Combiner deux fonctions à la fois

Alors que les entreprises persistent et signent dans la rationalisation des coûts, les cadres supérieurs sont de plus en plus sollicités pour assumer une double fonction. Une opportunité de carrière ou un aller simple pour le burn-out ?

La double casquette en vogue depuis la crise

On ne vous apprend rien : depuis le début de la crise, les grandes entreprises ont dû revoir leur mode organisationnel. Les départs d’employés, volontaires ou non, débouchent aujourd’hui rarement sur des engagements. Les postes sont alors supprimés ou, lorsqu’il s’agit de postes à responsabilité, « fusionnés ». Des collaborateurs internes peuvent alors être sollicités pour endosser une nouvelle fonction, en plus de leur fonction initiale. Une « promotion » sur fond de crise, qui explique pourquoi de nombreux managers portent aujourd’hui la double casquette. La tendance existe depuis le début de la crise et s’est encore confirmée avec une année 2012 particulièrement difficile pour les sociétés, où celles-ci sont reparties dans des exercices de simplification de leur structure, d’économies d’échelle, de réorganisation, commente Olivier Top, Associate Director responsable de l’entité Page Executive au sein du cabinet de recrutement Michael Page.

Une tendance lourde

Parfois perçue comme une parenthèse, la double fonction joue souvent les prolongations. Cette double fonction s’installe souvent sur le moyen à long terme, dans le cadre d’une nouvelle organisation qui correspond à une volonté de simplifier durablement la structure, d’ajouter des responsabilités à la personne. Le salaire brut pourra alors être adapté. Dans certaines circonstances, ce type de double mandat est confié ad interim, le temps de rechercher un nouveau profil. C’est généralement expliqué en toute transparence. La valorisation salariale intervient alors plutôt sous forme de bonus ou de primes. Troisième cas de figure : la deuxième fonction est appelée à devenir votre poste principal, le temps que l’entreprise vous trouve un successeur. Il s’agit alors bel et bien d’un avancement, même si les mois de transition peuvent être difficiles à vivre en ce qui concerne la charge de travail.

Éric, 46 ans, est responsable des ventes dans l’industrie agroalimentaire. En 2012, on lui a proposé de prendre la tête du département marketing... en plus de sa fonction initiale. J’ai dit oui le jour même, raconte-t-il. C’est une proposition qui ne se refuse pas. Ce n’est peut-être pas une promotion pure et dure, mais je le vis comme un avancement. C’est une responsabilité qui n’est pas du tout anecdotique pour mon CV... Même si personne n’ignore le contexte qui préside à la situation, le cumul de fonctions est perçu par la plupart des cadres comme une marque de reconnaissance. Je pense qu’on est dans des situations gagnant-gagnant. C’est la chance de s’exposer à d’autres niveaux de responsabilité et, si la mission est réussie, d’accéder par la suite à une autre fonction dans l’organisation ou même en dehors de la structure, commente Olivier Top.

Sophie, 39 ans, est responsable de la communication pour la Belgique dans le secteur du textile. Son discours est plus nuancé : Il y a quelques mois, on m’a demandé de devenir aussi responsable communication pour la France. J’ai accepté parce que c’est le même métier. Ni la langue ni la culture ne sont un obstacle. Je me sentais à la hauteur. Quant à savoir s’il s’agit d’un réel tremplin pour ma carrière... Avant, j’étais certaine de faire mon job parfaitement, car je maîtrisais mon territoire. Aujourd’hui, le risque d’erreurs stratégiques est aussi plus grand. L’avenir nous dira si c’était une bonne idée, conclut-elle.

Négocier les conditions

La double fonction vous pend au nez ? Première chose à méditer : la nature du poste. Les postes proposés restent généralement assez proches de la fonction initiale, commente Olivier Tod. Si tel n’est pas le cas, vous devez pouvoir en parler explicitement avec votre hiérarchie. Un challenge consiste à se fixer des objectifs juste au-dessus de ce que l’on sait faire : pas à soulever des montagnes. Méfiez-vous donc de votre ego naturellement flatté par la proposition. Si la jonction entre les deux postes est trop difficile à mener, il y a aussi un risque de ne pas pouvoir mener à bien la mission, avec un constat d’échec et donc un départ négocié ou volontaire de la personne, met en garde Olivier Top.

Vous vous sentez presque à la hauteur ? C’est bon signe. Il vous reste alors à négocier les moyens qui seront mis à votre disposition. Assurez-vous que vous serez bien secondé, sur l’une et l’autre fonction. Un bon bras droit est souvent gage de réussite. Essayez également d’évaluer de façon réaliste ce que cette double fonction pourrait vous apporter à long terme, tant en termes d’avancement que de salaire. Enfin, si l’on vous propose une double fonction alors que vous n’avez pas à proprement parler un poste à responsabilité, soyez vigilant. Lorsqu’on se situe à un niveau plus opérationnel, il est en effet beaucoup plus difficile de déléguer. La double fonction risque alors de se transformer rapidement en triple journée... Là encore, méfiez-vous du renard flatteur et jouez cartes sur table. Un travailleur qui connaît ses limites reste pour l’entreprise un employé fiable. Même en temps de crise.

Julie Luong

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