Actions :des pistes du Bhoutan à la Wallonie

Rédigé par: Thierry Fiorilli
Date de publication: 6 déc. 2023

Fin juin dernier, la Commission européenne publiait le Rapport de prospective stratégique 2022, dans lequel elle dégage dix domaines d’actions clés pour mener  « des transitions verte et numérique justes » et atteindre les 17objectifs de développement durable des Nations unies, luttant contre la pauvreté, les inégalités, le dérèglement climatique, la dégradation de l’environnement et visant à la prospérité, la paix et la justice pour toutes et tous d’ici à 2030.

Parmi les domaines d’action,  « les cadres de suivi pour mesurer le bien-être au-delà du produit intérieur brut, en tenant compte des générations actuelles et futures, dans l’UE et au-delà « , a rappelé Dimitri Lorenzani, du cabinet de Maros Sefcovic, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du Pacte vert (Green Deal) pour l’Europe et de la prospective. Preuve de  « l’évolution en cours vers un nouveau modèle économique », qui nécessite une approche intégrant  « l’équité, la durabilité environnementale, la stabilité économique et la productivité « , et tenant compte  « à la fois des synergies et des tensions ».

En 2010 déjà, la panoplie des indicateurs économiques européens s’était ouverte à un indice de pression environnementale, parce que, justifiait le commissaire alors en charge de l’Environnement, Stavros Dimas,  « c’est problématique lorsque le PIB est considéré comme le critère unique de progrès et qu’il ne prend pas en compte des questions essentielles pour la qualité de vie, comme l’environnement, la cohésion sociale ou le bonheur des gens ». Ce que fait la Nouvelle-Zélande depuis 2019, avec son  « budget bien-être « : 1,1milliard d’euros pour la santé mentale, 177 millions contre les violences familiales (outre les congés payés aux victimes de relations conjugales toxiques) et 553 millions pour réduire la pauvreté des enfants. Parallèlement, toute décision du gouvernement doit impérativement faire progresser au moins un de ces dossiers, et non plus se focaliser sur les objectifs de croissance et de productivité.

Au Bhoutan, l’indice du Bonheur national brut a été imaginé dès 1972, puis inscrit dans la Constitution en 2008, a rappelé Kinzang Lhendup, qui y est philosophe à l’Université royale:   « Qu’on l’appelle bien-être, comme ici, ou bonheur, comme chez nous, il est au cœur de l’économie du XXIe siècle. Parce qu’il n’y a qu’à travers lui qu’on peut atteindre le vrai développement d’une société. Notre indice repose sur quatre piliers, autour desquels s’articulent toutes les actions gouvernementales: la sauvegarde de l’environnement (nos forêts ne peuvent couvrir moins de 60% du territoire et notre bilan carbone est négatif), un développement économique et social durable et équitable (les touristes paient une taxe durable), la préservation de nos traditions culturelles (dont les intangibles: gentillesse, compassion, considération pour autrui…) et une bonne gouvernance (services publics, assistance sociale, accès des femmes aux fonctions à responsabilités et égalité salariale…). On peut les dupliquer partout, parce qu’ils sont universels. »

Christie Morreale, ministre wallonne de l’Emploi, de la Santé et de l’Egalité des chances, dit s’en être inspirée lorsque, conseillère dans un cabinet ministériel, elle a réformé les plans de prévention de proximité, devenus des plans de cohésion sociale dans les 262 communes de Wallonie.  « Pour transposer ça », explique la socialiste,  « on a regardé à l’échelle de chaque territoire l’accès aux droits fondamentaux: à la culture, au logement, etc., ce qui permet d’avoir une photographie de la situation qui peut amener au bonheur et à la satisfaction des citoyen(ne)s. On a établi des moyennes, des curseurs, pour que les collectivités locales puissent identifier quelles sont les mesures à mettre en place pour permettre ce bonheur, cette cohésion sociale. Ce prisme de l’accès aux droits fondamentaux, consacrés par le droit international, est un bon biais pour jauger le niveau de développement d’une société et de la satisfaction que les gens peuvent y éprouver. »

Kinzang Lhendup [square] Christie Morreale [square] Dimitri Lorenzani [square]
De gauche à droite : Kinzang Lhendup, Christie Morreale et Dimitri Lorenzani. 

1. Kinzang Lhendup,  professeur et philosophe à l’Université royale du Bhoutan : « Notre ‘’indice du bonheur’’ repose sur quatre piliers, duplicables partout car universels »

2. Christie Morreale,  Ministre wallonne de l’Emploi, de la Santé et de l’Egalité des chances : « L’accès aux droits fondamentaux est un bon biais pour jauger le niveau de développement d’une société et de la satisfaction que les gens peuvent y éprouver»

3. Dimitri Lorenzani, du cabinet du vice-président exécutif de la Commission européenne, chargé du Pacte vert pour l’Europe : « C’est problématique lorsque le PIB est considéré comme le critère unique de progrès et qu’il ne prend pas en compte des questions essentielles pour la qualité de vie »