Bourse Win Win : et si on échangeait ?

Concept importé des Pays-Bas, la bourse Win Win commence à se développer en Belgique. L’idée ? Réunir entreprises et associations le temps d’une soirée afin de leur permettre de s’échanger des biens et des services. Une mise en relation d'où l'argent est exclu. Mais où les compétences se troquent à prix d’ami.

On la surnomme la « ruche ». Cela ressemble aussi à une place boursière, remarque une participante. Du milieu de l’arène de cette salle de réception namuroise émane un bourdonnement tonitruant. Des dizaines de personnes papillonnent de table en table, se refilent frénétiquement cartes de visite et numéros de téléphone, signent des papiers promettant de se revoir bientôt.

Un speed dating ? Pas vraiment. Une bourse Win Win. Ici, on ne cherche pas l’âme sœur, mais on s’échange des biens et des services. Ce concept, qui débarque tout droit des Pays-Bas, commence à faire son petit bonhomme de chemin en Belgique. Le principe : le temps d’une soirée, entreprises et ASBL se réunissent pour organiser un troc des temps modernes. Une aide logistique contre une campagne marketing. Une séance de coaching contre du matériel en tous genres. La création d’un site web contre l’organisation d’une réception. La réalisation d’un spectacle contre des lots de tombola.

Les possibilités sont infinies. Tout dépend de ce que chacun a la possibilité d’offrir et de ce qu’il espère recevoir. N’y voyez toutefois pas une tentative habile de contourner de quelconques effets de la crise. En Hollande, cela existait déjà bien avant, souligne Ludo Janssens, Project Manager au sein de la BNP Paribas Fortis Foundation. Car c’est par la banque que l’événement a débarqué en Belgique. D’abord à Liège et à Anvers en phase de test, puis dans une douzaine d’autres villes. Dont Namur.

L’objectif est d’abord de mettre en relation deux mondes qui, a priori, entretiennent d’habitude peu de contacts, poursuit-il. Un moyen d’étoffer son réseau, ajoute son collègue Jean-Luc Gemine, conseiller commercial. Le tout dans une ambiance qui se veut décontractée. Un verre, quelques en-cas, un speaker qui s’époumone derrière un micro. À chaque « match », comme on dit ici (soit à chaque nouveau contrat signé), le compteur affiché sur grand écran s’enrichit. Et pour matérialiser le deal, chacun est invité à s’orner de petits autocollants.

Les contrats sont informels, ils lient symboliquement les deux parties, sans aucune obligation (si ce n’est morale) de respecter son offre par la suite. Mais l’édition de l’année dernière a démontré que seules deux promesses sur les cent trente signées n’avaient finalement pas été honorées, se souvient Martine Jauquet, chargée de relations publiques. Ça ne les a pas rebutées pour autant, puisque les deux sociétés sont de nouveau présentes cette année. 

Cette deuxième édition namuroise réunit cent vingt et un participants. Le défi était de rééquilibrer le nombre d’entreprises par rapport à celui des ASBL, majoritaires en 2011, raconte Francis Henry de Frahan, président de l’UCM Namur et parrain de l’événement. On y est presque arrivé. Au début, les sociétés sont sceptiques, mais quand on leur cite des exemples, elles se montrent directement enthousiastes. 

La force d’un réseau

Damien Boone est courtier en assurances. Dans quelques mois, il prendra la tête du bureau familial. J’ai fait la connaissance d’une dame qui me proposait de réaliser un coaching pour aider l’équipe à vivre cette transition. En échange, je vais lui donner des conseils de gestion, explique-t-il. C’est un concept très enrichissant. Les entreprises aujourd’hui doivent être positivement opportunistes ! 

Sébastien Molitor, responsable d’une agence d’e-commerce, a quant à lui été véritablement pris d’assaut. Ici, la conception de sites web est une denrée très recherchée ! Il n’a pourtant troqué aucun service. Mais je n’ai pas perdu mon temps. J’ai accumulé pas mal de contacts intéressants. On doit se reparler. Cette soirée aide beaucoup car, sans ça, je n’aurais jamais rencontré ces personnes. 

Les dix ordinateurs offerts par la Fondation BNP Paribas Fortis sont, eux aussi, partis comme des petits pains. Contre quoi ? Parfois contre rien. La banque est aussi là pour redorer son image ternie par les retombées de la crise et pour montrer un visage plus humain, confie Jean-Luc Gemine. Mais on essaie tout de même de respecter le concept. Les « matches » sont souvent inimaginables, sourit Ludo Janssens. Une ASBL va venir donner des cours de gestion du stress au personnel, une autre va nous organiser un drink… On a déjà aussi reçu des cours de langage des signes ! 

La question qu’on nous pose souvent, tant du côté des associations que des firmes, c’est : Qu’est-ce que je vais bien pouvoir offrir ?, précise Martine Jauquet. Alors, elles viennent par curiosité puis repartent tout de même avec des contrats. Tout le monde a quelque chose à donner. 

Vingt et une heures. Le « gong » de fin retentit. Décompte final : cent cinquante-deux contrats signés. Record battu par rapport à l’année passée. La soirée s’achève doucement autour d’un dernier verre. Prochaines bourses Win Win à l’agenda : Alost en mars, puis Mons en avril 2013.  

Mélanie Geelkens

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