Bruxelles 1893 : une success-story belge insolite !

Etienne Espreman est l’auteur du jeu Bruxelles 1893, illustré par Alexandre Roche et édité par Pearl Games. Ce jeu de gestion et de développement se déroule à  la fin du XIXe siècle, dans le Bruxelles de l’Art Nouveau, dominé par Victor Horta et Paul Hankar. Très « gamer », ce jeu destiné aux stratèges dans l’âme est d’un graphisme exceptionnel. Original et sophistiqué, il a déjà  conquis le public : il est sorti le 1er novembre et était en rupture de stock dès décembre ! Aujourd'hui, il vient de décrocher le prix du jeu "Expert" aux As d'or du festival international des jeux de Cannes. Rencontre avec l’auteur de l’un des plus grands succès belges de l’année.

Comment vous est venue l’idée de créer ce jeu ?

Je suis passionné de jeux de société depuis plusieurs années. Je suis également convaincu de l’importance du jeu dans l’éducation des enfants. C’est aussi dans cette optique que je suis, entre autres, un membre actif de Ludobel qui œuvre pour la promotion culturelle du jeu en Belgique francophone.

J’avais envie de passer de l’autre côté de la barrière et de créer un jeu moi-même. Je savais que je voulais travailler sur Bruxelles. Je devais « juste » trouver le thème précis sur lequel j’allais axer mon jeu. En octobre 2010, j’ai vu une émission sur l’Art Nouveau et ça a fait le déclic : ce serait le sujet de mon jeu ! J’ai ensuite réfléchi à  la mécanique. D’habitude, les concepteurs procèdent en sens inverse : ils trouvent une mécanique et collent un thème dessus.

Aviez-vous une formation particulière ?

Pas du tout. Je connais bien les mécaniques de jeu car je joue depuis longtemps. Mais contrairement à  ce que l’on pourrait croire, il ne faut pas spécialement être doué en mathématiques pour concevoir un jeu de stratégie. Je suis un littéraire à  la base.

En combien de temps avez-vous conçu le jeu ?

De l’idée à  la création du prototype, je dirais un an. À cela s’ajoute une année de testing. Puis une année pour l’édition.

Quelles sont les différentes étapes de la naissance d’un jeu de société ?

À partir du moment où on a trouvé l’idée et conçu le prototype, il faut avoir de la chance et tomber sur l’éditeur qui voudra bien le publier. Dans le milieu du jeu, je connais beaucoup de gens qui ont d’excellents prototypes mais qui n’ont pas pu se faire publier. Moi-même j’ai créé plusieurs prototypes. Mais c’est le premier que je pousse si loin. Je suis allé frapper à  la porte d’un éditeur, on a joué une partie et il a décidé de le prendre ! Après, bien sûr, il a fallu procéder à  une série de testings, notamment en matière d’équilibrage. Ces tests permettent d’éviter qu’une stratégie ne l’emporte sur d’autres. Dès que le jeu est sorti, j’ai arpenté les routes de Belgique pour présenter mon jeu dans les magasins ludiques du pays.

Comment avez-vous trouvé un illustrateur ?

C’est mon éditeur qui l’a trouvé. Il a sollicité son illustrateur attitré, qui a dessiné tous ses jeux à  une exception près. Alexandre Roche a fait un travail remarquable !

Il existe des formations de concepteur de jeux, notamment à  la Haute École Defré. Est-ce un métier selon vous ? Pensez-vous par exemple pouvoir vivre un jour des revenus de vos jeux ?

Il est très difficile d’en vivre. Les revenus de ces jeux peuvent arrondir les fins de mois, mais permettent rarement d’en faire son activité principale. On pourrait dire que je suis concepteur de jeux de société la nuit et que je travaille à  la maison de justice le jour.

Bruxelles 1893, couronné du prix du jeu "Expert" aux As d'or du festival international des jeux de Cannes. C'est une sacrée reconnaissance. Avez-vous remporté d'autres prix pour ce jeu ?

J’ai décroché le prix Boulogne-Billancourt, qui est le prix le plus ancien et l’un des plus prestigieux pour les créateurs de jeux de société. Il existe depuis 1977 et attire chaque année des centaines de concepteurs de jeux. En décembre 2013, le ministère de la Culture de Catalogne m’a également primé lors du festival de jeu annuel de Catalogne. J’ai été consacré comme meilleur nouvel auteur de l’année 2013. Enfin, le prix du jeu "Experts" aux festival international des jeux de Cannes est évidemment un couronnement. Dans le milieu du jeu, c'est l'équivalent du César au cinéma.  

Comptez-vous concevoir d’autres jeux encore ?

J’aimerais créer une extension pour Bruxelles 1893 et je travaille avec deux amis sur un projet que nous intitulerions « Essen : the game ».  C'est un projet original : un jeu sur le salon du jeu d'Essen. Nous aimerions l'auto-éditer via un « crowd funding ». 

Avis aux amateurs !

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