Comment l'e-santé va changer les métiers de l’hôpital

Dossiers médicaux, applis, soins virtuels... Le business de la numérisation du secteur médical est en plein boom. Les nouvelles technologies hospitalières, centrées sur le patient, drainent de nouveaux métiers. Mais redessinent aussi les compétences des médecins et des infirmières.

Amélioration des soins, réduction des dépenses de santé et création de valeur, avec la possibilité de générer une filière d'excellence. Les promesses de l’e-santé sont nombreuses. En Belgique, on recense 120 entreprises actives dans ce secteur. Parmi lesquelles de grands noms comme Agfa-Gevaert, Siemens, Philips, HP, IBM, Intersystems. D’aucunes détiennent une position de leader non seulement pour l'imagerie médicale, une des spécialités belges, mais aussi pour les logiciels et le hardware informatique dans les soins de santé. En Belgique, l’expertise se concentre sur les systèmes d’information hospitaliers, l’informatisation des médecins libéraux, des structures médico-sociales et des unités de consultations et de soins ambulatoires, observe Carole Absil, Business Development Manager, auprès de la cellule eHealth d'Agoria. 

Au centre de l’e-santé se trouve le dossier médical électronique, que tous les États occidentaux tentent de mettre en place. Un des premiers développements en Belgique concerne la plate-forme fédérale eHealth. Son but : simplifier l’administration, réduire les coûts de gestion des hôpitaux et rendre les prescriptions médicales obsolètes. C'est le concept du Big Data appliqué à l'hôpital, explique Carole Absil. Alimenté pour l'instant de façon manuelle par les médecins, le dossier médical sera bientôt automatiquement enrichi par les systèmes informatiques de l’hôpital : résultats des analyses, séquençage ADN, radios, médicaments prescrits et distribués, paramètres enregistrés au bloc opératoire et en réanimation… Grâce à ce dossier électronique, la médecine hospitalière ne se focalisera plus sur une maladie ou une blessure, mais prendra en compte le malade dans sa globalité : depuis ses antécédents, jusqu'à, un jour peut-être, son code génétique.

Médecins sensibilisés à l’IT

De plus en plus d’entreprises belges se spécialisent dans ce créneau. Notre but est de créer une banque virtuelle de données dans laquelle tous les professionnels de la santé puissent puiser des informations complètes sur leur patient, s'enthousiasme Rudy Simons, CEO de Ciges, une entreprise basée à l'aéropôle de Charleroi. Cela concerne les rapports de sortie, l'imagerie médicale ou encore les résultats biologiques. Aujourd’hui, cette entreprise de 31 personnes couvre 20 % du marché hospitalier wallon et bruxellois. Avec, dans son portefeuille, des clients comme les six hôpitaux du réseau Chirec, les Marronniers (Tournai), Jolimont (La Louvière), la clinique Sainte-Anne (Anderlecht) et, depuis peu, les cinq hôpitaux publics de Bruxelles du réseau Iris. Si ses métiers portent sur les technologies médicales, l’entreprise ne recrute pas seulement des ingénieurs IT. On trouve assez facilement des développeurs, mais plus difficilement des infirmiers ou des médecins, pointus techniquement et aussi capables de comprendre les enjeux cliniques et de les traduire aux ingénieurs, regrette le CEO. L’année dernière, nous devions recruter un infirmier spécialisé en imagerie médicale. Nous le cherchons toujours… 

Même constat chez l’éditeur de logiciels wallon MIMS, qui emploie 47 personnes. L’entreprise développe une solution informatique à l'échelle de tout l'hôpital, qui permet de gérer et contrôler tous les processus liés aux patients, tant au plan médical, infirmier et administratif que commercial. Le tout, accessible via une simple tablette tactile. On a tendance à penser que l’informatisation déshumanise la santé. Mais ici, l’informatique rapproche le personnel soignant des patients, explique Dominique Bastille, administrateur délégué de MIMS. Tout est accessible directement au médecin, où qu'il soit, sans aucune paperasse administrative.

L'e-santé permettra une meilleure coordination entre médecins généralistes, spécialistes, infirmières… Ce qui devrait entraîner une diminution des examens redondants, mais aussi des erreurs médicales, comme les contre-indications ou la délivrance de mauvais médicaments. Problème : le déploiement de ces outils pourrait être freiné, notamment à cause du manque de connaissances informatiques du personnel médical. Nous avons beaucoup de difficultés à trouver des infirmières capables d’analyser leur métier, de gérer des projets et d’aider au déploiement de nos produits dans les hôpitaux, explique Dominique Bastille. Ces compétences sont très rares : trop peu de médecins, de kinés et d’infirmières ont des affinités suffisantes avec l’informatique. Agoria, la fédération de l’industrie technologique, plaide pour inscrire l’apprentissage des outils TIC dans les cursus infirmiers et médicaux. Quant aux hôpitaux, il leur faut adapter les réseaux informatiques : si le dossier médical est la pièce centrale de l’e-santé, le réseau informatique, fixe ou mobile, en constitue, lui, l’ossature. Ce qui explique, à terme, le besoin croissant d’informaticiens dans les hôpitaux.

Rafal Naczyk

1 milliard d’euros

En 2013, les ventes d’applications « médicales » représenteront 1,3 milliard de dollars (1 milliard d’euros) contre 718 millions en 2011, d’après le cabinet allemand Research2guidance. Quatre ans après le lancement de l'App Store d'Apple, la « santé mobile » (m-santé) est le premier facteur de croissance dans le secteur de l'e-santé. Les apps santé, développées par des startups, des éditeurs d'information médicale ou des laboratoires pharmaceutiques, se montrent de plus en plus innovantes. En 2015, le marché mondial de la m-santé pourrait dépasser les 6 milliards de dollars.

4 notions

La téléexpertise permet à un médecin de solliciter à distance l'avis d'un spécialiste. La télésurveillance permet à un médecin d'interpréter à distance les données médicales d'un patient et, le cas échéant, de prendre les décisions nécessaires. La téléassistance médicale permet à un expert médecin d'assister un autre professionnel au cours de la réalisation d'un acte. La téléconsulation permet à un médecin de donner une consultation à distance à un patient.

32 %

des employés hospitaliers estiment qu'ils ne reçoivent pas une formation adéquate en fonction de la nouvelle technologie mise en œuvre Deux tiers des prestataires de soins de santé en Europe dénoncent un manque de partage des informations dans leur secteur. C'est ce qui ressort d'une enquête réalisée par le cabinet d'études Coleman Parkes en partenariat avec le groupe Ricoh Europe. Cette étude met en évidence les défis qu'il reste à relever pour rendre les services de soins de santé plus efficaces grâce au recours aux TIC.

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