4200 enseignants à recruter

Face au boom démographique et aux départs à la retraite, l’école manque terriblement de bras. Instituteurs, professeurs de langues, scientifiques n'ont jamais autant été recherchés. Mais par manque d'enseignants qualifiés, les écoles jouent au chat et à la souris.

Seize mille neuf cents. C'est le nombre de nouvelles places qui devraient être créées dans les écoles de Bruxelles et de Wallonie d'ici 2017. Tous réseaux confondus. Rien qu'en Région bruxelloise, 10 nouvelles écoles seront construites et 31 seront agrandies. Mais il est un satané problème que la Fédération Wallonie-Bruxelles ne parvient pas à juguler : la pénurie d'enseignants qualifiés. Partout, il en manque, tant en primaire qu'en secondaire. Trois matières sont particulièrement touchées : les maths et les sciences, des disciplines qui souffrent de la concurrence du secteur privé avec ses salaires plus attrayants, ainsi que les langues germaniques. Pour la prochaine rentrée, le compte est bon. Mais, comme chaque année, l'hiver décimera les rangs.

Pour remplacer un prof parti en congé de maternité, ou en absence pour maladie, les « castings parfaits » relèvent du miracle. Les intérimaires se font rares et la situation empire à mesure que l'année avance. Nous connaissons des pics de pénurie réguliers de février à mai. Et de plus en plus en novembre, essentiellement pour les profs de langues, de sciences économiques et de mathématiques, constate Manuel Dony, préfet des études de l’Athénée royal d’Ans-Alleur. Dans cette école où 80 professeurs officient à temps plein, une dizaine de remplacements ont dû être réalisés dans le courant de l’année. Mais pour le préfet, il n'y a pas assez d'enseignants qualifiés et les démarches administratives sont trop lourdes pour les intérims de courte durée. Nous sommes assiégés de CV de gens qui sont prêts à réorienter leur carrière. Notamment dans l’enseignement qualifiant. Mais personne n’est prêt à lâcher un CDI pour une mission de trois semaines, constate Manuel Dony.

Les « sans titre »

Des « profs » venant d'autres professions pour pallier le problème ? Faute de candidats, les établissements peuvent recruter des personnes qui n'ont pas le titre requis pour enseigner, c'est-à-dire sans aucune formation pédagogique. Dans le secteur, ces candidats portent le nom de leur convention : les « articles 20 ». Ils constituent environ 10 % des professionnels de l’enseignement francophone. Eux-aussi, peuvent avoir le feu sacré. Et souhaitent rester fidèles à leur nouveau métier. Mais peu accèdent à des emplois stables. Une exception ? Oui et non. Selon une étude menée par l’UCL et l’ULB, 35 % des profs quittent le métier endéans les 5 premières années de pratique. Tous niveaux d'enseignement obligatoire confondus. Trop d’enseignants abandonnent le métier en début de carrière. Certains profs ne restent qu’un mois. Surtout en maternel et en secondaire, explique Bernard Delvaux, chercheur au GIRSEF (groupe interdisciplinaire de recherche sur la socialisation, l’éducation et la formation).

Il n’y a pas un réseau pour rattraper l’autre. Enseignement officiel, libre, généraliste ou qualifiant… Partout, les jeunes profs décrochent autant. Mais des différences existent selon le diplôme : le taux de sortants durant les cinq premières années est trois fois plus important parmi les non détenteurs d’un diplôme pédagogique que parmi ceux qui en détiennent un, précise Bernard Delvaux. D’autres facteurs interviennent également : notamment la situation géographique de l’école. Contre toute attente, c’est à Bruxelles que s’effectuent les meilleurs engagements. Plus étonnant, selon l’enquête, les écoles à publics difficiles offrent davantage d’emplois stables dans la durée. Bruxelles est le marché scolaire qui enregistre la plus grande croissance démographique et donc le plus de postes de travail. En province de Liège, le moins, explique Bernard Delvaux.

Quand postuler ?

L’étude évoque aussi les rapports de force trop inégaux entre enseignants débutants et enseignants « établis ». Les statuts des enseignants ont tendance à protéger les anciens, explique le sociologue de l’UCL. Les enseignants débutants sont utilisés comme variable d’ajustement. Du coup, le nombre d’équivalents temps plein d’enseignants débutants évolue selon un rythme saisonnier. Ainsi, le mois de septembre est toujours celui qui procure le moins d’emplois aux novices. Seuls 42 % des enseignants débutants sont engagés pour la première fois en septembre ; 31 % le sont après le premier janvier. Mais c’est le mois de mai qui reste le plus favorable pour décrocher un poste, indique Bernard Delvaux. L’étude révèle aussi que seuls 13 % des postes disponibles en septembre pour les nouveaux enseignants sont occupés par des novices. Mais c’est essentiellement à ces derniers que sont attribuées les places ouvertes à partir d’octobre, beaucoup moins stables.

Malgré ces difficultés, chaque année, 4 800 nouveaux enseignants sont engagés alors que, tout au plus, le système n’a besoin simultanément que de 3 300 ETP, selon l’étude. Si le système était organisé autrement, on pourrait imaginer n’engager au maximum que 4 200 enseignants, voire moins, ce qui nous rapprocherait un peu du nombre de diplômés pédagogiques sortant chaque année (3 500 maximum, ndlr) et réduirait d’autant le phénomène de pénurie, conclut Bernard Delvaux.

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