Bruxelles enfonce les bouchons

Publié : dimanche 18 janvier 2015

Depuis 2012, la durée moyenne du trajet domicile-travail a augmenté de 25 % pour neuf personnes sur dix qui travaillent à  Bruxelles. Tel est le constat, très interpellant, dressé par la fédération de l'industrie technologique Agoria, qui constate qu'aucune des entreprises interrogées n’a constaté d’amélioration depuis sa précédente enquête.

Le propos est clair : Deux entreprises sur trois ont des difficultés à  recruter ou à  conserver du personnel, et 60 % d’entre elles pensent que ce problème peut les inciter à  quitter Bruxelles, prévient Floriane de Kerchove, directrice d’Agoria Bruxelles à  l'issue d'une enquête auprès des membres de cette fédération sectorielle. Nous demandons dès lors aux autorités d’enfin avancer sur nos différentes recommandations : garantir l’accessibilité des zones industrielles, renforcer les transports publics, miser sur une gestion intelligente du trafic et privilégier la collaboration interrégionale.

La plupart des entreprises technologiques bruxelloises, qui représentent plus de 31 000 emplois, sont situées dans la périphérie de la capitale. Les zonings y sont mal desservis par les transports en commun : une entreprise technologique sur deux n’est pas correctement accessible en transport en commun, et la majorité des entreprises n’ont pas constaté d’amélioration depuis la première enquête en 2008, poursuit-on chez Agoria. Et leur accessibilité n’est pas meilleure en voiture. Huit entreprises sur dix constatent même une détérioration de la situation, depuis la dernière enquête en 2012.

Que font ces entreprises ? Elles tirent leur plan, comme on dit. Et prennent des mesures individuelles. Parmi celles-ci, le télétravail (auquel Références consacrait son premier dossier de 2015) semble de plus en plus populaire selon la fédération patronale qui estime que les entreprises attendent cependant autre chose, comme une gestion dynamique du trafic et une meilleure offre de transports en commun.

Seul un plan global et ambitieux alliant gestion intelligente du trafic et amélioration du réseau de transports en commun viendra à  bout de ces difficultés, appuie Floriane de Kerchove. Cela ne concerne pas uniquement le gouvernement bruxellois : la question de la mobilité à  Bruxelles est en partie liée à  l’accès des navetteurs. Les mesures doivent donc être prises en concertation avec la Wallonie, la Flandre (notamment pour le Ring) et le fédéral, lequel doit avancer dans le projet du RER.

Parmi les pistes évoquées par Agoria et ses membres figurent les feux intelligents, la création d’un laboratoire de la mobilité, la planification de la politique de mobilité au niveau régional et métropolitain, la coordination des informations sur le trafic ou encore la taxe kilométrique intelligente. De telles mesures, condensées sous la forme d'un plan d’action global de gestion « dynamique et intelligente » du trafic ont déjà  été intégrées et mises en place dans d’autres villes européennes, comme aux Pays-Bas, où l’ampleur des embouteillages aurait été divisée par deux en sept ans. Dans le même temps, Bruxelles doublait ses problèmes d’embouteillages, ironise la fédération.

Les entreprises interrogées estiment également que le réseau des transports en commun bruxellois et la coordination entre les opérateurs régionaux doivent absolument être renforcés. En lançant le RER sur les lignes déjà  terminées et en recherchant une solution pour la jonction nord-sud, en élargissant le métro et en automatisant certaines lignes, en améliorant les liaisons métro/tram/bus de et vers les zones industrielles, et en augmentant le nombre de parkings de dissuasion.

Benoît July

Diminuer les voitures de société ?

Dès lors qu'on évoque la congestion du trafic, les voitures de société sont souvent pointées du doigt. Au grand dam des professionnels... et de leurs utilisateurs.

Entre 20 % et 30 % du trafic automobile serait généré par les voitures de société. D'où l'idée parfois avancée de supprimer les avantages fiscaux qui leur sont associés afin d'en diminuer le volume. Comme si c'était aussi simple, sourit Frank Van Gool, directeur général de Renta, la fédération des loueurs de véhicules. Comment feraient les gens pour rejoindre leur boulot s'ils n'avaient plus de voiture de société ? Ils prendraient leur véhicule privé, et on n'aurait systématiquement rien résolu.

Les acteurs du secteur automobile belge (Renta mais aussi Febiac et Federauto, notamment) avaient déjà  vertement réagi en juin dernier à  un rapport de la Commission européenne consacré à  notre pays, qui y épinglait notamment l'ampleur du recours aux voitures de société et proposait de revoir la fiscalité, favorable, qui leur est applicable. Environ 20 % du parc automobile belge est composé de voitures de société. Par conséquent, 80 % ne le sont évidemment pas, réagissaient-ils. De plus, seuls 20 % des conducteurs d'une voiture de société interrogés dans notre enquête avec KPMG (2011) avaient indiqué être disposés à  chercher une alternative pour leurs déplacements domicile-lieu de travail si on les en privait.

BJ

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