Actuaire : l’assurance-emploi

Mutuelles, caisses de retraite, réassureurs… Avec des rémunérations en hausse de 20 % à 30 % en l’espace de quelques années seulement, l’actuaire est perçu comme l’un des métiers pour lesquels la mobilité vers un nouveau job paiera le plus en 2013. L’actuariat, une nouvelle voie royale ?

La crise a mis en avant un besoin en gestion et en évaluation des risques, dans le secteur des assurances aussi bien que dans les institutions financières. Or, les actuaires sont justement des experts de la gestion des risques, explique Joël Poilvache, directeur Services permanents chez Robert Half. Son rôle ? Analyser et traiter les impacts financiers du risque. Historiquement, son rôle consiste à estimer les probabilités que certains événements se produisent et à en déterminer les conséquences financières. As des statistiques et des probabilités, l'actuaire réalise des études techniques pour créer ou modifier des contrats d’assurance. Il élabore notamment des formules, afin de fixer les tarifs au plus juste pour chaque catégorie de contrat. C’est lui aussi qui va estimer les réserves que la compagnie doit établir pour faire face aux dépenses, en fonction des différents contrats signés avec ses clients. L'actuariat met donc les mathématiques au service des gens. L’actuaire doit être un peu visionnaire, car il intervient en amont de la conception des contrats d’assurance, explique Hans Vranken, directeur général chez Touring Assurances. Il doit aborder les problèmes sous des angles nouveaux et donner une signification concrète à des séries de données, notamment en matière de prévoyance sociale. La discipline et la rigueur s'imposent également, car les études continuent bien après l'entrée sur le marché du travail.

L'actuaire 4G

Aujourd’hui, une quatrième génération d'actuaires est née. Les actuaires 4G recherchent des solutions financières aux problèmes liés au risque et à la solvabilité des opérateurs. Les défis lancés par les organismes de contrôle et les autorités européennes dans le domaine de Solvency II accentuent cette tendance, explique Joseph Verlinden, directeur de l’Institut des actuaires en Belgique (IABE), créé en 2009. Si le titre d’actuaire n’est pas encore protégé, l’Institut des actuaires reconnaît quatre cursus proposés par des universités, des instituts et des écoles, en formation initiale ou continue. C’est une fonction qui requiert une bonne culture juridique et économique, observe Joseph Verlinden, car les matières traitées ne portent pas seulement sur les systèmes de pension, mais aussi sur l’assurance responsabilité civile, la couverture de dégâts, les frais médicaux, l’invalidité, l’espérance de vie, le calcul des rentes viagères… Pour devenir un actuaire expert (expert d’un risque en particulier ou d’une problématique réglementaire comme Solvency II), il faut avoir accumulé entre dix et quinze ans d’expérience. Ces profils doivent désormais aller au-delà de leur expertise d’origine pour acquérir de nouvelles aptitudes en management, relationnel et communication. Ce n’est pas un métier statique. On touche à tous les départements, confie Sabine Wuiame, Chief Risk Officer chez Belfius Insurance. Un actuaire peut monter dans la hiérarchie jusqu’à des postes de direction générale.

Forte employabilité

Tandis que leurs camarades des cursus en finance peinent à trouver un emploi, les actuaires en herbe n’ont, eux, que l’embarras du choix sur le marché du travail. En effet, les sociétés d’assurances, les organismes gouvernementaux et même des établissements bancaires se bousculent pour recruter ces spécialistes des calculs des risques. Nous avons trois postes ouverts pour une équipe de cinq actuaires, explique le CEO de Touring Assurances. Mais ce profil est tellement rare, que nous n’hésitons plus à former nos propres salariés au métier. Chez Belfius Insurance, qui engage une dizaine d'actuaires cette année, le recrutement demeure aussi une affaire délicate : Le plus difficile est de mettre la main sur des profils trilingues avec trois à cinq ans d’expérience, indique Sabine Wuiame. Selon le cabinet de recrutement Robert Walters, les actuaires sont des denrées rares. C’est un marché en pénurie, marqué par des candidats très sollicités, qui ont vu leur salaire augmenter de plus de 20 % à 30 % ces dernières années. Outre les secteurs d'emploi traditionnels, les entreprises cherchent aussi du conseil pour optimiser le coût des régimes de prévoyance ou de retraite complémentaire. Des débouchés existent aussi du côté des cabinets d'audit et des sociétés de conseil. Aon, cabinet de conseil en assurance et en gestion de risques, compte renforcer son département actuariat avec quatre embauches cette année. Nous les recrutons déjà avant la fin de leurs études, confie Eddy Ringoir, directeur général chez Aon Risk Solutions. Les diplômés en actuariat peuvent aussi travailler dans le milieu industriel, où ils suscitent un intérêt croissant. En effet, les entreprises se préoccupent de plus en plus des risques environnementaux ou sanitaires que suppose la fabrication de leurs produits. Les sociétés sont en quête de ces compétences, elles embauchent des statisticiens qui travailleront sous la houlette d'un actuaire, ou des ingénieurs avec une formation complémentaire sur les techniques actuarielles, conclut Joël Poilvache.

 

En chiffres

3 000 €

C’est le salaire mensuel brut d’un actuaire junior. Les rémunérations des actuaires oscillent entre 50 000 € à 75 000 € pour les profils ayant cinq à sept ans d’expérience et peuvent monter à plus de 95 000 € au bout de quinze ans d’exercice. En 2012, les actuaires à haut potentiel ont pu prétendre à des packages supérieurs de 15 % aux grilles pratiquées sur le marché de l’assurance.

865

C’est le nombre d’actuaires membres de l’IABE, l’institut des actuaires de Belgique.

100

C’est le nombre d’étudiants qui sortent chaque année diplômés d’un master en actuariat. Ils s’orientent, soit vers des cabinets de conseil, soit vers des entreprises d’assurance, soit vers le monde de la finance.

3 mois

Il s’agit aujourd’hui de la durée maximale pour décrocher un emploi d’actuaire, car la demande reste très forte. Pour un diplômé en actuariat, il y a trois offres d’emploi sur le marché. Les bons profils, de trois à cinq ans d’expérience, sont les plus rares.

Qui recrute ?

Les compagnies d’assurances, les mutuelles, les instituts de prévoyance, les banques, les cabinets d’audit, les bureaux d’actuaires-conseils, les pouvoirs publics, avec, en particulier, la Commission bancaire, financière et des assurances.

 

Retour à la liste