication: 17 déc. 2018
Catégorie:

Paolo Tuccitto

Paolo Tuccitto est un self-made-man du secteur de la construction, qui est aujourd’hui à la tête de la SPRL Tuccitto. S’il explique qu’il y a en effet des manques récurrents pour les métiers du domaine, il souligne surtout un problème au niveau de la formation.

Quels corps de métiers vous manquent le plus régulièrement?

"Ce sont surtout les maçons qualifiés qui nous manquent. Et le mot «qualifié» est important. Il y a plusieurs catégories dans tous les secteurs de la construction: menuiserie, maçonnage, carrelage… Et dans tous les corps de métiers de la construction, il y a toujours plusieurs niveaux: l’apprenti, puis les catégories des manœuvres, les spécialisés avec des échelons de compétences, les chefs d’équipe et puis les contremaîtres. Et, selon ce système, la main-d’œuvre qui nous manque, dans tous les corps de métiers, ce sont les qualifiés, ceux qui ont de l’expérience, pas les manœuvres. Même s’il y a de la demande, on ne reçoit pas toujours les candidats qu’on cherche. On passe régulièrement par le Forem pour trouver les profils et talents qui nous manquent, mais, malheureusement, ça reste régulièrement très difficile d’avoir des gens sérieux et suffisamment qualifiés. Pour sélectionner un profil précis, il faut en moyenne contacter une cinquantaine d’offres."

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Selon vous, qu’est-ce qui explique cette pénurie?

"Je pense que, depuis une quinzaine d’années, les jeunes ne prennent pas assez le temps de se former, ils sont trop pressés de travailler. 60% des jeunes ne sont pas réalistes et ne conçoivent pas qu’il puisse être important de prendre trois ans pour acquérir des compétences et de l’expérience valable. Ils veulent aller trop vite, et sautent l’étape de l’apprentissage, il y a de moins en moins d’apprentis. Alors, ils postulent pour un emploi, mais ils ne conviennent pas, n’ont pas le profil qui était demandé, ce qui fait perdre du temps à tout le monde."

Il y a une sorte de boom en besoin de main-d’œuvre dans le domaine du bâtiment en 2018. Comment l’expliquez-vous, sur le terrain?

"Cette année, il y a eu une forte reprise dans le bâtiment! Les taux d’intérêt sont au plus bas depuis environ quatre ans, mais on s’attend à ce qu’ils repartent à la hausse dès l’année prochaine. C’est une des pistes qui expliquent que les personnes contractent des prêts pour investir dans les briques en cette fin d’année." 

Est-ce que, face à la demande en hausse, vous avez constaté que certains travailleurs décident de se mettre à leur compte, peut-être pour pouvoir mieux négocier leurs tarifs?

"Non, il y a toujours eu deux catégories de personnes: ceux qui ont depuis le début l’objectif de devenir indépendants tôt ou tard, et ceux qui comptent rester salariés, avec les barèmes de salaires et les avantages sociaux qui sont liés au statut. Mais, en effet, certaines personnes, heureusement d’ailleurs, se mettent après quelques années d’expérience à leur compte. Ce n’est pas une majorité, mais il en faut! Il faut du renouveau, de nouvelles entreprises. C’est toujours une approche alléchante de se mettre à son compte, mais peu franchissent le pas. Sur cent personnes que j’ai rencontrées au sein de mon personnel, seuls cinq ou six sont parties pour devenir indépendantes."

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