Combien gagne un écrivain ?

Derrière les droits d'auteur mirifiques d'un Marc Lévy, qui pèse 80,6 millions d’euros, Anna Gavalda (50,3 millions) ou Fred Vargas (33,6 millions d’euros) et les confortables « à valoir » (avance sur les ventes) d'une poignée d'auteurs « bankable », se cache la réalité souvent précaire du métier d'écrivain.

En réalité, la littérature ne nourrit pas souvent son homme. Si aucune étude ne recense le nombre d’auteurs en Belgique et leurs revenus, ils ne seraient qu’une vingtaine à vivre réellement de leurs œuvres. Rien de nouveau : Maupassant était bien journaliste au Gaulois, Chateaubriand secrétaire d'ambassade et Malarmé professeur d'anglais.

Plusieurs jobs pour survivre

Les monomaniaques qui se font un sang d'encre pour vivre de leur clavier cumulent des jobs paralittéraires : lecture publique, atelier d'écriture, chroniques dans la presse, intervention en milieu scolaire...

D’autres, et non des moindres, ne survivent que grâce à des petits boulots. Les plus chanceux cèdent leurs droits d'adaptation cinématographique (50/50 avec l'éditeur) ou obtiennent auprès des collectivités le statut d' « écrivain en résidence ». Installés six mois dans la maison d'un auteur célèbre, ils arrivent à toucher jusqu'à 1600€ mensuels pour produire leur œuvre.

Droits d’auteur

Ce sont les droits que lui rapportent les ventes de son livre. A chaque fois qu’il s’en vend un exemplaire, l'auteur touche un certain pourcentage, fixé par contrat, de son prix hors taxe. Ce pourcentage varie d’un éditeur à l’autre. En théorie, il est de 10% pour un roman, de 5% pour un beau livre, nettement plus onéreux.

Une maison financièrement respectable ne descendra pas au-dessous du seuil de 8% de droits d’auteur alors qu’un petit éditeur, sous prétexte qu’il est petit justement et n’a donc pas beaucoup d’argent, peut dégringoler à 3%, voire moins. Le code de bonne conduite éditoriale veut aussi que les droits augmentent avec les ventes : l'auteur perçoit entre 8% et 10% jusqu’à 10 000 à 15 000 exemplaires vendus, puis 12%, puis 14%.

L’auteur devra patienter avant de pouvoir toucher ses droits : ils ne lui seront versés que six mois après la clôture de l’exercice de l’année au cours de laquelle il a publié son livre. Si celui-ci est sorti en janvier 2010 par exemple, il lui faudra attendre juin 2011, au plus tôt, pour recevoir son chèque.

Les éditeurs traînent beaucoup des pieds quand il s’agit de payer et il n’est pas rare de devoir leur réclamer son dû. En proportion, on peut dire que la vente d'un livre peut rapporter jusqu'à 3 mois de salaire alors qu'il faut en moyenne une année pour écrire un livre.

L'à-valoir

Pour tenir financièrement le temps de toucher ses droits, l’auteur ne peut compter que sur ses réserves, ou sur un revenu annexe. Les bonnes maisons d’édition filent un petit coup de main en lui versant un à-valoir, une petite somme dont la moitié est remise lors de la signature du contrat, le reste lors de la livraison du manuscrit.

Attention, l’à-valoir n’est pas une subvention mais une avance sur les droits d’auteur, et l’éditeur la déduira de ces derniers au moment de les régler.

L'à valoir, une fois versé, est considéré comme acquis, il appartient définitivement à l’auteur ; l’éditeur ne peut pas lui en réclamer le remboursement si les ventes ne décollent pas et ne couvrent pas la somme qu’il a du débourser. Il en sera alors de sa poche, et c’est pourquoi les petites maisons d’éditions, économiquement fragiles, font généralement l’impasse sur l’à-valoir.

Entre l’à-valoir et les ventes de son livre, l’auteur n’est même pas sûr, en définitive, de toucher le moindre euro de droits. Admettons que son livre soit vendu 20 euros HT ; s’il a reçu 2 000 euros d’avance, il doit dépasser les 1 000 exemplaires vendus avant de commence à engranger des sous.

Or, 1 000 exemplaires est aujourd’hui tout ce que peut espérer un premier roman…

Vivre de sa plume

Ce n’est pas impossible, à condition de publier régulièrement, une fois par an, des livres dont il s’écoulera à coup sûr au moins 10 000 exemplaires. Et d'avoir un éditeur compréhensif, dont les généreux à-valoir compenseront les mois de disette entre deux chèques de droits d’auteurs.

Mais qui, aujourd’hui, peut être certain que son livre sera vendu à 10 000 exemplaires, ce qui est considéré comme un joli succès ? Le tirage moyen d’un livre est de moins de 8 000 exemplaires. Si on met de coté les best-sellers qui se vendent à des centaines de milliers d’exemplaires, le gros du peloton livre s’écoule entre 500 et 2000 exemplaires.

Aucun auteur, même le plus célèbre, le plus riche et le plus reconnu ne peut être assuré de vendre son prochain opus aussi bien que le précédent.

Ecrivain à tirage moyen A partir de 7800 exemplaires.
Droits d'auteur 8 à 14%
Prix du livre moyen 15€
Revenu annuel Environ 11 500 €
   
Ecrivain (très petit tirage) Entre 300 et 700 exemplaires
Droits d'auteur 4 à 10%
Prix moyen du livre 15€
Revenu annuel Entre 450 et 1050€


Texte: Rafal Naczyk

Retour à la liste