En douceur, vers plus de mobilité

Lentement mais sûrement, les initiatives se multiplient, dans le secteur public comme dans les entreprises privées, pour promouvoir d'autres formes de mobilité. Plus douces, plus respectueuses de l'environnement, mais aussi plus porteuses en termes d'image pour les organismes concernés.

Investir dans la mobilité douce en n'étant motivé que par des objectifs de communication n'est certainement pas l'approche que nous encourageons, relativise cependant Benoît Minet, responsable de la Cellule mobilité à  l'Union wallonne des entreprises (UWE). Pareil investissement peut certes soutenir une image d'entreprise responsable, soucieuse du bien-être de ses collaborateurs et du respect de l'environnement, mais nous constatons que cela ne fonctionne vraiment que s'il y a un gain effectif à  la clé.

Ces gains, aux yeux de l'UWE, sont potentiellement nombreux et pour certains mesurables sur le plan financier. Promouvoir les alternatives à  l'autosolisme permet par exemple aux entreprises d'éviter des frais importants de location ou de gestion parking – quitte pour certaines à  récupérer de la place afin d'y étendre leurs bâtiments. Promouvoir le télétravail permet d'organiser différemment les bureaux et de limiter les frais de gestion liés à  la surface occupée. Éviter aux collaborateurs de perdre du temps dans les embouteillages leur permet non seulement d'arriver moins stressés au boulot, mais aussi d'être plus productifs : ils peuvent consulter leurs mails ou travailler un dossier dans les transports en commun. Enfin, on prête, sans doute à  raison, aux cyclistes une meilleure santé et un taux d'absentéisme moins élevé.

Tout ce qui précède justifie le fait qu'on voit aujourd'hui un nombre croissant d'entreprises affecter spécifiquement une personne à  cette thématique, souligne Benoît Minet. Cette professionnalisation permet d'échanger les bonnes pratiques de manière structurelle, voire de se fédérer en groupe de pression. On a vu dernièrement, dans des zones d'activité économique mal couvertes par les transports en commun, les responsables mobilité des entreprises regrouper leurs arguments afin d'obtenir un meilleur service. Parfois, en obtenant la réouverture d'une ligne de bus qui avait été abandonnée quelques années auparavant.

Lampiris : une volonté de cohérence avec ses « valeurs »

Inutile de dire que chez Lampiris, c'est avec satisfaction qu'on a accueilli le Trophée Mobilité des Entreprises 2014 récemment décerné par le Service public de Wallonie en collaboration avec l'Union wallonne des entreprises (UWE). D'autant que le commentaire qui accompagnait cette récompense était pour le moins élogieux : Au-delà  du projet axé sur le long terme, la mobilité s’inscrit en plein cœur des valeurs de l’entreprise. Cette philosophie tournée vers le développement durable et le bien-être au travail est d’ailleurs pleinement partagée par le personnel, souligne-t-on à  l'UWE. Enfin, l’entreprise se distingue par sa volonté d’aborder la mobilité dans son ensemble en développant de nombreuses mesures et incentives sur l’ensemble des modes de transports alternatifs à  la voiture individuelle (covoiturage, vélo, voiture électrique, transports publics, etc.).

Ce n'est pas Isabelle Lavergne, directrice des ressources humaines de ce « fournisseur d'énergie verte », qui contredira le propos. Le vert fait partie intégrante de notre ADN, assure-t-elle. Beaucoup de collaborateurs nous rejoignent pour cette raison, pour ce que nous représentons. Certains refusent même la voiture de société qui leur est proposée, car cela ne correspond pas à  leur vision du développement durable.

C'est dès lors le personnel lui-même qui, en matière de mobilité douce ou durable, est à  la manœuvre. Par le biais d'un comité ad hoc qui rassemble les idées émises en interne et formule des propositions. Ce comité bénéficie du soutien de notre direction, qui est elle-même convaincue : notre boss vient régulièrement travailler à  vélo, appuie la DRH. Nous pensons donc agir avec cohérence, et pas dans le cadre d'une stratégie d'image ou de communication.

Fondamentalement, les mesures proposées par ce comité de quatre personnes dédiées à  la mobilité ne diffèrent pas grandement de celles qu'on retrouve ailleurs : plateforme de covoiturage, remboursement intégral des abonnements de bus et de train, et promotion du vélo, pour l'essentiel. S'agissant plus précisément du vélo, l'entreprise précise ses réalisations : parking dédié couvert, remboursement des kilomètres effectués en deux-roues, douches et vestiaires, matériel offert (chasuble fluo, protèges sac à  dos, sacoches, etc.), mise à  disposition de vélos électriques et de vélos pliables, entre autres.

Apparemment, les résultats sont à  l'avenant. Près de la moitié du « potentiel cycliste » est venue régulièrement travailler à  vélo cette année (19 employés sur 45 dans un rayon de 5 km). De septembre 2013 à  septembre 2014, plus de 25 000 km ont été parcourus par le personnel (13 000 à  vélo et 12 000 à  pied), soit davantage que les 20 000 km qui étaient l'objectif fixé. Nous avons aussi dépassé nos objectifs en transports en commun et en covoiturage, se réjouit Isabelle Lavergne qui estime que ce n'est pas terminé. Tout le monde ne peut évidemment pas venir travailler à  vélo, pour diverses raisons qui ont trait à  la distance ou à  l'organisation familiale par exemple, mais l'effet d'entraînement va continuer à  jouer. D'autant qu'il y a, pour chaque adepte de cette autre mobilité, des avantages visibles à  glaner parmi lesquels un moindre stress et une meilleure santé.

AGC : un nouveau siège social conçu « promobilité »

En choisissant de déménager son quartier général dans le parc scientifique de Louvain-la-Neuve, dans un écrin flambant neuf, le groupe AGC Glass Europe affirme avoir intégré la dimension de la mobilité très en amont de sa réflexion. Portant sur six axes parmi lesquels l'énergie, les matériaux, les déchets, la gestion de l'eau et la biodiversité, cette réflexion visait aussi à  privilégier une mobilité douce vers le site et dans le bâtiment, conçu pour travailler de manière flexible.

Le tout premier critère pour privilégier la mobilité fut logiquement celui de l'accessibilité, commente Nathalie Renglet, à  la tête des ressources humaines de ce QG qui, rassemblant désormais des salariés en provenance de six sites à  Bruxelles, en Flandre et en Wallonie, peut accueillir quelque 500 occupants. Nous avons choisi une implantation aussi centrale que possible pour nos collaborateurs, quel que soit l'endroit d'où ils nous rejoignent en Belgique. Une implantation qui soit facilement accessible en voiture, à  deux pas de l'autoroute et pas trop éloignée des aéroports, mais aussi par le biais des transports en commun.

Nous sommes situés à  quelques minutes à  pied de la gare de Louvain-la-Neuve, d'une part, et sommes reliés à  la gare d'Ottignies par une ligne de bus des TEC et, en complément de celle-ci, par une navette privée que nous avons organisée, poursuit Nathalie Renglet. Par ailleurs, nos collaborateurs ont la possibilité de travailler un jour par semaine à  la maison, mais aussi dans nos divers bureaux satellites implantés dans nos autres sites en Belgique. Un cadre qui réside à  Courtrai, par exemple, peut de la sorte ne venir à  Louvain-la-Neuve qu'un jour par semaine tout en conservant toute son efficacité.

De par cette organisation du travail flexible, AGC est parvenu à  limiter le taux d'occupation de son bâtiment, où il n'y a plus de bureau attitré, à  82 %. Il n'en reste pas moins que le parking construit sous le bâtiment, doté de 280 places, affiche... complet : un second parking à  ciel ouvert a été érigé à  côté de celui-ci pour accueillir les nombreux collaborateurs qui continuent de privilégier la voiture – 75 % des cadres continuent de bénéficier d'un véhicule de société...

Nous ne sommes qu'au tout début d'une évolution, relativise la responsable RH. Ce qui importe, ce sont les pièces qui se mettent progressivement en place. Seuls les collaborateurs qui pratiquent le covoiturage, par exemple, bénéficient d'une des six places réservées dans le parking et nous remboursons à  100 % les abonnements aux transports en commun. Nous avons aussi délibérément privilégié celles et ceux qui nous rejoignent en deux-roues avec un parking, des douches et des casiers attitrés. Par ailleurs, nous avons aussi acquis cinq vélos à  assistance électrique pour celles et ceux qui veulent se rendre au centre-ville, à  midi.

Ethias : cinq fois plus de cyclistes en deux ans

C'est à  l'échelle du groupe, soit plus de 1 800 personnes réparties à  la fois dans les sièges centraux de Liège et d’Hasselt, et dans les 41 bureaux régionaux, qu'Ethias a choisi de promouvoir la mobilité douce. Plusieurs objectifs soutiennent cette démarche, parmi lesquels la diminution de l'empreinte carbone et la contribution au bien-être des collaborateurs, mais aussi l'ambition de faire d'Ethias l'entreprise de référence en la matière et d'y capter un surcroît d'attractivité.

Nous avons procédé par étapes, la première d'entre elles remontant à  2011 par le biais de sondages et de l'organisation de plusieurs groupes de travail chargés d'explorer diverses pistes, commente Fabienne Verlaine, coordinatrice mobilité douce chez Ethias. Parmi les mesures mises en œuvre figurent désormais la promotion du covoiturage et des transports en commun, la mise en place de systèmes de vidéoconférence entre les sièges ou l'octroi de places, à  Liège, dans un parking de délestage à  10 minutes à  pied du siège de l'entreprise.

Mais c'est aussi sur le vélo qu'Ethias a décidé d'enclencher le grand braquet. Nous avons embrayé en 2012 sur la campagne « Tous vélo-actifs » lancée par la Région wallonne, poursuit Fabienne Verlaine. Cela s'est traduit par une forte mobilisation de notre personnel sur des actions ponctuelles, comme la Semaine de la mobilité ou la promotion de l'usage du vélo pendant l'été (5 tonnes de CO2 ont de la sorte été épargnées), mais aussi par des initiatives très concrètes comme la mise à  disposition de vélos d'entreprise et l'octroi de facilités pour les cyclistes. Nous avons aussi élaboré des projets eux aussi très concrets comme la combinaison éventuelle de la voiture et du vélo dans le cadre de contrats de leasing par exemple.

En deux ans, ce focus sur le vélo a permis d'enregistrer des résultats qui, certes perfectibles par rapport au nombre global d'employés, n'en restent pas moins spectaculaires : le nombre de cyclistes a quintuplé en deux ans, atteignant 156 personnes, soit tout de même 8,5 % du personnel. La distance moyenne A-R parcourue par ces cyclistes est de 17,6 km, précise Fabienne Verlaine. Plus de la moitié d'entre eux viennent travailler tous les jours ou presque à  vélo. Ce qui est remarquable, c'est que la motivation financière (épargner des frais de carburant, d'achat ou d'entretien d'une voiture) n'est pas prioritaire. Les cyclistes sont bien davantage convaincus par la nécessité de changer de mode de vie et d'en retirer un bénéfice tout aussi individuel qu'à  l'échelle de la société au sens le plus large du terme.

Benoît July

 

 

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