Choisir ses études en se posant... les bonnes questions

Publié : lundi 15 février 2016 Par

L'une, Anne Verriest, est psychologie d'orientation et responsable « information et orientation » au Pôle académique de Bruxelles. L'autre, Michèle Devillez-Nisol, est psychologue clinicienne au service d'aide à la réussite de la Haute École Francisco Ferrer. L'une et l'autre, sensibilisées à la complexité du choix des études pour les jeunes, qui parfois vivent cet épisode comme une cause d'angoisse, viennent de rédiger un ouvrage très pratique intitulé « Choisir ses études supérieures en Belgique francophone ». Et ce, afin de les aider à se poser les bonnes questions tout les accompagnant pour qu'ils trouvent les meilleures réponses.

Michèle Devillez-Nisol, quel regard portez-vous sur les choix auxquels sont confrontés les jeunes aujourd'hui ? Sont-ils plus complexes qu'avant ?

Je ne suis pas la seule à en être persuadée. Le choix des études suscite chez de nombreux jeunes aujourd'hui un stress important, voire une réelle angoisse. Les raisons en sont sans doute multiples mais on peut à tout le moins y voir l'effet d'une crise qui perdure depuis plusieurs années : le discours ambiant privilégie très nettement l'importance du diplôme en tant que sésame indispensable pour obtenir un emploi. Pas n'importe quel diplôme en réalité : essentiellement celui qui sera obtenu à l'issue d'un cycle en études supérieures. Les jeunes sont confrontés à une forme de prescrit social, que ce soit par le biais des médias, de leurs propres recherches mais aussi bien évidemment par le biais de leurs proches. Certains sont angoissés par le seul souci de ne pas décevoir les attentes, les espoirs de leurs parents.

Regrettez-vous l'emprise croissante d'une vision « utilitariste » des études ?

A de rares exceptions près, il est très compliqué de garantir à un jeune que telles études mèneront indubitablement à tel emploi : la réalité est beaucoup plus subtile, faisant intervenir le parcours de l'individu, sa personnalité, ses attentes, son environnement, entre autres. Personne n'est figé dans son diplôme, et c'est heureux comme cela. On voit des personnes s'épanouir au travail bien qu'étant porteuses d'un diplôme menant soit-disant à une filière bouchée, et d'autres ne pas trouver, ou très difficilement, en dépit d'un diplôme jugé très porteur. Privilégier ce lien direct entre le diplôme et l'emploi fait fi de ce que les études en tant que telles apportent au jeune, ne serait-ce qu'une ouverture au monde ou une méthodologie d'apprentissage par exemple. Décourager un jeune d'entreprendre des études d'archéologie au seul motif que les débouchés sont à priori peu nombreux me semble à tout le moins rédducteur.

Le choix n'est pas aussi plus complexe en raison de l'abondance et de la diversité de l'offre ?

La démocratisation de l'enseignement supérieur, où l'offre est effectivement très vaste, a incontestablement rendu l'accès à de telles études plus facile. Pour le jeune, cela contribue à multiplier les possibles mais aussi bien évidemment à renforcer le stress relatif au choix. C'est d'autant plus vrai que l'information est abondante, très facile d'accès, mais pas toujours facile à décoder : les institutions communiquent sur les études qu'elles proposent, les fédérations professionnelles et les entreprises sur leurs besoins, et il n'est pas évident pour un jeune qui n'a pas la chance d'être préalablement porté par un projet fort (« je veux devenir vétérinaire », par exemple) d'élaborer une grille d'analyse lui permettant de décoder tout cela.

Cette grille d'analyse, c'est précisément ce que votre livre propose...

L’idée qui a présidé à la rédaction de ce livre avec Anne Verriest, c'est d'inviter le jeune à tracer un portrait de ses intérêts, de ses désirs, de ses moteurs, de l'aider à dessiner les contours du monde des études qui le concerne, pour enfin faire le point sur ce qu'il appris et ce qu'il veut en faire. Il peut prendre ce livre par n'importe quel bout, y picorer ce que bon lui semble, à son rythme et en autonomie. Bref, il s'agit de l'aider à baliser sa réflexion, de lui proposer des repères pour créer un choix qui soit propre à ses rêves et à sa réalité.

Vous dites : dans l'absolu, il n'y a pas de bon choix...

On ne peut être certain d'avoir fait le « bon choix » qu'après coup, parfois après plusieurs année en faisant un premier bilan. Il ne saurait d'ailleurs en être autrement : un choix qui semblait clair et évident à 17 ans peut subitement sembler beaucoup moins pertinent à la suite d'une rencontre, d'une expérience nouvelle qui ouvre d'autres horizons. Il n'est donc pas interdit de penser que ce livre puisse servir plusieurs fois, étant donné que les questions qu'on se pose à un moment devront peut-être céder la place à d'autres quelques mois plus tard...

Le choix posé, ne faut-il pas l'assumer ?

Bien évidemment. Il s'agit d'une question fondamentale qu'il faut se poser en temps opportun. Les études qu'on envisage d'entreprendre sont-elles conciliables avec les multiples autres activités qu'on mène par ailleurs par exemple ? Est-on prêt, sinon, à laisser certaines de ces dernières de côté afin d'assumer son choix  et de se donner les moyens de le transformer en succès ? Tout cela fait partie intégrante de la réflexion. Il est important de réfléchir sur soi, sur ce qui existe, mais aussi sur les moyens de concilier tout cela.

Le taux d'échecs en première année d'études supérieure est très important. A quoi l'attribuez-vous ?

Tel que je peux en faire le constat dans le cadre de ma pratique de psychologue clinicienne, les causes sont multiples. Simplement édicter que l'échec est la conséquence d'un mauvais choix posé à un moment précis est trop simple : des étudiants peuvent se rendre après quelques mois qu'ils n'ont pas la bonne méthode de travail, que les stages ne leur conviennent pas, qu'ils ne bénéficient pas des conditions les plus adéquates en raison d'un cadre familial perturbé, entre autres. De multiples efforts ont été entrepris par les institutions d'enseignement pour les accompagner dans le cadre de leurs études, pour les aider à acquérir une bonne méthode de travail par exemple. Mais il n'en reste pas moins vrai que les problèmes de santé mentale, on peut parfois évoquer une détresse, sont très présents dans la population des étudiants...

(*) Choisir ses études supérieures en Belgique francophone. Rêver, construire, agir : une question d'orientation. Par Michèle Devillez-Nisol et Anne Verriest. Editions EdiPro. 213 pages. 27 euros.

Retour à la liste