BioWin dévoile les métiers de la pharma de demain

Comment fournir aux entreprises du secteur de la santé les nouvelles compétences dont elles auront besoin à  l’avenir ? En les interrogeant, afin de développer dès maintenant les formations les plus appropriées.

C’est à  un vaste travail prospectif que s’est livré le pôle de compétitivité BioWin qui regroupe les acteurs majeurs du secteur de la santé en Wallonie, tant dans le domaine de l’entreprise que dans ceux de la recherche, de l’enseignement et de la formation. Objectif : inventorier les métiers qui sont déjà  sous tension et ceux qui le seront demain, et proposer les formations qui permettront d’éviter que ces tensions se transforment en véritables pénuries à  l’avenir.

Le constat est frappant : 67 % des entreprises qui ont répondu à  l’enquête éprouvent ou anticipent des difficultés de recrutement. La principale raison invoquée, en sus de l’exigence plus classique relative à  l’expérience professionnelle ? Les candidats ne disposent pas des compétences techniques ou scientifiques nécessaires. «On est là  au cœur de la problématique, relève Rose-May Delrue, directrice des programmes de formation chez BioWin. Les compétences techniques ou scientifiques de base ne sont pas toujours accessibles en suffisance sur le marché et, quand elles le sont, les entreprises ne peuvent pas toujours s’en satisfaire en l’état car elles ont besoin de spécialisations plus pointues, qui sont directement en phase avec leur activité.»

On ne peut donc plus se contenter de fédérer les activités des entreprises du secteur sous la simple ombrelle «Pharma» ou «Santé» et les compétences associées sous l’ombrelle «scientifiques». La diversité des technologies (thérapie cellulaire, immunothérapie, protonthérapie, entre autres) est trop grande, de même que celle des clients: aux producteurs de molécules, il faut en effet ajouter les entreprises qui visent le marché des «medical devices» (instruments médicaux) ou celles qui se spécialisent dans les services, dans le domaine du traitement de l’information par exemple.

Dans les PME, c’est sur la totalité de la «chaîne de création de valeur» (de la R&D au marché) que se font sentir les tensions. En clair, on sait déjà  d’après l’enquête que 221 postes sont à  pourvoir ou le seront dans les trois ans dans les domaines suivants: recherche et développement (68), développement clinique (23), affaires réglementaires (23), commercialisation (19), contrôle qualité (17) et production (16), entre autres. Dans les grandes entreprises, ce sont près de 400postes qui seront en tension dans les 3 ans, dont la moitié le sera dans la recherche et le développement préclinique.

L’omniprésence de l’informatique

Comment se traduisent ces besoins sur le plan des qualifications attendues ? L’enquête confirme une forme de course au diplôme: bacheliers, masters (pour 45 % des métiers en tension) mais aussi doctorats (30 %). «Si on affine l’analyse des diplômes, ce sont les spécialités scientifiques (biomédicales, pharma, chimie/biochimie, biotechnologies…) et d’ingénierie (ingénieur, bio-ingénieur, mécanique, électromécanique, électronique…) qui prévalent, précise Rose-May Delrue. On note également des besoins croissants de diplômes liés à  l’informatique, qui se justifient par la numérisation croissante d’un certain nombre d’activités: informatique de gestion, ingénieur informatique, entre autres.»

Les entreprises exposent aussi des besoins de nature plus transversale: des profils affichant des compétences en gestion de projet, en management d’équipe, en gestion de la qualité notamment sont eux aussi recherchés. «Le problème ne réside donc pas seulement dans le fait que les études scientifiques ou techniques n’accueillent pas suffisamment de candidats, résume notre interlocutrice. Il est aussi lié au fait que nombre de cursus, même de grande qualité, n’intègrent pas encore suffisamment les besoins spécifiquement exprimés par les recruteurs. Il suffit parfois d’une formation complémentaire de quelques mois ou d’un stage préalable en entreprise pour combler une lacune, mais encore faut-il que cette formation ou ce stage existent.»

C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit le lancement d’un appel à  projets, alimenté par les résultats de cette enquête, afin de labelliser à  terme de nouvelles formations visant à  amoindrir les tensions évoquées ci-dessus, en lien des opérateurs tels que Cefochim, Biopark Formation, Giga/Forem ou Culture In Vivo. Des «ateliers» RH seront aussi mis en place afin d’aider les PME à  professionnaliser leur gestion des ressources humaines et les collaborations avec les autres secteurs vont s’intensifier, de même qu’avec les autres acteurs du secteur pharma à  l’échelle internationale afin de fédérer davantage les ressources.

Benoît July

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