Bouli Lanners lance un appel : « Il faut revaloriser le personnel soignant »

Rédigé par: Vincent Liévin
Date de publication: 17 mai 2021
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Bouli Lanners Hippocrate

Dans la saison 2 de la série TV “Hippocrate” - qui parle de l’effondrement d’un système sanitaire - il est le chef d’un service des urgences qui a les mains dans le cambouis ©

Le comédien belge Bouli Lanners lance un appel pour que l’on respecte mieux le travail et l’investissement quotidien des infirmières et infirmiers.

Depuis plusieurs années, en coulisse ou dans ses films, Bouli Lanners écoute le monde hospitalier et les infirmières et infirmiers en particulier. Cet acteur belge bien connu a déjà interprété des médecins dans les films Adieu les cons ou Réparer les vivants. Dans la saison 2 de la série TV Hippocrate, il est le chef d’un service des urgences qui a les mains dans le cambouis. Il lutte avec ses équipes et ses infirmières pour sauver des vies. Ce comédien, scénariste, metteur en scène et réalisateur, qui vit sur les hauteurs de Liège, n’a pas toujours tourné dans des films liés au monde de la santé. Au fil de sa carrière, on l’a retrouvé dans Ultranova, Eldorado, Les géants, The Large, Un long dimanche de fiançailles, Cowboy, Astérix aux Jeux olympiques, Mammuth, Rien à déclarer, De rouille et d’os…

Entouré de vraies infirmières

Aujourd’hui, il s’invite donc dans les salons pour la deuxième saison de la série Hippocrate, série médicale écrite et réalisée par le médecin généraliste Thomas Lilti. Bouli Lanners (Le Dr Brun dans la série) a pu prendre conscience au contact des infirmières de terrain de l’ampleur de leur tâche au quotidien. Pour lui, le système de santé craque de partout : « La série parle de l’effondrement d’un système sanitaire et, en parallèle, on vit une crise hospitalière. En Belgique, nous avons un grand souci de manque de personnel. Cela explique aussi la raison pour laquelle notre personnel soignant, et notamment le personnel infirmier, est constamment sous pression. Pour la série, pendant un an, dans un hôpital, j’ai eu comme partenaire du quotidien de vraies infirmières urgentistes qui étaient dans des rôles de figurants. J’ai pu me rendre pleinement compte de leur travail. Elles nous racontaient leur quotidien en cette période de pandémie. On prend conscience qu’il y a un véritable souci. »

Revaloriser les infirmières pour qu’elles ne partent pas

Pour lui, la première étape indispensable est la revalorisation du secteur, et des infirmières en particulier. Il ne faut pas le faire seulement de façon très symbolique comme avec le Fonds blouses blanches : « Les infirmières demandent depuis des années à être revalorisées et ce n’est pas le cas. Cela implique qu’en province de Liège et de Luxembourg, par exemple, il y a un exode du personnel infirmier vers le Grand-Duché.

Là, le personnel est payé trois fois mieux… si on tient compte en plus de la différence de taxation. En plus, en 2020, les études sont passées de trois à quatre ans d’étude. Aucun étudiant n’est donc sorti. Là aussi cela a eu un impact sur les hôpitaux. Il est donc temps de prendre des mesures à long terme pour soutenir le secteur. »

Aujourd’hui, l’impact de la pandémie sur les jeunes qui s’inscrivent habituellement dans ces métiers occasionne même une diminution de 50 % des inscriptions aux études d’infirmiers/ères…

Des coupures budgétaires trop fréquentes

L’état actuel des soins de santé s’inscrit dans une succession de coupes budgétaires au cours de ces dernières années. Bouli Lanners s’étonne des choix qui ont été faits par les autorités et constate leur impact au niveau humain : « Le personnel soignant ne peut pas vivre constamment sous pression comme les infirmières ou les médecins de famille. Les autorités et le système de santé doivent en avoir conscience.

Déjà avant la crise sanitaire, il y avait eu des réductions dans les budgets des soins de santé au niveau fédéral, que cela soit sous le gouvernement d’Elio Di Rupo ou sous celui de Charles Michel. En parallèle, les soins de santé coûtent de plus en plus cher. La technologie médicale et la pharmacopée coûtent aussi de plus en plus. Par ailleurs, notre population vieillit et a un besoin grandissant de soins hospitaliers. »

Bouli Lanners Comédien scénariste belge

Bouli Lanners, comédien, scénariste, metteur en scène et réalisateur belge.

On sera tous, un jour, hospitalisés

Pour lui, « si on n’augmente pas le financement des soins de santé, on va aller dans le mur… même si, aujourd’hui, nous sommes toujours parmi les pays qui ont les meilleurs soins de santé ». Évidemment, un système de soins de santé de qualité coûte cher… « mais c’est pour cela que l’on paie des impôts », rappelle Bouli Lanners. Il énonce une vérité inattaquable : « L’hospitalisation va tous nous toucher un jour ou l’autre. On sera très contents alors d’avoir des soins de qualité et assez d’infirmières pour s’occuper de nous. Il faut donc des soins hospitaliers efficaces. »

Se préparer à d’autres virus

Les autorités doivent aussi renforcer le système de soins de santé pour anticiper les prochaines crises : « On doit avoir aussi conscience que l’activité humaine nous amènera à être confrontés à d’autres virus ou épidémies. Il faut donc investir dans un système de santé et du personnel en nombre suffisant et de qualité. Cette démarche est indispensable parce qu’on ne pourra pas à chaque fois mettre tous les secteurs (culture, horeca…) et notre économie sous cloche. Nous le voyons, le calcul, à court terme, qui a été de raboter nos soins de santé, nous coûte très cher aujourd’hui. »

Respecter le personnel

Au regard de ce que le monde de la santé traverse depuis un an, Bouli Lanners ne peut s’empêcher d’aborder la question du respect du personnel soignant : « Il faut aussi retrouver ce respect du personnel soignant comme il y a un an. Aujourd’hui, il y a des soignants qui se font insulter sur les réseaux sociaux. C’est totalement inadmissible. Ce genre de comportement est aussi dû au fait que l’on n’explique pas bien ce qu’il se passe réellement à l’hôpital, cette pénibilité, et ce dévouement au quotidien est incroyable. »