Chantal de Vrieze (Econocom): "La maîtrise des langues reste un must "

Chantal De Vrieze (51 ans), Country Manager Econocom Benelux et EO d'Econocom Financial Services

Chantal De Vrieze est depuis 2011 Country Manager d'Econocom Benelux.  Avant cela, elle était à la tête d'Econocom Belgique et Luxembourg. Econocom est le leader du marché européen en infrastructures B2B-ICT et emploie 3.700 personnes à travers 17 pays. Chantal De vrieze a étudié le droit à l'université de Gand.

Chaque jour de septembre, Références pose dix questions à un CEO belge de renom à propos de sa vision du futur, de son secteur et de sa carrière. Aujourd'hui: Chantal De Vrieze, Country Manager Econocom Benelux et EO d'Econocom Financial Services.

1. Selon vous, quelles sont les cinq fonctions qui ont de l’avenir dans votre secteur? Pourquoi ?

"Notre secteur a besoin d’une grande diversité d’experts des nouvelles technologies, les 'digital experts' comme nous les appelons. S’il faut citer cinq fonctions, ce serait chef de projet, architecte/ingénieur technique, spécialiste du support IT aux professionnels (helpdesk to helpdesk), consultant en optimisation des processus et enfin, des commerciaux capables de cerner les besoins des clients et d'intégrer l'ensemble de nos services . Ce sont toutes des fonctions qui nécessitent une bonne connaissance des besoins spécifiques liés au métier du client, afin de pouvoir proposer des solutions sur mesure. Ce ne sont pas des fonctions que l’on peut automatiser."

2. Quels profils sont les plus adaptés pour exercer ces fonctions ?

"Des profils techniques de type ingénieur qui allient compétences technologiques pointues et bonnes aptitudes communicationnelles ou des profils plus commerciaux qui disposent d’un bon bagage général en plus d’une excellente connaissance de leur marché spécifique. La connaissance des langues (anglais, néerlandais et français) est un must pour tous les profils."

3. Peut-on trouver sur le marché du travail suffisamment de personnes avec ce profil ? Ou y a –t-il pénurie de talents ?

"La fédération technologique Agoria  a estimé le nombre de postes vacants pour des 'digital experts' à environ 9.300 en Belgique. Il est effectivement de plus en plus difficile d’attirer des gens qualifiés vu l’évolution très rapide de notre marché. Les gens doivent accepter de se former en permanence. Plus généralement, le contexte économique toujours difficile n’incite pas les gens à prendre le risque de changer d’employeur. Econocom, grâce à sa notoriété et sa croissance, reçoit heureusement un grand nombre de sollicitations spontanées, ce qui nous aide aussi à trouver les bons profils."

4. L’enseignement belge prépare-t-il assez les étudiants à ces jobs qui ont de l’avenir ?

"La qualité de l'enseignement en Belgique est généralement bonne cependant on accorde encore beaucoup trop d’importance à la théorie au détriment de la pratique... Il serait plus utile d’apprendre aux élèves à se servir intelligemment d’outils informatiques et ce dès les primaires car il y a un trop gros écart entre les études et le monde du travail. Je constate aussi que l’enseignement des langues est trop souvent négligé ou trop peu approfondi."

5. Quelles sont les principales tendances dans votre secteur? Et les défis ?

"Les progrès technologiques, particulièrement en matière d’internet mobile, créent de nouvelles exigences de la part des utilisateurs. Ceux-ci veulent accéder à l’information rapidement, n’importe où, n’importe quand et de n’importe quel 'device'. De plus, les utilisateurs veulent travailler au départ de leurs ‘devices’ propres, ce qui implique que nous devons ‘faire fonctionner’ les applicatifs des entreprises sur une multitude de plateformes, les rendre accessibles à tout moment et ce en toute sécurité. Notre défi : que l'accès à l’information devienne un jeu d'enfant, sans faire de compromis sur la sécurité."

6. Dans votre marché, où se situe le potentiel de croissance ?

"Le boom de l’internet mobile, matérialisé par les ventes exponentielles de tablettes par exemple, est une formidable opportunité. A l’avenir, non seulement les individus pourront se connecter à tout moment à l’internet, mais également toute une série d’objets intelligents seront connectés. En 2020, 20 milliards d'objets seront connectés! L informatique se doit d'être un support au Business et a donc un rôle majeur à jouer dans tous les secteurs, que ce soit l‘industrie, l‘éducation, la  santé, l’aéronautique, etc."

7. Quel projet ou défi votre entreprise doit-elle encore réaliser pour 2020 ?

"Rendre l’informatique toujours plus accessible et simple à utiliser. Notre mission, c’est d’accompagner les clients et les aider à innover sur leurs marchés en leur facilitant l’accès aux nouvelles technologies, y compris celles qui doivent encore venir."

8. Quelle est la plus grande erreur que vous avez faite lors de votre carrière ?

"Dans mon parcours de manager, j’ai toujours mis l’humain en priorité: permettre aux gens de s’épanouir dans les fonctions qui leur conviennent. La bonne personne à la bonne place sera plus performante et plus heureuse. J’ai sans doute fait l’une ou l’autre erreur de casting en croyant qu’une personne pouvait changer. Mais les gens ne changent pas fondamentalement."

9. Selon vous, quelle est la pire conséquence de la période de crise que nous traversons depuis quelques années ?

"Le plus grave serait de noircir le tableau. Il y a certes une stagnation du marché IT, mais également une foule d’opportunités vu l’omniprésence des technologies. En raison de la crise toutefois, les gens hésitent à se lancer dans de gros investissements. Il faut donc être créatif et innovant en offrant des possibilités de paiement plus flexibles, comme la tarification à l’usage (pay per use), etc."

10. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui se lancent sur le marché du travail ?

"Avant tout, formez-vous ! Faites souvent et suffisamment de stages en entreprise et des jobs d'étudiants pendant vos études. On sort toujours grandi de chaque expérience. Je conseille aussi de s’ouvrir au monde, suivez l’actualité car il est essentiel d’acquérir une vue globale, de ne pas se cantonner à son champ d’expertise technique. Il est impératif de cultiver sa culture générale."

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