Chimie et pharma restent (et de loin) les meilleurs payeurs

Pour les spécialistes du monde du recrutement, la présence de l’industrie chimique et pharmaceutique en tête du classement des secteurs offrant les meilleurs salaires (et avec une belle avance sur ses poursuivants) n’est pas vraiment une surprise (voir l’infographie ci-contre).

Le secteur est de fait connu pour être un très bon payeur, rappelle Pascale Schà¼tz, Partner chez Mercuri Urval Belgique. La pharma a toujours bien payé, confirme Yves Storez, Managing Partner de Transearch International. Mais cela tient aussi aux besoins particuliers de compétences du secteur.

Les deux spécialistes tiennent cependant à  nuancer, rappelant d’abord que le secteur n’est pas épargné par la crise. Clairement, tout le secteur n’est pas en croissance, constate Yves Storez. Les sociétés pharma ne font plus de folies, elles paient par rapport à  un marché. Le secteur a été affecté par de nombreuses mesures régulatoires, que ce soit en termes de processus de qualité ou de marketing, note Pascale Schà¼tz. Cela a un coût qui peut, in fine, affecter les packages salariaux.

Du coup, il faut faire la différence entre les secteurs les plus en pointe, comme les biosciences, et la pharma plus classique, qui est sans doute un peu moins dépensière, poursuit Yves Storez. Mais pour les secteurs de pointe, le talent pool est moins important. Et, en conséquence, les salaires (ou packages salariaux) y sont plus attractifs. Ici encore, Pascale Schà¼tz confirme cette analyse. Dans beaucoup de nouveaux business, comme les biotechnologies par exemple, il y a une demande de compétences très pointues : or, les profils très pointus et très rares, ça se paie, dit-elle. Et il ne s’agit pas seulement des compétences techniques, mais aussi du comportement au travail (gestion des équipes et interactions à  distance, gestion de sites différents, etc.). Les ingénieurs restent très demandés. Et ce genre de profils qualifiés, présentant une attitude convenable, ne seront jamais bradés ! 

Cela étant dit, il n’y a pas que les ingénieurs qui profitent de la « prodigalité » sectorielle. À job équivalent, tous les postes en bénéficient, précise Pascale Schà¼tz. Pas forcément sur le salaire, mais plutôt en avantages (assurance groupe, assurance hospitalisation, voiture de société…), où la pharma est historiquement généreuse.

Bernard Padoan

 

Les PME désavantagées par rapport aux multinationales ?

Si le secteur chimie/pharmacie est celui qui paie le mieux, d’autres facteurs entrent en ligne de compte dans la capacité salariale des employeurs. Notamment la taille des entreprises. Les résultats de notre enquête le démontrent : travailler dans une entreprise employant plus de 500 personnes, c’est s’assurer un salaire plus généreux de 16 % en moyenne. Un pourcentage qui décroît en même temps que le nombre de travailleurs.

Gosse entreprise = gros salaire, petite entreprise = petit salaire ? Ce n’est pas si évident, affirme Pascale Schà¼tz, Partner chez Mercuri Urval Belgium. Dans les grandes entreprises, vous pouvez certes avoir des multinationales qui ont l’habitude des salaires londoniens et qui suivent dans leurs filiales. Mais vous pouvez aussi avoir des multinationales qui mettent en avant la force de frappe de leur notoriété : être employé chez elles vous permet d’afficher un beau branding dans votre CV. En contrepartie, le salaire peut y être moins important. Par contre, une PME, même dynamique, aura plus de mal pour attirer un universitaire brillant sur son seul nom : elle devra le payer plus. Souvent, les PME doivent en rajouter une couche en termes d’attractivité.

Les grosses sociétés ont des départements RH qui peuvent proposer des packages salariaux très complets, dans lesquels l’employé peut même faire son choix, ajoute Yves Storez, Managing Partner de Transearch International. Les PME n’ont pas toujours les moyens et l’expertise en interne pour ficeler de tels packages. Pascale Schà¼tz abonde dans ce sens : Il n’y a pas que le salaire : la diversification pour customiser au maximum le package salarial du travailleur, c’est un véritable facteur différenciant. Il faut être costaud en ingénierie RH : c’est très lourd pour une PME. Mais, insiste Yves Storez, il y a des gens qui gagnent très bien leur vie dans les petites et moyennes entreprises : il y a notamment une flexibilité accrue en termes de bonus et de salaire variable.

Un autre élément déterminant, c’est la nationalité de la société. Les entreprises américaines, allemandes ou encore britanniques paient à  peu près 10 % de mieux que leurs concurrentes belges. Les entreprises américaines ont une culture du résultat, épingle Yves Storez. Vous êtes payé plus, mais vous prenez plus de risques ! La performance est mieux payée. C’est culturel, détaille Pascale Schà¼tz. Il y a une habitude anglo-saxonne d’un élitisme professionnel, et donc d’un élitisme salarial. Même si la fiscalité belge n’est pas favorable, les multinationales restent au-dessus de la mêlée. Mais c’est assorti d’une pression : il y a une plus grande exigence sur la performance à  délivrer. Cela conditionne le profil des candidats : il faut être prêt à  travailler dans ces conditions. Cela ne veut pas dire que les sociétés belges sont plus cool, mais il y a davantage de patience : on investit davantage sur le long terme. Dans les multinationales, on paie plus, mais on veut du return tout de suite.

La conclusion de  l’enquête est-elle : Si vous voulez gagner plus, vous devez travailler dans une société pharmaceutique de plus de 500 personnes installées à  Bruxelles ? Si vous ne pensez qu’au salaire, oui clairement, répond Yves Storez. Mais c’est un peu simple. Pour les jeunes talents, ce sont des directions intéressantes. Mais pour quelqu’un qui a 40 ans, en plein pic de carrière, passer dans la pharma simplement dans l’idée de gagner plus, c’est plus complexe. Si c’est juste pour l’argent, ça n’en vaut pas la peine. Le contenu du job et la culture de l’entreprise sont déterminants dans une décision, je le vois tous les jours. Le salaire, ou plus exactement le package salarial, je ne le place qu’en troisième position des éléments-clés pour postuler à  un emploi.

BP

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