Attention aux faux CV !

Un tiers des CV comporteraient des informations trompeuses. En cas de doute, beaucoup de recruteurs se montrent inflexibles. Si la forme est de moins en moins regardée, il est difficile, en revanche, de frauder sur le fond.

Pièce incontournable de toute candidature, le curriculum vitae reste le premier élément pour décrypter la personnalité du postulant. Le cabinet de recrutement Robert Half estime que près de la moitié des recruteurs se feraient une première opinion en cinq à  dix minutes de lecture. Il est censé résumer de manière succincte et objective le parcours du postulant. Dans la pratique, le CV ne répond pas toujours à  cet idéal de rigueur...

Va pour certaines fautes d'orthographe. En revanche, truquer son CV passe moins bien. Différentes études montrent que les CV comporteraient des arrangements - petits ou gros - avec la réalité. Expérience professionnelle gonflée, diplôme ajouté, pratique des langues surestimée sont parmi les artifices les plus fréquemment repérés.

Mentions ambiguà«s

Pour les professionnels de la chasse aux CV trafiqués, il est urgent de revenir sur cette attitude nuisible. D'autant que le phénomène des faux diplômes, obtenus en quelques clics sur la Toile, s'est considérablement développé depuis deux ou trois ans. Et les difficultés sur le marché du travail n'ont fait qu'accentuer une pratique qui a vraisemblablement toujours existé.

De plus en plus de recruteurs s'avouent circonspects face aux très nombreuses candidatures, plus attrayantes les unes que les autres, qu'ils reçoivent. Certains n'hésitent donc plus à  avoir recours à  l'aide de spécialistes pour faire contrôler l'authenticité des informations contenues sur ces CV trop lisses, étrangement sans failles.

" Il ne s'agit pas toujours de mensonge, de faux diplômes à  proprement parler, mais de mentions ambiguà«s. Le même établissement peut délivrer des formations courtes ou longues, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver ", explique un recruteur. " Même pour d'anciens diplômés d'une école, il est difficile de suivre les évolutions extrêmement rapides qui touchent la formation. En moins de dix ans, ils ont complètement perdu leurs repères. " Une mention " Solvay Business School " peut ainsi cacher des réalités bien différentes. Le candidat a pu intégrer l'école ou seulement y suivre un master.

Élimination ?

Il existe plusieurs moyens aujourd'hui de faire vérifier un CV. Ne faisant pas toujours confiance à  l'exhaustivité des bases de données, les cabinets de recrutement se chargent parfois seuls de retracer le passé du postulant. Pour le directeur général de Page Personnel, vérifier le parcours des candidats est un devoir des cabinets envers leurs clients. " Nous demandons toujours au candidat d'apporter ses diplômes. Lorsqu'il a déjà  travaillé, nous lui demandons s'il y a une personne de son ancienne entreprise que nous pourrions contacter. S'il refuse, nous le mentionnerons à  la société intéressée par son profil. "

Le postulant n'est donc pas éliminé, mais il réduit fortement ses chances d'obtenir le poste. " Nous ne sommes pas experts en falsification de diplôme, juste un intermédiaire pour l'entreprise. " Certains éléments simples peuvent en dire beaucoup sur le candidat, " la fiche de paie, par exemple, donne de nombreuses informations. Pas seulement sur la rémunération, mais plus en ce qui concerne le titre du poste, de l'ancienneté et du statut qu'avait le candidat dans son ancienne entreprise. "

Le fraudeur sera donc très souvent démasqué. Cependant, les recruteurs font bien la différence entre embellir un CV et le falsifier. Selon Page Personnel, " il n'est pas choquant, lorsqu'un poste demande plusieurs compétences, de voir dans un CV que l'une est beaucoup plus mise en valeur qu'une autre. " De même, enjoliver son niveau d'anglais est une pratique peu sanctionnée.

Enquêtes de moralité

Quand les entreprises anglo-saxonnes n'hésitent pas à  décrocher leur téléphone pour appeler les précédents employeurs, voire vérifier des données très personnelles comme la situation de famille ou l'état de santé du candidat, la chose reste perçue chez nous comme un travail de basse police. Certaines entreprises ont parfois recours aux détectives, mais c'est rare car très coûteux. Certains postes nécessitent pourtant une enquête plus poussée. Il arrive qu'une enquête de moralité soit lancée, notamment pour des fonctions à  responsabilités financières.

Reste que falsifier son CV peut se révéler dangereux. Le mensonge sur un diplôme entraîne la radiation à  vie dans les professions réglementées (magistrat, médecin, expert-comptable, etc.). Pour le reste, tout dépendra si l'employeur qui a démasqué le tricheur décroche son téléphone pour en informer ses pairs.

D'un point de vue juridique, " mentir sur ses expériences professionnelles est interprété dans le droit comme un dol qui entraîne la nullité du contrat de travail pour vice de consentement ", explique maître Olivier Rijckaert, avocat associé chez Field Fisher Waterhouse LLP. Un simple mensonge sur son CV ne peut en revanche pas être pénalement sanctionné, sauf s'il y a usage de faux diplômes. " Il y a même des cas ayant entraîné une jurisprudence qui stipule que gonfler un peu son CV ne peut pas être un motif de licenciement. "

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