Alain Hubert: " Il n’y a pas d’avenir sans innovations "

Alain Hubert est un homme de tête, un homme de combat. Ses expéditions au cercle polaire lui ont fait prendre conscience de l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique. Et d’innover. Avec optimisme. Depuis, il secoue le monde entier.

À quelques jours de son quatrième départ vers l'Antarctique, le président de la Fondation polaire internationale est aux petits soins. Il prépare, pour le mois de décembre, les derniers détails d’une exposition sur la vie dans la base Princesse Élisabeth. Depuis son ouverture en 2009, cette station scientifique est devenue le symbole de l’innovation belge. Alliant technologies de pointe et respect total de l'environnement, elle fascine les Chinois et attise la curiosité des Brésiliens. À l'intérieur, la chasse au gaspillage est constante. Un système sophistiqué module l'utilisation des appareils divers (ordinateurs, radios...) en fonction des ressources disponibles à chaque moment. L'eau étant recyclée et les déchets triés et évacués. S'il est possible de construire un bâtiment « zéro émission » dans les conditions extrêmes de l'Antarctique, il est possible d'en faire de même n'importe où dans le monde, explique, radieux, Alain Hubert.

Quelle est votre définition de l’innovation ?

"Aujourd’hui, l’innovation ne se limite pas aux aspects techniques. L’innovation est inséparable des enjeux environnementaux et nécessite de revoir profondément la manière dont nous produisons nos biens et services. Nous sommes au croisement des routes entre un développement technologique incroyable, des développements scientifiques qui dépassent de loin les nanotechnologies et un phénomène climatique qui dérègle le fonctionnement des écosystèmes terrestres et marins. Ce qui nous caractérise en tant qu’espèce, c’est de pouvoir réagir aux situations, en créant autrement. Mais l’innovation que demande notre époque est plus pragmatique qu’éthique, et plus individualiste que collective. Elle demande, chez chacun, un changement de mentalité."

Au plan énergétique, la station polaire est pionnière, puisqu’elle allie technologies de pointe et respect total de l'environnement. Quel est son impact sur le business ?

"Notre pari a été de montrer qu’avec la technologie existante, il est possible d’innover dans notre manière de procéder. Notre microsmart grid est trois fois plus performant que n’importe lequel dans le monde. L’ordinateur de bord mesure l’énergie à 3 000 points différents et ne la libère qu’aux endroits où elle est vraiment utile. Il faut donc s’adapter. Mais on s’est aperçu que l’utilisateur, même s’il est obligé de changer son comportement, ne vit pas moins bien. Aujourd’hui, plusieurs prototypes de gestion intelligente de l’énergie ont été créés sur base de nos innovations. Mais à l’échelle de plus grandes infrastructures. La station polaire a donc aussi un impact sur l’industrie, et à travers elle, sur l’emploi. Sa conception a mobilisé plusieurs métiers. Et continue à faire travailler des spécialistes en énergie, des électromécaniciens, ainsi que des chercheurs universitaires. L'objectif, c'est aussi de faire rêver et d'attirer les jeunes vers les sciences. Aller en Antarctique, c'est un peu comme aller sur la Lune."

Vous avez pris le pari d’innover en réduisant au maximum les impacts environnementaux. L’innovation est-elle inséparable des défis sociétaux ?

"Je m’inscris en faux contre cette expression d’impuissance de nos sociétés. Il n’y a pas d’avenir sans innovations. Mais il n’y a pas d’innovations sans aventuriers. J’appartiens à une génération qui était convaincue de pouvoir changer le monde à travers de grandes idées, des luttes sociales, pour les droits civiques et la paix dans le monde. Et ce, à travers des technologies qu’on pourrait développer sans limites. Aujourd’hui, on connaît les limites du système. Et grâce aux sciences polaires, on peut identifier les causes de nombreux problèmes. Ce qui signifie que l’on connaît les solutions. Ce que fait la nature n'est jamais le fruit du hasard. Pour s'adapter, elle développe parfois des stratégies à contre-courant de la logique du génie humain. Le vivant est plus qu'une source d'inspiration : c'est une ouverture vers de nouvelles façons de résoudre des problèmes scientifiques et industriels."

 

À LIRE: Princess Elisabeth Antarctica. Vers une station zéro émission, Nighat F.D. Amin, éd. Racine-Lannoo, 2012, 288 p., 29,95 €.

ACTU: Expo Princess Élisabeth Antarctica, de la mi-novembre à mars 2013, Tour & Taxis, 86C avenue du Port, 1000 Bruxelles, www.tour-taxis.com

 

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