Changer de cap après 40 ans : un métier qui s’apprend ?

Publié : jeudi 13 novembre 2014

Réorienter sa carrière, c’est possible. Mais la motivation ne suffit pas : il faut connaître le marché du travail, élaborer un projet professionnel, bétonner son CV... Un vrai métier. Tel est le bilan de l’opération SOS emploi.

Ce 12 novembre dernier, l’opération SOS emploi, menée en partenariat avec Références, a permis une fois de plus à  de nombreuses personnes de faire le point sur leur recherche d’emploi avec des experts réunis dans les studios de Bel-RTL. Au cours de cette journée, 1 100 personnes ont participé au chat, 200 questions ont été traitées en direct ainsi que quelque 150 appels téléphoniques. Le thème de cette édition : réorienter sa carrière après 40 ans. Trois quarts des questions traitées pendant cette journée concernaient des gens entre 40 et 55 ans qui, soit venaient de perdre leur emploi après vingt-cinq ans, soit cherchaient depuis longtemps sans trouver. Mais nous avons aussi eu des personnes qui en avaient assez de leur travail et avaient envie de se lancer en tant qu’indépendant, explique Gregory Hulstaert, Marketing Manager de Références. Des profils variés à  plus d’un titre  – certains participants étaient détenteurs d’un doctorat, d’autres n’avaient aucun diplôme –, mais qui rencontrent les mêmes difficultés sur le marché du travail... et partagent la même détermination. Il ressort de cette journée que les personnes sont très motivées, très proactives, qu’elles ont souvent déjà  fait un sacré bout de chemin, mais le blocage vient souvent de l’âge, analyse Gregory Hulstaert.

Un marché qui a changé

Car on le sait, malgré l’atout que représente l’expérience, le marché du travail n’échappe pas à  un certain jeunisme. Sans compter que les 40-55 ans n’ont pas toujours conscience des évolutions de ce marché, comme l’explique Sylvie Lejeune, consultante en outplacement et réorientations de carrière chez CVB & Associés : Les personnes qui ont travaillé pendant vingt ans dans la même entreprise sont souvent un peu perdues devant les démarches à  faire. En vingt ans, le marché de l’emploi a complètement changé. Les disponibilités ne sont plus du tout les mêmes. Là  où certains secteurs embauchaient autrefois abondamment, il faut désormais se battre pour décrocher un poste. Et dans cette lutte, beaucoup de chercheurs d’emploi ne sont pas armés.

La persévérance est mère de réussite. Mais si on veut être persévérant, il faut d’abord être performant. Or, la plupart des personnes ont un problème de visibilité par rapport au marché, analyse Jean-Michel Blanchez, job coach chez Trace. Ne fût-ce qu’au niveau du CV. Il faut rappeler que les recruteurs ne passent pas plus de 30 secondes à  une minute pour examiner un CV, rappelle-t-il. Il est donc primordial de mettre en avant les qualités et compétences qui peuvent attirer l’attention de l’employeur au premier coup d’œil. Ceci est d’autant plus vrai lorsque le chercheur d’emploi présente un profil hétéroclite, avec une expérience dans plusieurs métiers. Si on ne devait retenir qu’une règle, ce serait celle-ci : un CV doit toujours contenir un titre reprenant l’intitulé de la fonction convoitée. D’autant qu’aujourd’hui, ce sont parfois des logiciels qui classent les curriculum vitae selon la présence ou non de certains mots-clés !

Chercheur d’emploi : un vrai métier

Les difficultés rencontrées pour décrocher un entretien peuvent aussi être liées à  une mauvaise analyse des cibles. Je dis toujours : vous avez beau être le meilleur plombier du monde, si vous envoyez votre CV dans une boucherie, vous n’aurez pas de réponse, illustre Jean-Michel Blanchez. Or, cette analyse des cibles, notamment grâce à  la recherche d’informations sur internet, prend du temps et peut se révéler relativement complexe. Aujourd’hui, la recherche d’emploi doit être envisagée comme un véritable métier : c’est-à -dire comme quelque chose qui s’apprend. Ce n’est pas une question de motivation ou de volonté : c’est une question de connaissance, insiste le job coach. Une manière d’envisager les choses qui permet aussi de lutter contre le sentiment de dévalorisation et de frustration ressenti par de nombreux chercheurs d’emploi.

Si l’on est dans une impasse, il est donc important de se faire aider : le Forem ou Actiris, les agences d’intérim ou les cabinets spécialisés en outplacement et bilan de carrière peuvent aider à  définir son projet de réorientation et les moyens concrets d’y parvenir. Pour réorienter sa carrière, il faut toujours tenir compte de son expérience précédente. Car se réorienter du tout au tout à  un certain âge n’est pas évident, explique encore Sylvie Lejeune. Sans être radicale, la réorientation demandera parfois de suivre une formation complémentaire. Un investissement à  long terme qui mérite d’être mûrement réfléchi. Le défi est vraiment de restructurer sa recherche d’emploi. Beaucoup de participants à  cette journée sont repartis avec des pistes qu’ils n’avaient pas encore explorées, conclut Jean-Michel Blanchez. Car pour réorienter sa carrière, il faut commencer par adopter un autre point de vue. Et cette capacité, bienheureusement et contrairement à  certains a priori, n’est pas une question d’âge !

Julie Luong

 

 

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