Ingénieurs : les candidats ne se bousculent toujours pas...

Publié : jeudi 15 octobre 2015

Les ingénieurs sont d’autant plus recherchés que peu nombreux sont les candidats à  vouloir s’y former. Les filières de l’ingénieur, qu’elles passent par les hautes écoles ou les universités, ne sont toujours pas assez fréquentées.

Une pénurie de 500 ingénieurs chaque année en Fédération Wallonie-Bruxelles: tel est le constat qui était posé, tout dernièrement, par trois fédérations professionnelles représentatives de l’industrie technologique (Agoria), de la construction (CCW) et de la chimie/pharmacie (Essenscia). «La pénurie d’ingénieurs est réelle et risque même de s’aggraver: ces profils sont en effet de plus en plus recherchés sur le marché du travail alors que le nombre de diplômés n’a fait que diminuer depuis vingt ans, plaidaient les responsables de ces fédérations. Avec 1 277 diplômés en 2015 (toutes orientations confondues, NDLR), on estime qu’il faudrait 500 diplômés de plus pour satisfaire la demande annuelle, soit revenir au niveau de 1995.»

Le propos est évidemment confirmé de toutes parts. «C’est effectivement un véritable problème. D’autant que cette pénurie d’ingénieurs ne se résorbe pas. On constate aujourd’hui une certaine désaffection pour les filières techniques et technologiques. Ce qui, par certains aspects, est paradoxal dans la mesure où les jeunes doivent se rendre compte qu’ils sont baignés dans les technologies, qu’elles ne sont pas là  par hasard et que c’est à  eux de participer à  leur développement, appuie Toni Bastianelli, directeur-président de la Haute École de la Province de Liège qui forme des ingénieurs industriels. À maintes reprises, j’ai eu l’occasion de discuter avec des patrons d’entreprises, qui m’expliquaient qu’ils avaient des contrats potentiels à  décrocher mais qu’ils n’osaient pas toujours les signer, car ils manquaient d’ingénieurs. Pour un chef d’établissement comme moi, c’est très frustrant d’entendre qu’il y a un potentiel économique dans ce secteur, mais que nous ne sommes pas en mesure de diplômer suffisamment d’étudiants pour répondre à  la demande.»

Chez Mercuri Urval, un poids lourd du secteur RH qui aide les entreprises à  recruter les compétences dont elles ont besoin, on est bien évidemment au courant du problème. «Nous sommes très challengés par nos clients, confirme Paul-Étienne Siegrist, Business Unit Manager. Dès lors que nous identifions l’un ou l’autre profil, il faut le convaincre de bouger. Ces ingénieurs étant bien conscients de leur valeur sur le marché, il faut leur présenter les bons arguments.»

La pénurie est telle que la distinction qui auparavant était assez tenace entre ingénieurs civils et ingénieurs industriels tend à  s’estomper. Les recruteurs postent désormais des annonces portant le label «ingénieur», peu importe sa provenance, universitaire ou non. «La distinction, pour autant qu’elle soit encore effectuée par le recruteur, joue surtout en début de carrière, estime Paul-Étienne Siegrist. L’ingénieur civil, réputé plus conceptuel, se tournera quant à  lui peut-être davantage vers une grande entreprise où il ambitionnera des responsabilités managériales, tandis que l’ingénieur industriel, que l’on dit plus en phase avec le terrain, sera peut-être plus intéressé par le contenu technique qui lui sera proposé. Mais après quelques années d’expérience, de telles considérations, de portée très générale et ne tenant pas compte des profils particuliers, ne jouent presque plus.»

Benoît July

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