En ligne directe avec Airbus et Dassault

 

La Sonaca, qui emploie 1 600 personnes à  Gosselies (2 450 à  l'échelle mondiale), est un vrai fleuron industriel. Active en Wallonie mais aussi au Brésil, au Canada et en Chine, elle travaille pour les plus grands constructeurs aéronautiques comme Airbus, Embraer et Dassault, notamment.

Bernard Delvaux dirige la Sonaca depuis octobre 2008. Fortement restructurée, l'entreprise affiche à  nouveau désormais de solides perspectives. Rencontre avec cet ingénieur civil dont le CV affiche les noms de McKinsey, Belgacom et La Poste. Et qui s'est récemment lancé dans le sauvetage de Bodart & Gonay.

Le dernier Salon de Farnborough, près de Londres, a confirmé la tendance positive du secteur aéronautique. Quelle est votre analyse ?

Les volumes de production sont élevés de même que le niveau de commandes chez les principaux constructeurs comme Airbus, Boeing mais aussi Embraer ou Dassault. Cette bonne santé se justifie comme on le sait par la croissance du trafic dans les pays émergents, en Asie et au Moyen-Orient essentiellement ainsi que par le remplacement d'une flotte vieillissante, principalement aux États-Unis. Nous risquons cependant d'enregistrer un léger flottement dans les prochaines années, entre le déclin progressif des anciens programmes et la montée en puissance des nouveaux avions, dont certains arrivent en production avec du retard.

Quel impact pour la Sonaca ?

Plusieurs programmes montent en régime ou vont entrer en production comme l'A400M et l'A350, le Legacy, le C-Series ou encore l'E2, ce nouvel avion d'Embraer sur lequel nous avions annoncé l'an dernier, au Bourget, avoir gagné plusieurs contrats importants. Nous avons par ailleurs enregistré avec satisfaction l'annonce par Airbus du lancement de l'A330neo : cette décision va prolonger la durée de vie du programme A330 sur lequel nous sommes présents depuis le début, de la même manière que nous avions accueilli de manière très positive le lancement de l'A320neo.

Sur le plan financier ?

L'année 2013 fut très bonne tant sur le plan du volume d'activité, avec un chiffre d'affaires de 363 millions d'euros, que du résultat, marqué par un profit net de 8 millions d'euros. L'entreprise gagne à  nouveau de l'argent. Cela se justifie bien évidemment par le niveau de charge élevé de nos ateliers qui sont portés par des avions à  succès comme l'Airbus A320 notamment, mais aussi par une gestion très stricte de nos coûts de production et, pour les futurs programmes, de nos coûts de développement. Il faut cependant rester prudent.

Comment justifier cette prudence alors que près de 40 000 avions seront à  construire dans les vingt ans ?

La croissance est là , certes, mais nos marges sont faibles. Notre activité ne génère pas de revenus récurrents de maintenance, et nous sommes soumis à  la concurrence accrue d'acteurs en provenance de pays émergents où se situe la croissance et où la demande de « compensations industrielles » à  l'achat de nouveaux avions est très forte. Par ailleurs, la concurrence entre les constructeurs (Airbus, Boeing, Embraer, Bombardier, etc.) est féroce et la pression sur les coûts est énorme. Boeing a par exemple proposé récemment à  ses principaux sous-traitants un Partnering for Success... par le biais duquel il leur demande de réduire leurs coûts de 15 % !

Votre entreprise, qui produit à  la fois en Europe, au Canada, au Brésil et en Chine, pourrait-elle être tentée par une délocalisation accrue de ses activités ?

Notre défi, c'est de parvenir à  maintenir un maximum d'emplois sur le site de Gosselies où nous employons 1 600 personnes, tout en bénéficiant de l'apport de nos filiales à  moindres coûts au Brésil (450 salariés), au Canada (350) et en Chine (55). Nous avons trouvé un équilibre en conservant les activités de développement et la production de pièces à  haute valeur ajoutée en Wallonie, mais cet équilibre est forcément fragile, car nos coûts (énergie, salaires) sont élevés alors que nos prix doivent diminuer. Nous devons donc constamment gagner en productivité.

Continuez-vous d'engager depuis la restructuration, il y a cinq ans ?

Nous avons augmenté nos effectifs de près de 200 personnes depuis notre point bas de 2009. Pour nos ateliers, les profils qui nous intéressent sont essentiellement des ouvriers spécialisés dans l'ajustage, les machines-outils à  commande numérique ou la maintenance, entre autres. Nous collaborons avec le WAN, ce centre de compétence de la Région wallonne situé à  deux pas de chez nous, qui permet à  des personnes faiblement qualifiées d'acquérir le niveau indispensable pour travailler dans nos usines.

La Sonaca est-elle attractive pour les ingénieurs ?

La plupart de nos 350 cadres sont des ingénieurs ! Ils travaillent en soutien de nos ateliers mais aussi en amont de la production, dans nos bureaux d'étude qui sont actuellement en phase de haute activité vu le nombre de programmes dans lesquels nous sommes engagés. Nous sommes en réalité l’une des rares entreprises wallonnes qui consomment autant d'heures d'ingénieurs. Ils ont la chance de travailler en plateau dans un domaine hautement technologique, en relation directe avec les bureaux d'étude d'Airbus, d'Embraer, de Dassault. C'est la raison pour laquelle nous n'éprouvons pas trop de problèmes pour les attirer... et les conserver.

Quelles sont les qualités que vous recherchez ?

Nous avons besoin de profils qui, en sus de leurs capacités purement techniques, font preuve de leadership et d'une réelle volonté d'impacter positivement leur environnement. Notre technologie doit constamment évoluer, de même que nos processus industriels : les esprits frais, les regards neufs sont donc vivement recherchés. De tels profils reçoivent chez nous de vraies opportunités d'épanouissement. D'une part, car nous sommes actifs à  l'échelle internationale : ils peuvent bénéficier d'une expérience professionnelle au Brésil, au Canada ou en Chine. D'autre part, parce que nous sommes autonomes : les orientations stratégiques se dessinent à  Gosselies et pas dans un quartier général situé à  des milliers de kilomètres. Nos ingénieurs sont proches du centre de décision et peuvent réellement influencer l'avenir de la société.

Concrètement ?

Trois ingénieurs de notre bureau d'étude planchent sur un projet d'avion électrique, ultraléger. Ils nous l'ont présenté, nous avons trouvé l'idée séduisante et nous avons décidé de leur donner une chance de la tester, voire de la développer si la viabilité économique est prouvée. Ils sont actuellement chez Nest'Up, ce programme d'accélération de start-up à  Louvain-la-Neuve. Peut-être y aura-t-il là  à  terme, pour la Sonaca, l'ébauche d'une nouvelle activité...

Benoît July

 

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