Combien gagne un agent de joueur de foot ?

Publié : mardi 21 juin 2016

Agent de joueurs de foot, un métier peu connu sur le marché de l'emploi.
 
Nom: Nenad Petrovic
Âge: 50 ans
Fonction: agent de joueurs et de coachs
Il exerce ce métier depuis 2000.
Sur son CV, figurent des noms tels que Leekens, Gerets, Milovan Rajevac, Aleksander Ilic...
Il travaille beaucoup en collaboration avec les pays du Moyen-Orient.
Bertrand Crasson va sous peu rejoindre son team.

Nenad Petrovic occupe une telle fonction depuis 10 ans sur le marché belge et étranger. Il nous parle de son métier sans langue de bois dans un milieu où les requins fréquentent des piranhas...

"La bulle immobilière a explosé tout comme la bulle financière... La bulle football s'est simplement dégonflée. Cela signifie qu'il y a encore de l'activité mais que les clubs sont dans une perspective où ils fuient le moindre risque et dégraissent sérieusement leur effectif" explique Nenad Petrovic. Il plante ainsi le décors de ce secteur d'activité.

Nous avons contacté l'agent de joueur (devenu principalement agent de coach) en pleine période de mercato d'été. Le point sur ce métier en sa compagnie.

Finalement, c'est quoi être agent de joueur?

"Vous pouvez comparer cette fonction à  celle d'un impresario. A moi de décrocher le meilleur contrat possible pour un joueur en fonction de ses qualités et du marché. A moi également de bien conseiller ce joueur en disant parfois non à  certaines propositions alléchantes. Prenons l'exemple du jeune Corentin Fiore (capitaine des Diables Rouges de moins de 16 ans) qui fut récemment courtisé par Liverpool et Newcastle. En accord avec ses parents, nous avons conclu qu'il n'était pas encore assez mature pour ce changement. Et je peux vous assurer qu'il y a une planète de différence entre un contrat aspirant chez nous et un contrat semi-pro en Angleterre..."

Vous accompagnez un joueur durant toute sa carrière ?

"C'était le cas avant. Mais aujourd'hui, force est de constater que joueurs comme agents cherchent à  réaliser les plus belles opérations financières le plus rapidement possible. Dès lors, le schéma de carrière est relégué au second plan. Un contrat n'a plus beaucoup de valeur surtout lorsque les différentes régions du royaume vous imposent d'ajouter une clause libératoire au contrat avec un joueur sur simple envoi d'une lettre recommandée... Vous pouvez donc vous investir des années pour un jeune joueur qui a l'opportunité de vous quitter du jour eu lendemain sans la moindre compensation."

Comment s'exerce cette fonction en Belgique?

"La plupart des agents sont indépendants et dirigent une société de management. Les licences accordées par l'Union belge via la Fifa sont cependant toujours liée à  une personne physique et non morale. Nous devons donc être officiellement agréés par la Fifa. En ce qui me concerne, je suis organisé en société et je travaille avec un certain nombre de collaborateurs dont le plus connu est assurément Bertrand Crasson. En Belgique, on dénombre près de 80 agents sur le marché."

Quels sont les points positifs du métier?

"Tout d'abord, on organise son temps de travail librement. Si vous avez fondé une famille, ce qui est mon cas, vous pouvez privilégier cette partie de votre vie durant une certaine période de l'année. Ensuite, si vous travaillez bien, cela vous permet de bien gagner votre vie. Enfin, c'est un métier de contacts humains. Vous rencontrez des gens de races, langues et cultures différentes. Indéniablement, c'est une expérience enrichissante.

Quels sont les aspects un peu plus négatifs du métier?

"Il faut être conscient du fait de baigner dans un milieu où l'argent règne en maître, les règles éthiques sont absentes et où tous les coups sont permis... De plus, il peut aussi y avoir une certaine insécurité au niveau des rentrées financières. Un agent peut passer des mois sans rien apercevoir sur son compte en banque !"

Justement, au niveau salaire, comment êtes-vous rétribués?

"C'est très simple. En règle générale, l'agent prend sous forme de commissions entre 5 et 10% du salaire annuel brut du joueur qu'il représente. Cette somme est versée par le club. Donc, si un joueur a négocié un salaire de 100.000 €, l'agent touchera entre 5000 et 10.000€ par an et par joueur. A côté de cela, il y a aussi tout ce qui concerne les mouvements de transferts. Que gagne l'agent sur un transfert? La moyenne tourne autour des 7%. Les gros transferts à  la Cristiano Ronaldo hyper médiatisés n'ont aucun rapport avec les montants des transferts en Belgique. Néanmoins, pour l'agent, c'est aussi une façon d'assurer des rentrées financières intéressantes. "

Quelles formations ou parcours peuvent mener à  ce métier?

"Il y a un peu de tout dans notre confrérie. On remarque qu'il y a un gros pourcentage d'anciens joueurs pro. Le meilleur exemple est Didier Frenay qui est un très grand agent en Belgique. Personnellement, j'ai fais mes candidatures en droit et ma licence en journalisme. Vous n'avez pas besoin d'un diplôme universitaire pour exercer ce métier selon moi."

Quelles sont les qualités requises dès lors?

"Il faut être malin, rapide, prendre des décisions directes... Si l'agent parle plusieurs langues, c'est également un atout. Enfin, je dirais qu'il faut posséder une fameuse force de caractère. Les échecs sont réguliers et les détracteurs omniprésents...

Est-ce un job pour les débutants?

"Pourquoi pas... Mais, il faudra montrer du caractère et posséder une assise financière suffisante pour pouvoir passer parfois des mois sans réaliser une affaire. Dans notre métier, surtout si vous travaillez au niveau international comme moi, ce sont les frais qui peuvent paraître effrayants. Vous pouvez imaginer votre note pour une semaine de travail au Quatar: billets d'avion, chambre d'hôtels, déplacements... Ma facture annuelle de gsm s'élève par exemple à 15.000€ !"
 

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