L'édito : la mort de la mort, un vrai métier ?

Coup de génie ou coup de com ? Voici près de trois ans, le pionnier américain du séquençage génétique, Craig Venter, annonçait avoir « créé » une première forme de vie artificielle. Cette expérience très médiatisée, mais toujours sujette à  controverses, a marqué l'avènement dans le débat public d'un domaine de recherche jusque-là  méconnu, la biologie de synthèse. L'idée que l'homme était désormais capable de manipuler et façonner le vivant à  sa guise ouvrait d'un coup de fabuleuses perspectives. Nouvelle génération de médicaments, de thérapies géniques, de production d'organes de synthèse… Autant de promesses mirifiques que semblait nous faire cette nouvelle frontière scientifique. Trois ans plus tard, une équipe de chercheurs en Californie vient de réussir à  intégrer dans l'ADN d'une bactérie deux nouvelles « lettres » artificielles, en plus des A, C, G et T naturelles. Pourquoi vouloir augmenter l'information génétique d'un organisme ? Principalement pour obtenir des molécules thérapeutiques, selon Floyd Romesberg, professeur de chimie à  l’Institut Scripps, à  San Diego, et investigateur de ces recherches.

Le constat est sans équivoque : alors que les grands groupes pharmaceutiques se lancent des raids, les uns sur les autres, pour acquérir de nouvelles molécules, un nouveau monde se dessine sous nos yeux. Ses disciplines phares sont regroupées sous le sigle NBIC, pour nanotechnologies, biotechnologies, informatique et cognitique. Demain, des génomes seront conçus sur mesure. Thérapies géniques, cellulaires, bioprothèses... des techniques révolutionnaires cherchent à  lutter contre des maladies jusqu'ici incurables et à  régénérer des organes. Les prophètes de cette médecine du futur promettent l'éternité à  ceux qui veulent y croire. Et on aurait tort de se boucher les oreilles. Parce que même à  quelques kilomètres de chez nous, dans des start-ups et PME belges, de nouvelles perspectives s'ouvrent chaque jour pour la médecine personnalisée. En l'espace de quelques années, le coût d'analyse d'un génome humain est tombé à  1 000 $ et pourrait bientôt s'établir à  100 €. Avec la démocratisation de l'analyse génétique promise par les séquenceurs de nouvelle génération, les sociétés de biotechnologie vont pouvoir lancer des études de masse inédites. Et permettre de nouvelles approches thérapeutiques ciblées : ne séquencer par exemple qu'une cinquantaine de gènes-clés dans un cancer donné.

Mais cette « biorévolution » n'a pas que des vertus. Elle pourrait bouleverser l'homme, dans son rapport le plus intime à  sa propre nature. La frontière entre la médecine et la tentation d'en améliorer les capacités physiques et cognitives est de plus en plus étroite. L'homme, cette espèce « mal finie » deviendrait un être à  parfaire. Constamment. C'est en tout cas ce dont rêvent certains scientifiques comme l'informaticien Ray Kurzweil, spécialiste de l'intelligence artificielle chez Google, également soutenu par l'armée américaine et la Nasa. Cette démarche vers « l'homme augmenté » relève d'une idéologie matérialiste et technophile, le transhumanisme. Autre revers de ces prouesses : certains métiers traditionnels de la santé, comme les infirmières et les chirurgiens, pourraient disparaître dans une vingtaine d'années. Alors même que la complexité de l'acte médical semblait exclure que l'homme puisse un jour être défié par les machines. Si la chirurgie peut être complètement robotisée en une vingtaine d'années, quelle profession ne pourra pas l'être ? La profession de foi. En notre capacité à  rebondir. Ici et maintenant.

 

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