Comment remodeler son job de l’intérieur ?

Entre votre job et vous, c’est le grand divorce : une liste fixe de tâches, qui laissent insatisfait. Même bureau, même routine, mêmes embûches. Sans perspective d'évolution, la démotivation menace. Plutôt que d'attendre une opportunité improbable, autant prendre soi-même les choses en main et transformer son travail pour le rendre palpitant. Et si vous passiez au job crafting ?

Derrière les lunettes rondes, l’œil est vif, mais une mélancolie traîne sur son visage d’enfant précoce. Ève a 30 ans, elle est cadre moyen et elle excelle à  son poste de travail. Championne de l’équipe de marketing d’une entreprise alimentaire, Ève dépasse régulièrement ses objectifs. Ses patrons songent à  elle pour un poste à  responsabilités. Pourtant, entre quatre yeux, la jeune femme confesse qu’elle a l’impression de piétiner dans son emploi, piégée par la contradiction entre les réalités quotidiennes et ce qu’elle voudrait vraiment faire : explorer de quelle manière son entreprise pourrait utiliser les réseaux sociaux à  l’appui de son marketing. Twitter et les ressources de son téléphone mobile sont pour elle une passion. Elle hésite à  chercher un autre emploi mais, vu la lenteur de la reprise économique, tenir le coup lui semble la meilleure option. Je travaille dur, mais je suis de moins en moins motivée. Je commence à  me demander pourquoi je voulais ce poste.

Sourdine, routine et lassitude. À en croire un récent sondage, seules 45 % des Belges se disent satisfaites de leur poste de travail. Mais par besoin de sécurité, elles hésitent à  changer d’employeur. Entre refus des immobilismes et quête de liberté dans sa fonction, une troisième voie existe. Un exercice appelé en anglais job crafting (job sur mesure) permet de « customiser » votre job pour stimuler et réinventer votre vie au travail. Son principe : redéfinir votre poste de travail en y incorporant vos motivations, vos points forts et vos passions. Théorisé par les Américaines Amy Wrzesniewski et Jane Dutton, le job crafting est motivé par trois besoins personnels : la possibilité de garder le contrôle sur son job, de dégager une image de soi positive au travail et de satisfaire le besoin de contacts sociaux. Il permet de visualiser le job, d’inventorier ses composantes et de les réorganiser selon ses propres aspirations, esquisse Amy Wrzesniewski, dans la préface de « Identity and the Modern Organization » *. Et d’insister : Ce qu’il y a de bien, avec cet exercice, c’est que c’est vous qui le faites, pas votre chef. De nos jours, réinventer son rôle n’est pas seulement une réalité, mais une obligation. Une carrière ne peut plus se concevoir sans remise en question. Parce que le monde a muté et que la vie des affaires change toujours plus rapidement. 

Comment procéder ?

  • Décortiquez vos tâches

Grâce au task crafting, vous pouvez modifier l’importance de votre travail en le composant de plus ou moins de tâches, en augmentant ou en réduisant leurs objectifs, en changeant la manière de les accomplir. Un chef des ventes, par exemple, peut assumer la création d’événements parce qu’il aime les gens, l’organisation et la logistique. Le genre de tâche qui apporte un plus, qui fait appel à  votre expertise et qui est appréciée.

  • Modifiez vos relations

Ajouter une dimension d’empathie à  votre fonction, améliorer votre collaboration avec les autres, c’est tout l’objectif du relational crafting. Vous pouvez modifier la nature ou l’ampleur de vos relations interpersonnelles avec les gens. Un directeur des ventes, par exemple, peut s’attribuer une tâche de mentor auprès de ses jeunes recrues. Et apporter son expérience à  ceux qui découvrent le métier. Magnétisme immédiat.

  • Changez la perception de votre travail

Par le cognitive crafting, vous donnez à  votre travail une valeur et un sens précis. Outre la compétence et la connaissance liées à  une tâche, vous lui apportez une dimension et une pertinence sociales supplémentaires. Par exemple, le chef d’une unité de R&D peut considérer son travail comme une manière de faire progresser la science plutôt que comme de la simple gestion de projets.

L’avis de Références

Les +

Selon les rares entreprises qui ont mis en œuvre la technique du job crafting , les employés, à  tous les niveaux, sont plus motivés et plus satisfaits de leur vie professionnelle, plus performants et capables d’une plus grande résilience. De leur côté, les entreprises ont tout à  gagner à  rendre le job sur mesure possible. Traditionnellement, les managers ont la responsabilité de veiller à  l’épanouissement de leurs collaborateurs. Or, dans les faits, ils en ont rarement le temps. Le job crafting permet aux chefs de céder les rênes à  leurs subordonnés et quand, dans une entreprise, les ressources sont restreintes et les promotions exclues, il permet de motiver le personnel et de retenir les meilleurs éléments.

Les –

Malgré les avantages du job crafting, peu d’employeurs sont prêts à  franchir le pas : sous la pression du chiffre, notamment, ils perçoivent les intérêts personnels comme un danger. Et une souplesse, souvent plus affichée qu’effective, de la part des employeurs, qui voient dans la création de procédures sur mesure, une prise de « pouvoir » solitaire et le risque de perdre de vue l’objectif de l’organisation. Avant de se populariser, le job crafting nécessite donc un changement de mentalité.

* À LIRE

Identity and the Modern Organization, Amy Wrzesniewski, éd. Psychology Press, 2012, 300 p., 72,85 €.

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