Les nouvelles « mines d'or » de l'emploi hennuyer

Pour contrecarrer le déclin de la sidérurgie et le coût élevé des matières premières, plusieurs industriels du Hainaut investissent dans des technologies innovantes. Avec de nouveaux emplois à  la clé. Qui sont ces pionniers ?

Rien ne se perd, tout se recycle. Même les bassins frappés par la désindustrialisation et le chômage. Première province de Wallonie, le Hainaut a mis du temps pour effacer le cliché de la friche industrielle et sociale. Les mines ont vécu, les terrils sont restés. Mais si l'industrie lourde a perdu beaucoup d'emplois, d'autres secteurs, désormais plus innovants, prennent le relais. Ce n'est peut-être qu'une amorce, ou le signe d'un grand changement, mais c'est à  Mons que la première entreprise wallonne spécialisée dans l'impression 3D « industrielle » vient de voir le jour. Installée dans le Parc scientifique de Mons, Addiparts s'est donné pour mission de proposer les atouts offerts par cette technologie à  l'ensemble des industriels belges, luxembourgeois et français. Ses armes fatales : des machines de fabrication additive, qui opèrent par dépôt et fusion de couches successives de matériaux. Et d'autres, tout aussi invraisemblables, capables d'imprimer des modèles en cire perdue, ou en couleur avec de la poudre. De l'aéronautique à  l'agroalimentaire, en passant par la pharmacie, ce procédé est en passe de s'installer durablement dans tous les secteurs de l'industrie. Non pas pour produire en grande série, mais pour réaliser beaucoup plus rapidement et à  moindre coût des prototypes ou pour produire des pièces complexes, en série limitée, confie Charles Demoulin, le fondateur d'Addiparts. Et si Barack Obama a prédit que la révolution de l'impression 3D permettrait de faire revenir des emplois aux États-Unis, elle pourrait aussi doper l'emploi hennuyer. La preuve : après seulement cinq mois d'existence, Addiparts prévoit déjà  des engagements. À commencer par un technico-commercial, confie Charles Demoulin, lui-même ingénieur mécanicien. Mais à  terme, nous prévoyons aussi de recruter des techniciens de productions, des ingénieurs et du personnel administratif.

Sidérurgie inversée

Une manière de relocaliser l'industrie ? Certes. Mais aussi une manière de la changer. Preuve s'il en est que croissance et innovation vont souvent de pair, Comet Traitements se positionne parmi les sociétés les plus performantes au cœur de l'ancien bassin minier. À Obourg, son installation pilote baptisée Phoenix est capable de traiter plus de 250 kg de résidus de broyage de ferrailles à  l'heure. Des déchets comme les GSM, les cartes-mères d'ordinateurs, les voitures usagées ou les résidus industriels sont ainsi broyés, recyclés et transformés en pétrole solide puis liquide. Une tonne de ces résidus de broyage produit 440 litres de pétrole brut, illustre Pierre-François Bareel, responsable R&D. Ouverte en novembre dernier, l'usine pilote devrait générer une soixantaine d'emplois directs et une trentaine d'emplois indirects, une fois passée à  l'échelle industrielle. Chaque nouveau procédé fait appel à  de nouvelles compétences. Nous devons parfois former nous-mêmes nos travailleurs. Mais nous engageons presque tous nos travailleurs localement, confie Pierre-François Bareel. Grâce à  une politique dynamique de R&D, Comet Traitements devrait poursuivre dans cette voie. D'autant plus qu'elle s'adresse à  un autre marché d'avenir. Ainsi, sous le concept de Reverse Metallurgy, une nouvelle filière de recyclage des métaux se dessine en Wallonie. Mais en inversant cette fois la démarche : il ne s'agit plus de produire des métaux en fondant de la matière première, mais de fondre les déchets pour en récupérer les métaux. Car les mines ne sont plus souterraines, elles sont devenues « urbaines ». Tantale, platine, cuivre, chrome, cobalt, terres rares et autres métaux critiques gisent, en grande quantité, dans nos déchets. Ainsi, on trouve 200 g d'or par tonne de voitures broyées, et moins de 1 g par tonne dans les mines australiennes, illustre Pierre-François Bareel. Avec d'autres industriels, Comet Traitements envisage de développer de nouvelles lignes d'extraction, de valorisation et de production de ces métaux. Cependant, si le substrat industriel offre un atout évident pour la région, le recyclage des métaux stratégiques présente également un sacré défi technologique. Notre objectif, c'est de pouvoir séparer certains alliages et de récupérer des métaux de façon à  se rapprocher au plus près des matières premières, explique le manager R&D. D'où un investissement massif dans la R&D. Comet, qui recrute traditionnellement des docteurs et des chercheurs avec diplômes d'ingénieurs, y voit aussi un autre ressort, plus social : la possibilité de remettre à  l'emploi d'anciens travailleurs d'Arcelor, qui ont de hauts niveaux de compétences en métallurgie. 

 

Se former à  l'impression 3D

Faire de la technologie de l'impression en 3D une filière de création d'emplois, c'est l'objectif du projet européen Declic’Industry. À Mons, c'est l'ASBL Droit et Devoir, spécialisée dans l'insertion par le travail, qui offre ces formations. Avec, à  la clé, trois débouchés  : assembleur d'imprimante 3D, concepteur et réalisateurs d'objets 3D et agent de maintenance et de réparation des imprimantes 3D.

55 millions d'euros

En 2012, le chiffre d'affaires de Comet Traitements s'est élevé à  55 millions d'euros contre 33 millions cinq ans auparavant. L'entreprise qui emploie une septantaine de collaborateurs fait partie du groupe Comet, qui emploie au total près de 400 personnes pour un chiffre d'affaires de l'ordre de 350 millions d'euros.

41,5 millions d'euros

C'est le montant accordé par le gouvernement wallon au projet Reverse Metallurgy destiné au développement de technologies de recyclage des métaux rares et précieux. Cette plateforme réunit huit industriels, trois centres de recherche, ainsi que des universités et le pôle de compétitivité axé sur le génie mécanique, Mecatech.

Retour à la liste