Ces jeunes travailleurs qui tiennent aux bonnes causes

Rédigé par: Lucie Hermant
Date de publication: 27 sept. 2019
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Le cabinet d’audit Deloitte s’est intéressé à ce qu’on appelle aujourd’hui les millénials, c’est-à-dire ces jeunes nés entre 1983 et 1994. Il en a interrogé plus de 300, venus de tous les horizons, pour tenter de comprendre leur vision de la société, l’influence des entreprises et ce qu’ils attendaient d’elles.

Et un premier constat saute aux yeux: face aux changements sociétaux et technologiques, les millénials ne font plus confiance aux institutions traditionnelles. Non seulement ils sont pessimistes à propos de l’avenir économique et social de la Belgique, mais ils sont également très sceptiques vis-à-vis des motivations qui font aujourd’hui avancer les entreprises du pays, et de leur impact éventuel sur la société. Il est donc ici question d’une crise de confiance face aux réalités économiques et politiques du pays, mais aussi d’une profonde remise en question sur le plan des valeurs. Un constat qui semble concerner également la génération Z, soit celle qui a grandi dans les années 2000. Les jeunes adultes s’interrogeraient ainsi davantage que les générations précédentes sur le monde dans lequel ils vivent et la place qu’ils peuvent s’y faire.

Une fausse image?

Selon Deloitte, le fossé qui semble se creuser sur le plan éthique et idéologique entre les millénials et la génération des dirigeants d’entreprise ne serait en réalité pas aussi important que nos jeunes le pensent. Selon Nathalie Vandaele, partenaire en charge du département Human Capital chez Deloitte Consulting, la perception des millénials serait loin des réalités de terrain. «Les générations Y et Z n’ont pas conscience des initiatives sociales des grosses entreprises. Ils ne voient pas qu’elles peuvent vraiment avoir un impact important sur la société.» Un constat auquel ne s’attendait pas Deloitte, qui souligne l’urgence de changer la situation, vu l’importance millénials aux yeux des organisations. «Ce sont les leaders du futur. Il est donc important pour nous et les entreprises de les cerner, de comprendre ce qui les motive. Il y a énormément de choses à apprendre d’eux, ils peuvent apporter beaucoup pour aider les organisations à être plus agiles dans un contexte économique et sociétal en permanente évolution. Mais ça doit aller dans les deux directions, il faut pouvoir trouver l’équilibre et tirer des leçons des forces et des faiblesses des deux niveaux de générations.»

Plus de libertés pour le même salaire?

D’un point de vue strictement professionnel, les attentes et besoins des jeunes adultes se distinguent de ce que les entreprises offraient jusqu’ici, notamment sur le plan des ressources humaines. Nathalie Vandaele, pointe là directement une question générationnelle. «La génération actuelle des décideurs d’entreprises est une génération qui a appris à vivre pour travailler. Par contre, chez les millénials, on observe l’inverse: ils travaillent pour pouvoir vivre. Leur job devient un élément de leur vie parmi d’autres. Ils veulent pouvoir voyager, avoir plus de temps de vie privée tout en exigeant un bon salaire, au sein d’une entreprise qui défendra des valeurs importantes à leurs yeux...»

«En résumé, ils veulent pouvoir vivre et être généreux pour certaines causes climatiques, sociales, liées à l’immigration notamment. Mais, dans la pratique, ils ne veulent plus sacrifier leur vie pour travailler.» D’ailleurs, toujours selon l’étude réalisée par Deloitte, les cinq premières motivations des générations Y et Z pour une vie réussie sont, dans l’ordre: acheter sa propre maison, voir le monde, fonder une famille, gagner un bon salaire et avoir un impact positif sur la société. En d’autres termes, les trentenaires et ceux qui les suivent accorderaient simplement de plus en plus d’importance à… la vie. Le tout est maintenant de trouver le juste équilibre avec les réalités économiques et de terrain, et de laisser une chance aux décideurs actuels d’aligner leur politique d’entreprise à ces nouvelles perspectives.