Christian Salez (Delvaux): "Le marché belge de la mode ne joue pas dans la cour des grands"

Christian Salez (46 ans), CEO de Delvaux

Christian Salez était le ceo de Delvaux, Maison Belge qu'il a quitté cet été pour préparer un nouveau projet. Sous sa direction la marque s'est repositionné et a renoué avec les bénéfices. Avant Delvaux, il a travaillé pendant plus d'une décennie dans la publicité (comme ceo de TBWA) et pendant une décennie en temps que membre de direction dans l'industrie, chez BPost et Vincotte. Il est administrateur de la Fondation du musée de la mode d'Anvers et de la Fondation pour la Bande Dessinée et membre de direction de la FEB.

Chaque jour de septembre, Références pose dix questions à un CEO belge de renom à propos de sa vision du futur, de son secteur et de sa carrière. Aujourd'hui: Christian Salez, ex-CEO de Delvaux.

1. Selon vous, quels sont les cinq fonctions qui ont de l’avenir dans votre secteur? Pourquoi ?

"Les créateurs au sens propre du terme, ceux qui font réellement la différence.
Les gestionnaires des métiers créatifs et des créateurs.
Les responsables de production qui comprennent le luxe et l'artisanat.
Les développeurs commerciaux bien introduits dans les marchés émergeants, dont l'Asie en priorité.
Les responsables des ressources humaines qui parviennent à dénicher et motiver tout ce beau monde.
Plus que d’autres, notre secteur est mondial. La compétition et les comparaisons sont donc aussi de cet ordre, pas question donc de ne pas viser l'excellence."

2. Quels profils sont les plus adaptés pour exercer ces fonctions ?

"Les personnes munies d'une bonne dose de fonctionnement des deux cerveaux, car le rationnel et l'émotionnel sont contraints à être en équilibre parfait."

3. Peut-on trouver sur le marché du travail suffisamment de personnes avec ce profil ? Ou y a –t-il pénurie de talents ?

"Le marché belge ne joue pas dans la cour des grands dans ce secteur. Il devra donc être fortement remué pour que le vivier reste intéressant. C'est une question politique, de mentalité et de formation."

4. L’enseignement belge prépare-t-il assez les étudiants à ces jobs qui ont de l’avenir ?

"L'académie d'Anvers est la référence, suivie par la Cambre. Mais sur le plan de la gestion du business créatif, de la production, c'est le No man’s Land."

5. Quelles sont les principales tendances dans votre secteur? Et les défis ?

"Outre la globalisation, le seul marché en croissance étant l'Asie, la distribution évolue vers les deux extrémités : les magasins unimarques ou les 'grandes surfaces' multimarques. Pas trop propice à la créativité, car uniquement axé sur les volumes et le prix. Il s'agira d'essayer de développer de nouveaux concepts. Surtout que dans ce monde changeant avec enfin de nouvelles valeurs et responsabilités, le luxe et la mode restent un peu à la traîne."

6. Dans votre marché, où se situe le potentiel de croissance ?

"Au niveau géographique, incontestablement en Asie. Mais pour cela il faudra passer par des marchés stratégiques comme Paris, Londres et NY pour se bâtir une crédibilité. Avec Delvaux nous sommes bénis d'un produit unique, à tous niveaux. Il s'agit maintenant de faire connaître ce savoir faire."

7. Quel projet ou défi votre entreprise doit-elle encore réaliser pour 2020 ?

"Je laisse à d'autres le soin de réfléchir à 2020 (Marco Probst reprend les rênes de Delvaux en septembre, NDLR). Notre ambition se porte sur une première vue jusqu'à 2016, et d'ici là il faut tenter d’être une marque de luxe reconnue au niveau international."

8. Quelle est la plus grande erreur que vous avez faite lors de votre carrière ?

"J’ai parfois octroyé trop de confiance, j’ai trop responsabilisé mon entourage, j’ai eu trop d'attentes. Cette erreur se fera encore, car elle fait partie de la mécanique."

9. Selon vous, quel est la pire conséquence de la période de crise que nous traversons depuis quelques années ?

"Dans le cas de Delvaux, la crise a été bénéfique car le début de la crise a sonné le glas de la période luxe bling-bling, la fin des marques ostentatoires avec de grands logos. Retour au vrai luxe, à la discrétion, aux belles matières, au travail artisanal… Les valeurs de Delvaux."

10. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui se lancent sur le marché du travail ?

 "Good is not enough".

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