Ces sites qui envoient les CV à votre place

Envoyer cinq cents CV en un clic pour la modique somme de 20 € ? C’est ce que propose désormais Sending my CV, une entreprise belge qui permet aux chercheurs d’emploi de se livrer à l’exercice de la candidature spontanée à très large échelle. Une bonne idée ?

Les 610 000 chercheurs d’emploi que compte la Belgique le savent : passer en revue les offres d’embauche exige une bonne humeur à toute épreuve et une confiance en soi inaltérable ! Sous-qualifiés ou hyperqualifiés, les jobs disponibles ne semblent en effet jamais taillés pour le candidat ordinaire et l’on ressort souvent de ce rituel quotidien avec l’impression de n’avoir décidément pas... la tête de l’emploi. Quant aux candidatures spontanées, elles donnent souvent l’impression d’une bouteille à la mer. De quoi décourager les plus tenaces.

Avec son entreprise Sending my CV, Ingrid Van Renterghem entend aujourd’hui inverser la tendance et donner le pouvoir aux chercheurs d’emploi. Aujourd’hui, nous avons Stepstone, Monster ou Références, mais lorsqu’on se penche sur la question, on s’aperçoit que la plupart des annonces émanent de grandes entreprises qui ont encore les moyens de passer par là, analyse la CEO. Par ailleurs, la plupart des employeurs passent par l’intermédiaire d’un bureau d’intérim ou de recrutement. Au final, les chances d’obtenir un entretien et un contrat sont très faibles !

Partant du principe que ce n’est pas parce que les entreprises ne publient pas d’offres qu’elles ne cherchent pas de nouveaux employés ou collaborateurs, Sending my CV propose donc aux chercheurs d’emploi de faire le premier pas. La Belgique est un pays de PME et surtout de « P », des petites entreprises !, commente Ingrid Van Renterghem. Ces entreprises n’ont pas le budget pour placer des annonces. Elles engagent beaucoup par le bouche à oreille et n’entrent pas suffisamment en contact avec ceux qui cherchent... Rappelons en effet qu’en Europe, les PME représentent 67 % des emplois et que la croissance annuelle en termes d’emploi y avoisine les 1 %... contre 0,4 % dans les grandes entreprises.

Une démarche proactive

Le vivier est donc important mais, malgré les possibilités offertes par internet, il reste difficile de lister toutes les PME susceptibles de s’intéresser un jour à notre profil. Damien, 35 ans, est licencié en communication et spécialisé en communication environnementale. Un profil qualifié mais officiant dans un secteur aussi vaste que saturé. Engagé dans une PME de la région namuroise, il aimerait changer d’emploi, mais le temps lui manque pour postuler ailleurs... tout comme les idées de cible. Il a donc testé la plateforme Sending my CV. Première étape : payer 20 € par compte Paypal ou carte de crédit... ou se procurer une carte prépayée en librairie. C’est très simple d’utilisation. J’ai pu choisir plusieurs secteurs d’activité – dans mon cas communication, marketing et publicité – mais aussi sélectionner les entreprises en fonction de la région et de leur taille. J’ai pris soin d’exclure spécifiquement mes anciens employeurs. Je me suis aussi servi du modèle de lettre de motivation qu’il a suffi de personnaliser, explique-t-il. Sending my CV fournit en effet des modèles de lettres en plusieurs langues afin de pouvoir postuler aisément dans un autre pays de l’Union européenne. Le site lui-même est déjà en plusieurs langues : via notre plateforme, quelqu’un en Espagne peut solliciter un job en Belgique et inversement, précise Ingrid Van Renterghem.

Vendredi, Damien a donc, d’un clic, envoyé cinq cents mails, au prix de 0,04 € la candidature. Lundi matin, il avait déjà reçu une vingtaine de réponses. Deux entreprises étaient ouvertement intéressées et proposaient de le rencontrer. La première entreprise travaille dans un secteur qui, en réalité, ne m’intéresse pas vraiment. La deuxième était intéressée par une collaboration... à condition que je sois indépendant, ce qui n’est pas mon cas, commente-t-il. J’ai aussi reçu pas mal de messages d’erreur, fait-il par ailleurs remarquer.

De l’automatisation à la personnalisation

Résultat mitigé donc pour cet envoi qui reste en effet peu personnalisé... Une perte de temps potentielle qui existe aussi du côté de l’employeur, selon Julien Grandjean, coordinateur RH employés/cadres chez Techspace Aero. De manière générale, j’émets une réserve importante quant à ce système que je trouve trop peu ciblé. Il s’agit clairement d’une approche « quantitative » de la recherche d’emploi. Je crains que les chercheurs d’emploi, de par la facilité de postuler à grande échelle, ne s’informent pas correctement sur les entreprises.

Concrètement, cela va se traduire par une arrivée massive de candidatures, dont une partie significative ne correspondra pas aux besoins réels de l’entreprise. La gestion de ces candidatures « inappropriées » va engendrer une perte importante de temps, explique-t-il. Mais pour Ingrid Van Renterghem, les entreprises belges sont globalement très ouvertes à ce type de démarche ! Nous avons fait une étude de marché préalable pour voir comment les entreprises belges réagissent aux candidatures spontanées, explique-t-elle. Nous avions pris le profil d’un homme de 48 ans, cadre supérieur, sans diplôme. Plus de 50 % ont lu son mail et plus de 15 % ont téléchargé son CV. Ce monsieur avait un travail après quatre semaines. Et seulement 0,07 % des entreprises se dont désinscrites afin de ne plus recevoir nos mails, insiste-t-elle.  

Malgré des réponses peu intéressantes pour le moment, Damien semble d’ailleurs enthousiasmé par la formule. J’ai été étonné d’avoir autant de réponses. Cela m’a permis de découvrir quantité de sociétés que je ne connaissais pas. Mercredi, soit cinq jours après l’envoi, Damien recevait d’ailleurs une notification lui signalant que sur les 500 mails, 126 avaient été ouverts par le destinataire. Son CV avait quant à lui été téléchargé 33 fois.

Pour quelqu’un qui cherche un emploi, c’est motivant, commente Ingrid Van Renterghem. Il a aussi la possibilité de recontacter directement les personnes qui semblent intéressées, précise-t-elle encore. Voilà sans doute la manière la plus intelligente d’utiliser cet outil : non pas comme un automate mais, au contraire, comme une aide à la personnalisation de l’offre et de la demande. Dans la même optique, inutile d’utiliser la même lettre type pour vos cinq cents envois. Tentez plutôt de segmenter votre cible et prenez la peine de rédiger au moins trois ou quatre lettres selon le profil de l’entreprise. Vous n’êtes pas non plus obligé d’utiliser tous vos crédits d’un coup : puisque cet outil peut vous faire gagner du temps... prenez-le !

Julie Luong

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