Ces métiers qui aident les autres à trouver de l’emploi

Le marché de l'emploi étant en constante évolution, les métiers de conseiller, d'accompagnateur et de formateur progressent d'année en année. Mais pour être à la pointe, ces professionnels doivent eux-mêmes se former… à former. Quels sont les métiers du Forem, d’Actiris et de la formation professionnelle ?

Développer les compétences pédagogiques des formateurs. C'est la mission de FormaForm, le 26e centre de compétence du Forem. Ce nouveau complexe, installé à Louvain-la-Neuve, s'adresse aux formateurs du Forem, de Bruxelles Formation et de l'IFAPME (Institut wallon de formation en alternance et des indépendants et petites et moyennes entreprises). Car si ceux-ci ne doivent pas toujours disposer d’un titre pédagogique pour exercer, leur métier s’est fortement professionnalisé. C’est une réponse structurelle aux profonds changements que connaissent nos métiers, explique Graziella Garafalo, responsable de la formation du personnel de Bruxelles-Formation. La posture du formateur a changé : aujourd'hui, il ne doit plus uniquement former. Il doit aussi pouvoir informer, analyser des compétences, élaborer des plans de formation, évaluer, certifier et orienter correctement les apprenants... Il est confronté à des publics qui demandent de plus en plus d’interventions, de nouvelles modalités d'apprentissage et de communication. Le recours au multimédia et à l’e-learning suppose aussi de nouveaux savoir-faire techniques et pédagogiques. Les modes d’apprentissage : formation à distance, blended learning, mobile learning… De plus en plus d’outils virtuels (simulateurs de soudage, de conduite…) sont appliqués sur le terrain. Enfin, les formateurs sont amenés à travailler davantage en équipe et en partenariat avec d’autres acteurs. Le « savoir collaborer » devient un élément essentiel de la pratique professionnelle. Connectés, les formateurs s’appuient aussi sur des communautés de partage via les réseaux sociaux, confie Graziella Garafalo.

Pour réajuster ces compétences transversales et sociales, FormaForm propose, d'une part, une formation « cœur de métier » destinée aux nouveaux formateurs et, d'autre part, une offre de formation continue accessible à tous les formateurs, quelle que soit leur ancienneté. Au programme : des cours de stratégies d'apprentissage, d'animation et d'entretien, d'évaluation formative et certificative, une initiation à la socio-pédagogie et à la diversité des publics en formation. Et pour les formateurs désireux de développer leur efficience pédagogique, des modules de formation continue portent sur la gestion des tensions et des conflits, l'accompagnement au changement professionnel, l’organisation personnelle (priorités, gestion du temps...). En 2012, 1 024 formateurs ont suivi des modules de FormaForm. Mais l’institut cible près de 3 000 professionnels wallons et bruxellois.

Pénurie de formateurs

Les contenus des modules de formation ont été élaborés conjointement par les experts pédagogiques des différents partenaires du projet, explique Yves Magnan, directeur technique en charge du développement au Forem. Et d'insister : À terme, la mise en place d’un label du formateur devrait garantir aux apprenants en formation la qualité de leur formation, peu importe l’opérateur qu’il choisira. En professionnalisant de la sorte le métier de formateur, ce centre souhaite aussi contribuer à lutter contre les pénuries de formateurs. Il est très difficile de trouver des formateurs en électricité industrielle, en mécanique ou en soudure, un chauffagiste ou un plombier, confie la DRH de Bruxelles Formation. Même constat à l’IFAPME, qui engage surtout des professionnels en activité. Nos besoins immédiats portent sur des formateurs en mobilité, en construction et en alimentation. Mais aussi des formateurs en cours généraux, précise Annick Marchesini, conseillère pédagogique à l’IFAPME.

En réalité, pas assez valorisé, le métier n’attire pas. C’est pourquoi le secteur multiplie les approches de séduction. Ainsi, depuis septembre, une nouvelle formation a vu le jour en Wallonie. Son nom : passeurs de métier. Objectif : faire découvrir les différentes facettes du métier de formateur et d’enseignant, notamment à des travailleurs en reconversion et à des demandeurs d’emploi dotés d’une solide expérience pratique. Beaucoup de personnes ont perdu leur emploi à la suite de fermetures d’usines. Et elles peinent à se réinsérer dans le monde de l’entreprise. Ces travailleurs sont pourtant, pour le monde de la formation professionnelle, une source d’expériences qui fait défaut aujourd’hui, conclut Yves Magnan, directeur technique chargé du développement au Forem.

 

Salaires

Les salaires sont très variables et dépendent de l'expérience du formateur. Un formateur travaillant en free-lance facture entre 150 € et 300 € brut par journée de formation. Un formateur travaillant à plein-temps dans un centre de formation gagne entre 1 500 € et 2 300 € net par mois, selon l'ancienneté.

Compétences

La polyvalence, les compétences techniques et pédagogiques ne suffisent plus. D’autres compétences transversales et sociales sont nécessaires : l’appui pédagogique, la capacité de management, l’élaboration de plans et de parcours de formation. De plus en plus individualisée, la pédagogie devient préventive et basée sur une éducation à la citoyenneté.

Perspectives

Dans le secteur public, la demande reste forte. Les dispositifs européens d’accompagnement et de mise à l’emploi des jeunes devraient encore renforcer la demande de formation. À terme, les formateurs peuvent évoluer vers des postes de responsables des programmes ou vers les ressources humaines.

 

« Saisir les besoins du demandeur d’emploi »

Geneviève Galloy est directrice des services aux particuliers au Forem. Avec les agents de terrain, elle développe des outils et méthodes d’accompagnement pour les demandeurs d’emploi. Et… pour les cinq cents conseillers référents qui travaillent au sein du Forem.

Qui accompagne les demandeurs d’emploi ?

À son inscription, le demandeur d’emploi passe un entretien de bilan avec un conseiller, qui sera son référent tout le long de sa recherche d'emploi. Son rôle est de coordonner et de faire la synthèse de tous ses éléments de parcours. Après s’être mis d’accord sur des actions concrètes, le référent assure un suivi dans la durée dont la fréquence et l’intensité varient en fonction de chaque demandeur d’emploi. En moyenne, un conseiller référent est amené à coordonner les parcours de cent soixante demandeurs d’emploi. Ce qui ne signifie pas qu’il est le seul intervenant.

Vous faites face à des publics de plus en plus diversifiés. Quel impact sur les compétences des conseillers ?

Il faut une écoute très active pour pouvoir poser un bon questionnement. Le tout est de pouvoir saisir dans un dialogue les besoins du demandeur d’emploi. Il faut aussi avoir une connaissance du marché de l’emploi et des opérateurs de l’insertion. La plupart des demandeurs d’emploi doivent simplement être mis en contact avec les acteurs du marché. Mais, de plus en plus, nous avons à faire à une population fortement précarisée. C’est pourquoi nous avons des fonctions sociales au Forem, qui prennent la personne en charge.

Le Forem va-t-il étoffer ses équipes pour répondre à ces besoins ?

Nous avons renforcé le nombre de conseillers référents par des repositionnements en interne, mais aussi à travers des embauches externes. C’est un métier difficile à exercer. Mais s’il attire surtout les professionnels de l’insertion et de l’intérim, les profils sont très diversifiés. Le métier séduit aussi les psychologues, les animateurs sociaux, etc. Nous avons mis en place un parcours de formation qui permet d’harmoniser les compétences nécessaires à l’exercice du métier.

 

Le conseil ne s’improvise pas

Il y a de la fierté dans la voix de Frédéric Glorieux. De l’empathie aussi. Depuis sept ans, cet ancien assistant social aide les autres à trouver un emploi. Après une première vie dans un syndicat, Frédéric s’est reconverti en tant que conseiller emploi chez Actiris. Pendant mes trois premières années, je me suis spécialisé dans l’accompagnement des chercheurs d’emploi en entretien individuel. Depuis, j’ai élargi mon champ de fonction. Il anime des réunions collectives, à raison de trois demi-journées par semaine minimum, pendant lesquelles il explique comment fonctionne le marché du travail, l’importance d’entretenir son réseau et les attentes des entreprises. Grâce à mes anciens métiers, j’avais déjà une culture du droit social, des plans d’embauche et de la législation chômage. Mais en tant que conseiller, on n’est pas dans un échange unilatéral, souligne Frédéric. On part des chercheurs d’emploi, de leurs attentes. De collectif, le travail devient ensuite individuel pour cibler et démarcher les entreprises. Je les rencontre au minimum une fois par semaine en tête à tête. On essaie de faire du sur-mesure. Dans mon métier, il faut être très à l’écoute et faire preuve d’empathie. Car souvent, on a à faire à des publics fragilisés qui rencontrent d’autres problématiques comme le surendettement, l’accès au logement, la garde des enfants, note Frédéric Glorieux. Pour coacher efficacement les demandeurs d’emploi et les rendre autonomes dans leurs recherches, le conseiller doit aussi user de pédagogie. Le plus important, c’est le résultat : je dois faire en sorte que leur projet professionnel se réalise.

 

Travailler dans la remise À l’emploi, selon :

Yves Magnan

Directeur technique chargé du développement au Forem

« On cherche surtout des expertises métiers, des gens qui peuvent témoigner de cinq à dix années de pratique. Lors d’un recrutement, on évalue aussi leur potentiel pédagogique. Mais les compétences techniques ne suffisent pas. Dans ce métier, la communication est la clé. Il faut aussi être outillé pour l’interculturalité. Un formateur effectue également tout un travail d’accompagnement. »

Graziella Garafalo

Responsable de la formation du personnel de Bruxelles-Formation

« La pratique du métier a fortement évolué. Il ne suffit plus d’être pédagogue et de transmettre des savoirs, mais il faut se doter de compétences sociales et transversales. Les publics évoluent fortement : certains sont de plus en plus fragilisés et ont des besoins d’accompagnement spécifiques, d’autres ont développé une large maîtrise des outils technologiques. »

Geneviève Galloy

Directrice des services aux particuliers au Forem

« En s'individualisant, le parcours du chercheur d'emploi s'est simplifié et personnalisé. Aujourd'hui, il y a une logique unique d'accompagnement. Le conseiller référent est donc le contact privilégié du chercheur d’emploi. Mais il n’est que la partie visible de l’iceberg. En réalité, il y a une multitude de professionnels qui sont là pour l’aiguiller. »

 

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