« Nos diplômés sont recrutés avant la fin de leur cursus »

On savait la pratique fréquente pour les ingénieurs, par exemple, mais les infirmières et infirmiers diplômé(e)s en haute école bénéficient eux aussi très souvent d’une proposition d’embauche avant la fin de leur cursus.

En cause : une pénurie de profils bien réelle, alors que les besoins sont croissants.

Cécile Sottiaux est infirmière enseignante à la Haute Ecole Louvain en Hainaut (Helha) où elle dirige le département Santé de l’implantation de Jolimont. Une haute école que les étudiant(e)s rejoignent en ayant la certitude de décrocher un emploi avant la fin de leurs études supérieures.

Cécile Sottiaux [square]

Cécile Sottiaux

Qu’en est-il de l’attractivité des études après la crise sanitaire ?

Il est un peu trop tôt pour dresser un bilan chiffré complet des inscriptions mais globalement, il ne me semble pas que la filière ait subi un déclin d’intérêt, ni, davantage, une envolée des inscriptions. Ce qui signifie concrètement que la pénurie de profils infirmiers ne va pas diminuer dans les prochaines années.

Qu’est-ce qui justifie cette pénurie de profils ?

En dépit de l’allongement de la durée des études de « bachelier infirmier de soins généraux » (l’intitulé exact de ces études, qui sont passées de trois à quatre ans en haute école, NDLR), nous formons en réalité suffisamment de diplômé(e)s. Mais ce qui apparaît ensuite, c’est qu’un certain nombre d’entre elles ou d’entre eux quittent la profession en milieu hospitalier, en raison notamment de la pénibilité du travail, mais aussi des horaires qui rendent l’exercice compliqué à concilier avec une vie de famille. Le travail à pauses, qui implique du travail de nuit, est exigeant de manière générale, mais certainement davantage encore pour de jeunes parents, y compris, bien entendu, de jeunes mamans. C’est la raison pour laquelle un nombre croissant d’hôpitaux proposent des services pour aider à concilier ces contraintes, par le biais de crèches ou de l’accès à certains services ménagers sur le lieu de travail, par exemple. Cela me semble indispensable pour tenter de conserver ces personnes dans la filière des soins de santé.

L’enjeu salarial n’est-il pas, à un moment donné, rédhibitoire également ?

Il l’est assurément, dès lors que le cursus en haute école a été fortement upgradé : il s’agit d’une formation exigeante, en quatre ans, qui cependant reste assimilée, au niveau barémique, à celle d’un bachelier dans le secteur non marchand, qui n’est pas, comme on le sait, celui qui propose les salaires les plus élevés. Je comprends donc parfaitement la revendication de certains étudiants qui se sont directement adressés à la ministre Valérie Glatigny (en charge de l’Enseignement supérieur, NDLR) afin que la formation soit reconnue en tant que master. C’est d’autant plus pertinent pour les étudiants qui se lancent dans une spécialisation d’un an, en pédiatrie, en gériatrie, en oncologie ou en soins intensifs, par exemple, et qui ne rentrent donc sur le marché du travail qu’après avoir accompli cinq ans d’études…

Qu’est-ce qui, fondamentalement, attire les étudiants ?

C’est évidemment une très belle profession, qui offre de multiples débouchés : la grande majorité des infirmières et infirmiers sont bien entendu actifs dans les soins cliniques, en structure hospitalière ou en dehors, dans des maisons de repos ou via les soins à domicile, par exemple, mais il y a aussi des opportunités dans la gestion (la direction des soins infirmiers en hôpital, par exemple), dans la médecine du travail ou dans l’enseignement notamment. J’en profite également pour signaler l’existence d’un tout nouveau master en sciences infirmières, qui est désormais accessible aux titulaires d’un diplôme de bachelier infirmier responsable de soins généraux et qui leur ouvrira de nouvelles perspectives. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas se tromper longtemps sur son choix : les stages constituent la moitié du cursus, de sorte qu’on voit très tôt de quoi il s’agit et si l’on est prêt à exercer le métier…

La certitude d’obtenir un emploi à la fin de ses études joue-t-elle également dans l’attractivité de la filière ?

Il s’agit en tout cas d’une réalité : nos étudiant(e)s se sont vu proposer un contrat avant la fin de leur cursus, le plus souvent dans une structure qui les a accueilli(e)s en tant que stagiaires, voire en tant que jobistes pendant l’été. J’ose même dire qu’ils ont désormais la liberté de choisir où ils vont travailler, selon les critères qu’ils veulent privilégier, que ce soit le contenu de la fonction ou la proximité de leur domicile, par exemple. On voit aussi, plus récemment, s’instaurer des pratiques pour attirer les candidat(e)s, visant à octroyer des avantages extralégaux, comme des assurances hospitalisation, voire dans certains hôpitaux une prime à l’embauche censée faire la différence au moment du choix.

Il n’empêche qu’on ne fait pas toujours une longue carrière dans ce métier…

C’est vrai, en tout cas dans les services hospitaliers. Mais cela ne veut pas dire qu’on quitte la profession au sens large pour autant, puisque certain(e)s décident de travailler dans les soins à domicile ou dans des maisons de repos, par exemple. On voit aussi se développer la filière du travail intérimaire, qui permet aux infirmières et infirmiers qui la choisissent de mieux contrôler leurs horaires et d’éviter de devoir s’inscrire dans le système des gardes et du travail de nuit, notamment.

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