Un zeste de mobilité dans votre « package salarial » ?

Publié : samedi 29 novembre 2014

La moitié des Belges rechignent à  augmenter davantage encore le temps perdu pour se rendre au travail. Pour les employeurs les plus créatifs, la mobilité tend dès lors à  devenir un élément du package salarial, ou en tout cas de leur attractivité.

Brigitte habite dans un petit village aux confins des provinces de Namur et du Brabant wallon. Et se rend chaque jour à  Bruxelles pour y rejoindre son travail en voiture. En un mot : la galère, résume-t-elle. Une galère à  laquelle je ne peux malheureusement pas échapper : mon entreprise est mal desservie en transports en commun. Quant à  mon choix d'habiter à  la campagne, il a surtout été dicté par des considérations financières : habiter en famille dans la périphérie de Bruxelles est devenu hors de prix.

Pareil témoignage est tout sauf anecdotique : quelque 49,6 % des 33 000 répondants à  notre Enquête des salaires, réalisée en collaboration avec la KU Leuven, ne souhaitent pas consacrer davantage de temps aux navettes. D'autant que le temps pour se rendre au travail dépasse désormais 67 minutes en moyenne, plus de 20 % des répondants y consacrant plus d'une heure et demie.

La mobilité est effectivement devenue un vrai problème, constate Pascale Schà¼tz, Partner chez Mercuri Urval. Elle oblige les employeurs à  faire preuve de créativité s'ils veulent attirer ou tout simplement conserver leurs meilleurs talents. Cette créativité se résume essentiellement en un mot : flexibilité. À savoir la faculté qui est donnée aux collaborateurs de travailler en partie de chez eux, de manière autonome, ou en horaires décalés afin d'échapper aux embouteillages.

Ce qui était auparavant réservé aux commerciaux tend à  bénéficier à  d'autres fonctions, poursuit Pascale Schà¼tz. Mais de là  à  dire que cela devient la norme, il y a une marge. Car l'octroi ou non de tels avantages dépend aussi du « rapport de force » entre le collaborateur et son employeur. C'est particulièrement vrai en Flandre où le marché de l'emploi est tendu : un collaborateur n'hésitera pas à  mettre la mobilité sur la table, dans la mesure où il est quasiment certain de pouvoir trouver une fonction équivalente à  deux pas de chez lui.

De fait, la question de la mobilité n'est désormais plus un tabou. Elle s'invite même très tôt dans la discussion dans le cadre d'une procédure de recrutement, confirme Yves Storez, Managing Partner de Transearch International. Tout dépend bien évidemment du profil du candidat, de la nature du job, de l'attractivité de l'employeur, mais force est de constater qu'un problème de trajets trop fastidieux peut conduire, au final, à  un blocage. Certains candidats, notamment parmi les plus jeunes, sont désormais totalement prêts à  renoncer à  une opportunité si celle-ci ne s'accompagne pas de la flexibilité qu'ils souhaitent.

Un éventuel souci de mobilité pourrait-il être compensé par une compensation salariale ? Quelque 37 % des répondants à  notre enquête se déclarent apparemment prêts à  consacrer davantage de temps aux trajets pour autant que cet effort s'accompagne d'un meilleur salaire. Pareil choix est individuel, relativise Yves Storez. Dans le cadre d'une négociation, il est cependant rarissime qu'on propose de moduler la rémunération pour compenser le temps perdu dans les navettes. En ce sens, la manière dont l'entreprise gère la mobilité de ses collaborateurs n'est pas constitutive de sa politique salariale au sens strict. Elle relève plutôt de son attractivité au sens large. 

Cela étant, tous les employeurs ne sont pas disposés à  aligner les concessions pour renforcer leur attractivité. Cela dépend du secteur, les sociétés dites technologiques, dans l'ICT, étant forcément plus enclines à  accorder de l'autonomie – sous contrôle – et de la flexibilité, poursuit Pascale Schà¼tz. Mais cela dépend aussi fortement de la culture d'entreprise, voire de la personnalité du manager : certains sont objectivement plus ouverts que d'autres.

L'analyse est clairement confirmée par ce directeur dont l'entreprise est située en région montoise. Pour moi, la négociation porte sur le contenu de la fonction et le package salarial qui y est associé, tranche-t-il. Si j'ai en face de moi un candidat qui n'entend pas effectuer quelques kilomètres en plus chaque jour pour travailler chez moi, voire qui rechigne à  passer quelques coups de fil s'il est bloqué dans un bouchon, je n'ai pas besoin d'aller plus avant dans la discussion : ce candidat n'est pas suffisamment motivé...

Benoît July

 

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