8 questions-réponses sur les vacances des Belges

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Nous tenons tous énormément à  nos vacances : plus on en a, mieux on se porte ! Mais en avons-nous absolument besoin ? Et comment se fait-il qu'une fois partis, on souffre encore du stress des vacances ?

1. Avons-nous réellement besoin de vacances ?

" Tous les travailleurs sont constamment sous pression : la tournée des facteurs est devenue un véritable contre-la-montre, les tâches du personnel soignant ne cessent de se démultiplier et ainsi de suite. Et ça ne s'arrête plus ! Avec nos GSM et nos laptops, on peut nous joindre en permanence. " Pour Bert Aertgeerts, professeur de médecine générale et chef de service au Centre universitaire de médecine générale de la K.U.Leuven, " nous avons bel et bien besoin de repos, ainsi que de vacances. Mais très peu de recherches médicales ont été menées pour mesurer concrètement leurs effets sur notre santé. Nous constatons qu'à  terme, tout le monde doit pouvoir profiter de temps à  autre d'une période de repos prolongée. Faute de prendre ce repos bien mérité, on court le risque de ne plus pouvoir récupérer suffisamment d'énergie pendant les week-ends. À terme, on se retrouve dans un état d'épuisement avancé, à  un pas du burnout ou de la dépression. "

D'après les rares données dont nous disposons en la matière, notre santé tend effectivement à  s'améliorer durant les vacances, mais cet effet est limité. " C'est logique ", poursuit Bert Aertgeerts, " puisqu'en vacances, nous sommes également confrontés à  des facteurs qui nous affectent beaucoup moins à  d'autres moments. Un exemple : les vacanciers passent soudain tout leur temps en famille pendant plusieurs semaines alors que pendant l'année, le travail aidant, ils ont généralement beaucoup moins de temps à  lui consacrer. Mais cette période de vacances nous permet néanmoins de faire le plein d'énergie pour l'année à  venir. Même si elles nous paraissent déjà  bien loin au bout de deux à quatre semaines. "

" C'est un domaine qu'on étudie peu ", concède le professeur Frederik Anseel, qui enseigne la psychologie organisationnelle à  l'Université de Gand. " Mais il est clair que nous avons impérativement besoin de périodes de vacances prolongées. Selon une étude récente, quiconque ne prend jamais de vacances pendant des années ne fait que précipiter sa propre mort. Il faut absolument lever le pied de temps en temps, c'est indispensable. "

Cent cinquante skieurs ont été suivis pendant dix jours aux sports d'hiver par une équipe de chercheurs. " Ils ont constaté que les vacanciers se sentaient vraiment mieux à  la montagne. Ils étaient moins fatigués et plus dynamiques. Ils ne dormaient pas vraiment mieux, mais c'était probablement à  cause de leur consommation d'alcool ", ironise Anseel.

2. Doit-on privilégier certaines activités ?

" L'essentiel est de mettre les vacances à  profit pour se changer les idées. N'hésitez surtout pas à  faire des choses qui sortent de la routine. Et avec une certaine dose d'activité physique, naturellement ", poursuit le docteur Aertgeerts.

Si, dans les années 60, la moitié des travailleurs avaient des occupations physiques, en 2011 cette proportion est retombée à  20 %. Quand on travaille dans un bureau, on ne marche guère plus de quelques centaines de mètres par jour. Pour se maintenir en bonne santé, les médecins préconisent trente minutes d'exercice physique quotidien (de préférence en modulant l'intensité), et ce, au moins cinq jours par semaine. Mais, en fait, que se passe-t-il pendant les vacances ? On force bien souvent ses capacités, avec plus d'accidents, lésions musculaires et autres chevilles foulées en perspective.

3. Comment échapper au stress des vacances ?

Médecin et consultant en stress management, Luc Swinnen nous met en garde contre le stress des vacances, surtout pendant les premiers jours : " Il faut toujours se méfier des changements brusques. Chez beaucoup de gens, le fait de n'avoir subitement plus rien à  faire peut engendrer une réaction de stress. Les premiers jours de vacances sont particulièrement propices. Un sentiment de culpabilité peut apparaître, ainsi que les signes d'une relative nervosité. Environ 3 % des vacanciers voient ainsi leur niveau de stress augmenter sensiblement, avec pour corollaire des risques d'infarctus plus élevés. " Le docteur Swinnen recommande donc de bien se préparer avant de voyager. " C'est assez affligeant de voir tellement de gens tomber en panne sèche juste avant d'arriver au Luxembourg en essayant d'atteindre la pompe la moins chère. "

Prendre le départ sans avoir pris le temps de décompresser n'est pas non plus une bonne idée : " Cela peut être très éprouvant de voyager et notre système hormonal, mal préparé, réagit avec stress. On peut alors souffrir de maux de tête, d'insomnies, de douleurs gastriques et intestinales ou même simplement ressentir de l'exaspération. Il faut compter que ces symptômes mettent plusieurs jours à  disparaître. "

" Lorsqu'on part à  plusieurs, il faut penser à  se ménager des plages de liberté. On vit souvent les uns sur les autres dans un camping ou une chambre d'hôtel. Il n'est pourtant écrit nulle part qu'on doit absolument passer notre temps ensemble. "

Les magazines féminins sont truffés de bons tuyaux pour pimenter le farniente des vacances grâce à  quelques torrides rencontres sur l'oreiller.

" En tout cas, les vacances offrent toujours une bonne occasion pour tester la qualité de votre relation ", commente le docteur Swinnen. " Quand on est en voyage, la moindre tension peut facilement dégénérer. Genre : elle sentirait bien une pause, mais lui tient absolument à  faire encore cent kilomètres. On a déjà  vu une brosse à  dents mal rangée devenir cause de divorce. "

4. Les vacances ont-elles une durée idéale ?

" Je n'ai jamais eu vent du moindre papier scientifique qui attesterait qu'une telle durée idéale joue effectivement un rôle ", admet le professeur Aertgeerts. " Mais selon mon expérience, je penche pour une période de quelques semaines. Une semaine, c'est clairement insuffisant : c'est juste le temps qu'il faut pour décrocher complètement du boulot. Pendant la seconde, on s'adapte au fait d'être en vacances et la troisième permet enfin de recharger ses batteries. Mais ce schéma diffère énormément d'une personne à  l'autre. Certaines personnes parviennent à  se vider la tête dès le premier jour de tout tracas lié à  leur travail. Cela dépend aussi de votre degré de tension nerveuse au moment où vous partez en congé. Et ceux qui souffrent de dépression ne bénéficient que très rarement du fait d'être en vacances. Leur état résulte d'une maladie et il ne s'améliore pas pendant une simple période de vacances. "

5. Combien de temps l'effet des vacances perdure-t-il ?

" Pour une majorité d'entre nous, les effets positifs de nos vacances disparaissent déjà  deux ou trois jours après le retour au travail ", affirme Frederik Anseel. " C'est assez décevant. Les enseignants hollandais, par exemple, voient s'estomper rapidement les fruits de leurs vacances, sauf quand ils arrivent à  s'octroyer un peu de détente supplémentaire dans les semaines qui suivent. Dans ce cas, les bienfaits du décrochage se font encore ressentir jusqu'à  quatre semaines. "

Le Louvaniste Bert Aertgeerts le confirme : " Les recherches montrent que le sentiment de bien-être procuré par les vacances ne perdure pas au-delà  de deux à  quatre semaines, mais c'est éminemment subjectif. L'impression de plénitude s'évanouit en effet relativement vite. Mais la plupart des vacanciers ont suffisamment rechargé leurs réserves d'énergie pour rester en forme en attendant la Toussaint ou le congé de Noël. "

6. Plutôt une longue période d'arrêt ou une multitude de petits breaks ?

Les deux spécialistes répondent quasi à  l'unisson. " Un simple week-end suffit pour reprendre quelques forces ", estime Frederik Anseel. " En exerçant d'autres types d'activités ou même en partageant un verre entre copains. Mais une plus longue période de vacances n'est certes pas un luxe. Quant à en dire plus sur la durée de celle-ci, aucune étude ne nous renseigne à  ce sujet. "

Même analyse pour le docteur Aertgeerts : " Les jours de repos hebdomadaire et les congés isolés suffisent tout juste pour tenir le coup. Nous avons besoin de vacances plus longues pour recharger nos accus en profondeur, ce qui nous est impossible pendant l'année. Une seule période de congé annuel devrait par contre suffire. "

7. Choisit-on son travail en fonction du nombre de congés correspondant ?

Non, le nombre de congés est la dernière préoccupation des travailleurs qui sont à  la recherche d'un nouvel emploi. Professeur en psychologie du travail à  la K.U.Leuven, Hans De Witte livre son analyse dans un récent ouvrage : " Les Belges posent toute une série d'exigences par rapport à  leur travail : un bon salaire, une bonne entente entre collègues. Le travail doit aussi être intéressant, compatible avec notre vie familiale... et nous permettre d'exercer nos talents personnels. Mais la demande de " nombreux congés " ne figure pas parmi ces ambitions. " Dans une enquête sur les valeurs des Européens réalisée en 2009, les Belges classaient même le critère d'un " régime des congés satisfaisant " parmi les tout derniers. Seuls 16 % des sondés belges accordent de l'importance au fait d'avoir beaucoup de congés dans le choix de leur employeur.

8. Faut-il aussi prévoir des régimes de congés extraordinaires ?

Pour finir, certains groupes de travailleurs ont eu droit depuis quelques années à  un supplément de congés. Est-ce justifié ? " Personne n'a encore pu évaluer les effets des congés supplémentaires consentis, par exemple, au personnel soignant âgé de plus de 50 ans dans le cadre de diverses CCT ", observe Bert Aertgeerts. " Je ne peux que constater que ces personnes en ont psychologiquement besoin pour continuer à  fonctionner normalement. Mais cette conclusion purement pratique n'est étayée par aucune donnée chiffrée. "
Quant à Anseel : " Les jeunes parents ont du mal à  trouver un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée. On sait que les horaires flexibles et le télétravail peuvent les aider efficacement, mais nous ne savons rien sur les effets éventuels d'une période de congé parental. L'instauration de telles mesures relève de critères purement subjectifs. Il serait bon que leur nécessité et leur effectivité fassent l'objet d'études sérieuses. Ce type de régime pourrait ainsi être optimisé. "

 

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