20.000 travailleurs attendus dans la construction d’ici 3 ans

Date de publication: 14 juin 2021
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Construction

Le secteur de la construction est en plein boom. Et pour cause, il constitue l’un des moteurs de la relance économique. Pour contrer la pénurie, la Confédération Construction wallonne compte sur la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi.

La pandémie de coronavirus a-t-elle mis le secteur de la construction au tapis ? Que du contraire. Car si une légère baisse de l’activité a été enregistrée au premier trimestre 2020, à l’automne de la même année, la construction s’érigeait déjà parmi les secteurs les moins impactés par la crise sanitaire. Il faut dire que les Belges sont nombreux à avoir eu une brique dans le ventre pendant le confinement. Petits travaux de rénovation, terrassement ou encore mise en peinture, tous ont eu le temps d’imaginer les changements à opérer dans leurs habitations en faisant appel à différents corps de métiers. Mais si les demandes de la clientèle privée boostent l’activité de la construction, c’est surtout la place qu’occupe ce secteur dans les plans de relance au niveau wallon, fédéral et européen, qui renforce sa vigueur. « Notre secteur représente la moitié des budgets des plans de relance. Ce n’est évidemment pas un hasard. La construction est non seulement à l’origine de l’édification d’infrastructures utiles à l’ensemble de la société, mais elle est également un levier important de l’activité économique et contribue à réduire le coût de gestion des bâtiments, via l’isolation notamment. Le secteur de la construction constitue un moteur de relance, d’autant plus qu’il induit également une hausse de la productivité de l’économie sur le long terme », explique Gauthier De Vos, conseiller emploi-formation-enseignement à la Confédération Construction wallonne (CCW).

La Confédération Construction wallonne s’attend à voir passer le nombre des travailleurs salariés employés par le secteur de 60.000 à 80.000 d’ici deux à trois ans pour assurer la demande liée à ces plans de relance. « Le défi va être de se demander comment nous allons réussir à trouver ces 20.000 profils supplémentaires alors que la construction est déjà lourdement frappée par la pénurie de main-d’œuvre », insiste Gauthier De Vos. Environ 5.000 postes restent encore vacants. Conducteur d’engin, maçon, ouvrier de voirie, couvreur ou encore menuisier, tous les métiers du secteur manquent à l’appel. Les spécialistes des nouveaux métiers, liés notamment à l’isolation ou à la pose de panneaux photovoltaïques, figurent également parmi les perles rares du marché. Au total, une quarantaine de ces métiers sont considérés comme particulièrement en tension. Vingt d’entre eux sont d’ailleurs officiellement répertoriés par le Forem comme fonctions critiques ou en pénurie.

Former les demandeurs d’emploi

Pour tenter de renverser la vapeur, la CCW multiplie les initiatives depuis plusieurs années en collaboration, entre autres, avec le service public de l’emploi et de la formation en Wallonie. « La situation est paradoxale : nous manquons cruellement de main-d’œuvre mais la Wallonie compte environ 200.000 demandeurs d’emploi. Pour les (re)mobiliser, nous travaillons avec le Forem à plusieurs niveaux. D’abord en essayant d’évoluer vers un meilleur référencement des profils de ces demandeurs d’emploi. 17.000 d’entre eux sont répertoriés dans le secteur de la construction. Or, bien souvent, leur profil et leur niveau de qualification ne correspondent pas aux besoins des entreprises de terrain. Ensuite, nous tentons aussi conjointement de faire en sorte de créer des aides à l’emploi ambitieuses et des incitants financiers à la formation attractifs. On se rend compte que les dispositifs existants ne sont pas suffisamment efficaces pour maintenir ou, en tout cas, attirer les talents dans notre secteur », détaille Edouard Francq, conseiller emploi - formation - enseignement à la CCW.

Depuis des années aussi, le défi est de redorer le blason de ces métiers manuels et de leurs formations, encore trop souvent relayées au rang de filière de relégation. Lancée en 2019, la campagne www.jeconstruismonavenir.be poursuit inlassablement cet objectif. « C’est difficile d’en mesurer l’impact direct, mais nous continuons de croire qu’il est indispensable de montrer aux jeunes et à leurs parents la richesse des métiers de la construction. Des clichés leur collent encore trop souvent à la peau. Ils sont encore régulièrement perçus comme dangereux et sales alors que ce sont des métiers passionnants qui évoluent avec leur temps et avec les technologies à l’instar des drones, par exemple. Ce sont plus que jamais des métiers porteurs. Selon l’Ifapme, 97 % des jeunes qui sortent d’une formation en construction décrochent un emploi dans les six mois », développe Gauthier De Vos. La CCW entend également déconstruire les idées reçues concernant les salaires de ces professions. Une récente étude de SD Worx a d’ailleurs révélé que sur les dix métiers ouvriers les mieux payés, huit sont issus du secteur de la construction.