La Défense va recruter les pros du privé

Armée de terre, marine, armée de l'air... Avec près de 1 500 postes ouverts cette année, la Défense reste l'un des plus gros recruteurs du pays. Les besoins sont si réels que, dès l'année prochaine, le statut militaire pourra s'ouvrir aux professionnels du privé.

Dans l'armée, il n'y a qu'un seul métier, celui de soldat. Mais sous le képi, il recèle plus de 400 spécialités. Du paracommando au pilote de chasse en passant par les médecins, les ingénieurs et les informaticiens, l'éventail des fonctions ouvertes est très large. Si bien que l'armée a prévu d'embaucher près de 1 500 militaires et 150 civils cette année. Nous sommes intéressés par tous les profils, la tranche 18-26 ans étant « la cible idéale », confie le lieutenant-colonel Marc Levenbergh, de la direction des ressources humaines de la Défense. Un paradoxe apparent, puisque l'effectif de l'armée n'a cessé de fondre ces dernières années. Pour atteindre 30 000 militaires et 2 000 civils à  l'horizon 2015, comme prévu dans son plan de réforme des forces armées. Ce qui n'empêche pas la poursuite du recrutement. Beaucoup de baby-boomers vont partir à  la retraite au cours des prochaines années et il nous faut anticiper, explique le lieutenant-colonel.

C'est une des raisons qui pousse la Défense à  tendre, dès l'année prochaine, des perches aux professionnels du privé. Dès 2015, nous nous ouvrirons au recrutement latéral, assure Marc Levenbergh. Les personnes diplômées, qui auront déjà  acquis une expérience dans le civil, pourront ainsi postuler pour certaines spécialités. Avec, à  la clé, un grade d'officier et le niveau de salaire adéquat.Une recherche de qualification renforcée par les coupes budgétaires ? Nous ne sommes pas dans le contexte des années 30. L'armée s'est professionnalisée, elle est plus sélective aussi. Mais surtout, elle subit un déficit sur certaines spécialités.

Pourtant, les forces armées n'ont jamais autant attiré. Rien que l'année dernière, nous avons recueilli près de 9 000 candidatures, observe Marc Levenbergh. Avec une nette préférence pour les postes de combattant. Pourquoi ce succès ? Imprégnés des codes des jeux vidéo, dont certains sont ouvertement guerriers, pas mal de jeunes valorisent l'aspect aventure, vie en groupe et dépassement de soi. Mais malgré un taux record de candidats, beaucoup de fonctions critiques ont du mal à  être comblées. Pour un poste de fantassin, nous recevons 20 à  30 candidatures. Mais seulement 2 à  3 candidats se présentent pour les postes techniques, soulève le lieutenant-colonel. Or, la finalité du métier de soldat est l'engagement opérationnel. Chaque candidat sera donc amené à  être projeté plusieurs fois sur des zones de conflits armés durant sa carrière, et ce, quelle que soit sa spécialité.

Pénurie de techniciens

À côté des fonctions à  caractère purement militaire, la Défense offre ainsi un large éventail de fonctions techniques, dans un environnement de haute technologie. Mécanicien et électromécanicien pour avions, navires ou véhicules, armurier, spécialiste en télécommunications, technicien radars ou sonars, électricien et optronicien... Les possibilités sont nombreuses. Avec un avantage de taille : la Défense n'offre pas que des emplois, mais aussi la possibilité de suivre des études et des formations, tout en étant rémunéré. Les jeunes qui souhaitent embrasser une carrière d'officier peuvent en effet suivre des études de niveau universitaire, à  l’École royale militaire (ERM). Les candidats ingénieurs industriels, médecins, dentistes ou pharmaciens, quant à  eux, doivent simplement compléter leur formation universitaire par une formation militaire à  l'ERM. Pour autant, la Grande Muette ne s'est pas convertie au culte du diplôme. Quelque 70 % de nos officiers viennent du corps des sous-officiers et 70 % des sous-officiers sont issus du rang. On est capable de voir le talent chez chacun. C'est encore une institution où l'ascenseur social marche. Ou plutôt l'escalier. Car il faut faire des efforts.

Des postes ouverts aux étrangers

Actuellement, pour postuler, il suffit d'être belge ou citoyen de l'Union, avoir moins de 26 ans, disposer d'un CESS et réussir les épreuves d'admission (tests psychotechniques, médicaux, physiques et, parfois, spécifiques selon la fonction).

Un statut à  durée limitée

Depuis janvier 2014, le nouveau statut à  durée limitée (BDL) restreint la carrière militaire à  maximum 8 ans. Au-delà , seuls quelques happy few peuvent être admis dans le statut de carrière. À condition d'avoir acquis certaines compétences. Pour les militaires qui retournent à  la vie civile, la nouvelle loi prévoit plusieurs mesures d'accompagnement. Dont une prime de reclassement de 12 mois.

Avec ou sans diplôme

L'armée recrute à  travers diverses filières, allant de l'École royale militaire (ERM) au cadre auxiliaire (pour les pilotes et contrôleurs aériens) en passant par le recrutement sur diplôme pour des fonctions spécialisées, comme ingénieur industriel, juriste, médecin ou encore pharmacien. Quelque 150 places sont aussi disponibles sous le statut d'engagement volontaire militaire (EVMI).

 

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