A 32 ans, les joueurs «sont livrés à eux-mêmes»

Le footballeur a acquis cette position enviable grâce à de la prévoyance et aussi à une reprise d’études à 29 ans. Un cas rare.

Comment s’est déroulé votre parcours scolaire avec le football?

J’ai eu la chance de faire un centre de formation en France, à Nancy, où on ne pouvait pas arrêter les études sans avoir obtenu un diplôme. Donc, moi, j’ai eu un bac en communication et marketing et après, je suis passé professionnel à 18-19 ans. Ensuite, à 29ans j’ai repris mes études quand j’ai quitté le Standard et que j’ai compris qu’il était temps de préparer la suite. J’ai repris mes études par l’intermédiaire de la France et du syndicat des footballeurs l’UNFP. Ils ont des accords avec des universités et j’ai suivi une formation en gestion des organisations sportives de Lyon par correspondance. J’étais toujours en carrière, j’habitais Liège. Et, parallèlement à ça, j’ai aussi passé mes diplômes d’entraîneurs.

Pourquoi être passé par la France? Il n’existe pas d’organisation en Belgique pour aider les joueurs à reprendre leurs études?

Non, il n’y a rien. C’est assez étrange: en Belgique les joueurs étaient très vulnérables sur beaucoup de points, notamment sur les assurances corporelles. Quand je suis arrivée au Standard, j’étais le seul à être assuré corporellement. C’est vrai qu’en Belgique, il n’y a aucun soutien pour les joueurs, contrairement à la France où l’UNFP est un syndicat très fort donc on est capable, si besoin, d’accompagner les joueurs.

Mais les joueurs ne savent-ils pas que le football est une carrière courte?

Le problème, c’est que quand tu as un gamin de vingt ans qui gagne 10.000euros par mois, il ne va jamais se dire qu’il va redescendre un jour à 1.000 euros dans sa vie. Il n’y a pas forcément une grosse prise de conscience à ce niveau-là.

Et les clubs jouent-ils un rôle pour prévenir les joueurs?

Non, les clubs font un travail qui est très mauvais. Tout le système du football est fait pour que les joueurs ne s’éduquent pas et ne grandissent pas intellectuellement pour pouvoir en faire ce que les clubs en veulent.

Pourtant, les joueurs se reconvertissent avec succès, non?

Très peu. Il y en a beaucoup qui ont des problèmes financiers à la fin de leur carrière, trois sur cinq à peu près, et puis, bon, il y a une période un peu de déprime à la fin d’une carrière intensive. C’est pour ça que moi, je suis passé directement à une activité… Ce n’est pas toujours facile de s’arrêter, de passer de tout à rien.

Pourquoi avoir décidé d’arrêter le football en 2013?

J’ai arrêté le football à 32 ans, ce qui est jeune par rapport aux autres. J’en avais marre, je préférais gagner du temps dans ma seconde vie plutôt que d’en perdre dans ma première. Bien sûr, j’aurais pu aller chercher de l’argent à droite, à gauche dans un dernier contrat, mais j’avais un projet qui était bien plus motivant, qui était à moi, et j’avais besoin de décider aussi et de ne plus être coaché.

Vous parlez de «seconde vie», la reconversion après le foot est-ce un nouveau départ?

Oui, avec l’avantage qu’on a que si on n’a pas été trop bête, on a mis un peu d’argent de côté. On peut être à l’abri pendant quelques mois mais, bon, il faut se renouveler et trouver des sources de motivation. Mais oui, à 32 ans, on passe à une autre vie, on est livré à soi-même.

Ce n’était pas trop compliqué de gérer les études et le football en même temps?

J’ai eu des moments très chargés, je devais rendre un mémoire, j’avais mes cours d’entraîneur en même temps, plus le lancement de mon activité. Ça m’a coûté sur ma vie privée. De 29 à 32 ans, j’ai eu trois ans où j’étais partout tout le temps. J’ai fait mes cours de gestion, d’entraîneur, le football, consultant télé et radio. J’étais hyperactif.

Êtes-vous parfois nostalgique de votre vie de footballeur?

Je ne suis pas nostalgique, il n’y a pas de grand manque par rapport aux entraînements ou aux matchs mais, des fois, il y a une espèce d’adrénaline qui manque un peu. Je pense que c’est la compétition qui me manque le plus. De se dépasser et d’avoir une échéance chaque semaine, un challenge. Ce qui manque c’est que, dans le foot, le challenge il est chaque semaine et que, dans une autre vie, le challenge est beaucoup plus long, beaucoup plus espacé.

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