Bruxelles se lance dans les soins médicaux à distance

Soigner à  distance

À Bruxelles, les soins médicaux sont un marché qui est amené à  se développer. L'industrie des sciences du vivant se taille d'ailleurs une résonance internationale, sous le halo favorable exercé par les centres de recherche bruxellois. Grandes pharmas, PME et startups... À Bruxelles, près de 300 entreprises sont actives dans les sciences du vivant, dont une centaine sont considérées à  « haut potentiel » de développement. Hormis de grandes PME, ce tissu d'entreprises représente à  lui seul 3 000 emplois. Bruxelles se spécialise depuis plusieurs années dans la biopharma, les dispositifs médicaux et l'ICT appliqué à  la santé. Et parmi les grandes tendances qui se dessinent, la télémédecine, à  savoir la gestion à  distance du patient, représente sans doute les plus grandes attentes, observe Azèle Mathieu, manager du cluster Lifetech auprès de l'agence Impulse.

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Les entreprises bruxelloises n'en sont pas pour autant des géants du secteur. Hors les grands groupes étrangers actifs sur le territoire, comme Pfizer ou UCB, elles ont une taille modeste. Elles développent cependant des technologies pointues, grâce à  leur capacité de rassembler les synergies. C'est le cas de Radiomatix, spécialisé dans la téléradiologie, la radiologie à  distance. Grâce à  ce type d’avancées technologiques, la distance est de moins en moins importante pour établir un diagnostic, confie Azèle Mathieu. L’entreprise, qui compte un réseau de 200 radiologues bruxellois, a d’ailleurs déjà  quelques contrats à  son actif, dont un aux Émirats arabes. Plutôt que de centrer le développement technologique sur la maladie, les innovations prennent de plus en plus compte du patient. Et Bruxelles canalise vraiment cette combinaison d'innovation technologique avec l'innovation sociale, explique Azèle Mathieu. Dans ce petit chaudron où mijotent les grandes idées du monde innovant de demain, on trouve aussi ICT4Rehab, une société qui propose des exercices de réhabilitation aux patients via le système « kinect » de la Xbox. Ou encore Esperity, un réseau social mondial et multilingue pour les malades du cancer. Avec ce réseau social, les créateurs souhaitent avant tout sortir les patients de leur isolement, en les abreuvant d'informations sur les évolutions de certains traitements, la recherche clinique et en les incitant à  partager leur histoire avec d'autres patients. On peut faire avancer la recherche non seulement sur un plan médical, mais aussi sur l'impact du mode de vie, illustre Erard le Beau de Hemricourt, médecin belge spécialiste en médecine nucléaire. En effet, Esperity demande au patient de décrire sa maladie selon de nombreux critères : type, sous-type, biomarqueurs (mutations génétiques), que peuvent venir compléter âge, origine ethnique ou encore habitudes de la vie quotidienne, pour qu'un malade puisse trouver où que ce soit dans le monde le cas le plus similaire possible au sien.

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Autre exemple, Ovizio, une spin-off de l’ULB créée en 2009 par Frank Dubois et Serge Jooris. Elle a développé sa propre technologie 3D de microscopie holographique numérique, en améliorant considérablement le rendu de l’image et en miniaturisant la technologie utilisée, au bénéfice de son prix. Contrairement au microscope classique où la seule partie nette se trouve dans le plan focal de l'objectif, la microscopie holographique permet de voir des objets transparents et offre une profondeur de champ jusqu'à  cent fois supérieure à  celle d'un microscope classique. Les domaines d'application sont multiples : ils vont des bioréacteurs à  la biotechnologie en passant par l'analyse sanguine. La PME, pour sa part, se concentre sur l'automatisation du processus de production cellulaire. Et planche déjà  sur un microscope 4D.

Les perspectives qu’il offre pour la mise au point de vaccins ont par exemple attiré l’attention du géant pharmaceutique GSK. Reste que d’après une enquête de Beci, organisme qui regroupe à  la fois la chambre de commerce et le patronat bruxellois, près de 30 % des entreprises de la capitale envisagent de la quitter à  court ou moyen terme. Direction ? La Flandre, la Wallonie ou l’étranger. À l'étranger, pourtant, Bruxelles est plutôt jugée attractive. Ces dernières années, nous avons accueilli une délégation chinoise. Tous ont été frappés par notre pragmatisme et se sont dits extrêmement impressionnés par la qualité de nos innovations. Parce qu'ils n'ont pas, chez eux, les compétences technologiques et les qualités de notre recherche scientifique, insiste Azèle Mathieu. L'atout majeur de Bruxelles ? C'est la présence de trois universités sur son territoire. Les incitants fiscaux, comme la déduction de 75 % des investissements en R&D, attirent aussi les sociétés étrangères. De même que le statut d'expatrié et ses avantages sociaux. Mais pas assez pour relancer la machine. Car Bruxelles souffre d'un écueil majeur : un jeune sur cinq quitte l’enseignement obligatoire sans diplôme. Dans une économie de la connaissance, les entreprises cherchent des jeunes motivés, compétents et engagés. Il est grand temps que les filières de formation qu’on leur offre soient à  la source de leur inspiration et assurent à  nouveau leur rôle d’ascenseur social, explique Olivier Willocx, administrateur délégué de Beci. Selon lui, ne pas remédier à  cette situation pourrait pousser les entreprises les plus innovantes à  l'exil, voire une délocalisation. C'est pourquoi il en appelle à  une véritable alliance emploi-enseignement.

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