Les opportunités « masquées » dans la santé

Changements juridiques, déremboursements de médicaments, concentration des acteurs... Le secteur de la santé poursuit sa recomposition et offre un paysage contrasté. Mais pas dépourvu d'offres d'emploi.

Quatorze milliards de dollars en cash pour le rachat des activités « santé grand public » de Merck & Co par l'allemand Bayer. 106 milliards de dollars avancés par Pfizer pour racheter le britannique AstraZeneca... Alors que l'industrie pharma bouillonne dans un contexte de fièvre des fusions-acquisitions, le paysage de la santé belge s'essuie le front. De justesse. Fin avril, une autre transaction mammouth, conclue entre Novartis et GSK, secouait le Brabant wallon. Pour 16 milliards de dollars, GSK a accepté de céder sa division cancérologie à  Novartis pour lui racheter ses vaccins. Coût de la transaction : environ 7 milliards. Pour l'heure, aucune conséquence immédiate, semble-t-il, sur les 8 000 emplois wallons de GSK Vaccines. Mais la pharmacie belge reste dans l'expectative. Car non seulement 80 % des vaccins de l'enseigne sont produits à  Wavre, où se situe aussi le centre de recherche mondial du groupe dans le domaine de la vaccination, mais c'est aussi un ensemble de PME et de sous-traitants spécialisés qui dépend des activités locales de GSK.

Des profils de plus en plus ciblés

« On est à  un tournant de l'industrie », observe Raphaà«l Simon, senior consultant Healthcare & Life Sciences au cabinet Michael Page. « Big Pharma a du mal à  innover. Du coup, les investissements se focalisent sur la croissance externe. Et à  l'avenir, on finira par avoir une industrie pharma partagée entre cinq colosses. L'impact sur l'emploi et les recrutements ? Un  attentisme accentué. Les cycles de recrutement pouvant atteindre quatre à  six mois... Aujourd'hui, il y a trop de demandes par rapport aux offres d’emploi disponibles. Les effectifs employés dans les fonctions ventes et marketing ont baissé et les besoins portent sur des profils très spécialisés », explique Raphaà«l Simon. En pointe de mire : l'accès au marché et les procédures de remboursement des médicaments. Les profils de pharmaciens spécialisés en affaires technicoréglementaires sont particulièrement recherchés dans ce cadre. « Ce sont généralement des diplômés en économie de la santé, hautement qualifiés et extrêmement bien payés », souligne Raphaà«l Simon. Leurs émoluments pouvant atteindre 120 000 €, voire 130 000 € par an. Mais les exigences sont telles, que les employeurs ne lorgnent que les profils plug & play, directement opérationnels. Par peur de recruter le mauvais profil, ils préfèrent attendre pour n'embaucher que les candidats qui correspondent à  la virgule près à  la description du poste, confie le consultant. 

Selon les observateurs, les vraies opportunités se situent actuellement dans le biopharma, les produits innovants, la thérapie cellulaire et les nanotechnologies. Les grands conglomérats s'endettent dans le but d'acquérir des sociétés qui maîtrisent ces techniques innovantes parce qu'elles constituent l'avenir du secteur. « L'enjeu est donc de trouver des profils techniques hautement qualifiés pour répondre à  cette évolution », relève Raphaà«l Simon. Un exemple deus ex machina :  la société biotechnologique américaine Gilead, leader mondial du traitement contre le sida, vient ainsi de faire l'acquisition d'une molécule révolutionnaire contre l'hépatite C, mais commercialisée à  1 000 $ la pilule. Soit 84 000 $ (environ 60 000 €) pour les douze semaines de traitement. Active en Belgique depuis 2009, mais plutôt discrète, la société recrute et structure déjà  ses équipes commerciales. Mais les besoins portent sur des profils très pénuriques : des PhD en sciences biomédicales, couplés à  une expérience sales ou à  un flair business.

D'autres poches d'emploi voient aussi le jour dans le secteur de la santé. Ainsi, la société américaine St Jude Medical, un des géants mondiaux des pathologies du cœur, a choisi Zaventem pour implanter son centre de distribution international. La Belgique est déjà  l’une des plaques tournantes du groupe, puisqu'elle héberge le siège social européen et un centre de technologie avancée. Mais le nouveau centre de distribution, qui expédie chaque jour, depuis octobre, plus de 2 500 pièces de dispositifs cardiaques, continue d'embaucher du personnel qualifié pour ses activités d'étiquetage et de réparation. « Les sociétés de medical devices recherchent moins de commerciaux que de spécialistes des marchés publics, qui connaissent bien les procédures de certification des produits de pointe proposés aux patients », explique le consultant de Michaà«l Page. Dans ce secteur, les employeurs sourient aussi aux profils de Key Account Manager, susceptibles d'exercer un lobbying interne aux hôpitaux.

120 000 € par an

C'est le salaire annuel brut proposé aux pharmaciens spécialisés en affaires technicoréglementaires, en market-access et en pharmacovigilance. Généralement diplômés en économie de la santé, ces profils sont rares sur le marché. Et très demandés.

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Selon un sondage du cabinet Michael Page, 33 % des salariés du secteur de la santé sont en recherche active d'un emploi, tandis que 48 % restent à  l'écoute du marché. Sans surprise, 84 % visent un contrat à  durée indéterminée s'ils changent d’employeur.

Deux centres de protonthérapie

Les universités catholiques, KUL et UCL, se sont entendues pour installer à  Louvain l'unique centre de protonthérapie de Belgique, basé sur la technologie de l'entreprise wallonne IBA. Mais le gouvernement wallon entend aussi financer « son » centre à  Charleroi. Coût de ce doublon: 47 millions d'euros. Grande bénéficiaire de cet investissement : l'ex spin-off de l'UCL, IBA.

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