Christie Morreale : « L’accompagnement des demandeurs d’emploi sera plus adapté au profil de chacun »

Date de publication: 22 nov. 2021

Christie Morreale

La réforme est actée. Son objectif  : recentrer l’effort de coaching du Forem sur celles et ceux qui en ont le plus besoin, qui sont le plus éloignés du marché, tout en fluidifiant le service pour celles et ceux qui sont plus autonomes.

C’était un des gros chantiers à l’agenda de la Wallonie  : réformer l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Autrement dit  : réformer la manière dont le Forem appréhendait cette mission. Le cadre est désormais fixé, ainsi que nous l’explique Christie Morreale, vice-présente du gouvernement wallon, en charge de l’Emploi et de la Formation.

Mieux accompagner les chercheurs d’emploi  : une réforme d’autant plus indispensable que l’enseignement a failli, en amont  ?

A l’évidence, le Forem et ses partenaires doivent déployer des efforts d’autant plus importants que les chercheurs d’emploi sont éloignés du marché du travail. Or, 46  % des 194.000 demandeurs d’emploi inoccupés en mai dernier étaient peu ou faiblement qualifiés (diplômés au plus de l’enseignement secondaire du 2ème degré) et 42  % étaient inoccupés depuis deux ans et plus. C’est objectivement compliqué de remettre à l’emploi des personnes qui se sont retrouvées en situation d’échec ou en rupture de parcours pendant plusieurs années. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se décourager, que du contraire, comme en témoigne la réforme actuelle.

Dont les grands axes sont  ?

Nous allons, d’une part, rendre beaucoup plus efficace et plus fin le screening des demandeurs d’emploi, afin de mieux répondre aux besoins exprimés à la fois par ces derniers et par les employeurs, ce qui passera notamment par un gros effort sur le plan de la digitalisation. Cela nous permettra, d’autre part, de mieux identifier les demandeurs d’emploi qui sont en situation d’agir de manière relativement autonome et ceux qui ont objectivement besoin d’un accompagnement plus concret, plus soutenu, pour lesquels nous allons libérer davantage de temps et de moyens.

Quels résultats en attendez-vous  ?

Nous sommes pour l’instant dans le cadre d’une réforme qui indique les principes directeurs, ce qui est indispensable. Mais il faudra un peu de temps pour mettre tout cela en pratique. Les investissements, tant le plus humain (la formation – NDLR) que technologique (la digitalisation – NDLR), sont très importants. Il faudra probablement deux ans au Forem pour être en rythme de croisière. Du reste, l’objectif n’est pas d’aligner des chiffres, mais de s’inscrire dans une démarche qualitative, dont les résultats seront indubitablement positifs. La récente mission royale au Danemark, où une telle approche est appliquée de manière structurelle, était très instructive de ce point de vue.

Améliorer le «  screening  » des candidats  : une demande des employeurs  ?

L’objectivation des compétences répond certes à une demande des employeurs, qui nous disent parfois que les candidats que le Forem leur propose n’ont pas les compétences requises pour exercer la fonction. Mais il y a bien évidemment aussi, et surtout, un gain pour le demandeur d’emploi, car à la suite de cette objectivation des compétences viendra une proposition pertinente d’orientation et de parcours de formation afin de lui permettre d’atteindre les exigences requises par les recruteurs. Y compris d’ailleurs sur le plan des «  soft skills  » qui sont elles aussi importantes quand on est resté longtemps éloigné de l’emploi.

Un «  accompagnement plus intensif  », qu’est-ce que cela signifie  ?

Le demandeur d’emploi qui a besoin d’un accompagnement plus soutenu, avec des rendez-vous en présentiel, se verra attribuer un conseiller de référence qui fera le point avec lui sur ses compétences, ses attentes, le caractère réaliste de celles-ci, le parcours de formation à entreprendre, dans une véritable démarche de soutien, de coaching. Un seul interlocuteur et un seul dossier, cela permettra un accompagnement plus efficace et sans perte d’information pendant le parcours – ce qui était parfois frustrant, voire décourageant pour la personne concernée. Cela permettra aussi de fluidifier les relations entre le Forem et les divers partenaires d’insertion professionnelle, au bénéfice toujours du demandeur d’emploi.

Le Forem est aussi responsable du contrôle du respect de ses obligations par le demandeur d’emploi. Ce volet-là est-il aussi réformé  ?

Le contrôle demeure, mais le conseiller de référence effectuera en quelque sorte un travail en amont, en évaluant, dans le cadre de son coaching, le respect par le chômeur de ses obligations, en particulier la manière dont il s’inscrit dans son plan d’action. Si tout se déroule comme prévu, il n’y aura objectivement plus besoin de contrôle au sens strict, ce qui permettra d’éviter ces situations absurdes qui voyaient des personnes être convoquées alors qu’elles étaient accompagnées. Des situations qui, d’ailleurs, généraient autant de pertes de temps au Forem que de signaux contradictoires envoyés au demandeur d’emploi. Mais s’il apparaît que la personne n’est pas dans une démarche de recherche ou est de mauvaise foi, le contrôle, bien entendu, s’imposera.

Dans une optique d’optimalisation, ne faudrait-il pas fusionner le Forem et les divers opérateurs publics d’insertion ou de formation  ?

La réforme s’attache à renforcer la collaboration entre le Forem et les opérateurs d’insertion, en ayant le demandeur d’emploi au centre des préoccupations dans le cadre de leurs missions de service public. Il y avait parfois des craintes entre ces acteurs, qui étaient contre-productives, et il fallait corriger cela. Ceci étant, chacun doit conserver ses spécificités, l’action du secteur associatif fait sens, et je n’envisage donc aucune grande fusion.